Les universités s'attaquent au piètre français des enseignants

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Marie-Andrée Chouinard
Édition du lundi 20 octobre 2003

Mots clés : enseignant

L'accès à l'enseignement sera conditionnel à la réussite d'un nouvel examen uniforme

L'état lamentable du français des futurs enseignants incite le ministère de l'Éducation à exiger, dès l'an prochain, une épreuve uniforme. La réussite à cet examen, que les étudiants passeront en milieu de formation, sera une condition pour l'obtention du diplôme de fin d'études.

Dans la foulée du rapport Larose sur la langue et des recommandations du Comité d'agrément des programmes de formation à l'enseignement (CAPFE), le ministère de l'Éducation (MEQ) a enclenché le processus qui devrait mener à une amélioration de la qualité du français chez les futurs maîtres, actuellement dans un piteux état.

Le Devoir a appris que les facultés d'éducation du Québec s'affairaient actuellement à la composition d'un examen de français qui sera imposé à la fin de la deuxième année du baccalauréat en enseignement. Loin d'être un test diagnostique, cette épreuve aura donc lieu avant la troisième année du baccalauréat (sur quatre ans de parcours), un moment qui consacre généralement le passage aux stages en classe avec prise en charge réelle d'un groupe d'élèves.

«Ce sera un mécanisme de sanction qui aura un caractère réellement exigeant et éliminatoire», confirme Marc Turgeon, doyen de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), également porte-parole de l'association qui regroupe toutes ces facultés au Québec. L'étudiant qui ne réussirait pas cette épreuve serait «suspendu ou temporairement exclu du programme», le temps qu'il réussisse les mesures de rattrapage vers lesquelles l'université le guiderait.

«Nous avons demandé aux universités de se concerter pour préparer ce nouveau test de français, qui sera sans doute utilisé dès l'an prochain», explique Sylvie Turcotte,

directrice de la formation et de la titularisation du personnel scolaire au MEQ.

La qualité de la langue dans le réseau scolaire, quel que soit le niveau, a souvent fait les manchettes. Mais c'est le sombre constat mis en lumière en 2001 par la Commission des états généraux sur la situation et l'avenir de la langue française au Québec, présidée par Gérald Larose, qui a donné le coup d'envoi à cette mesure; une recommandation très précise émise par le CAPFE la même année sur le niveau de maîtrise attendu à la fin de la formation des maîtres devait accélérer les choses.

Le rapport Larose a souligné que «plus de la moitié des futurs enseignants ont une connaissance nettement insuffisante de la langue française». Le tableau qu'il brosse est éloquent: à l'Université de Montréal, une vérification des compétences linguistiques des étudiants inscrits en sciences de l'éducation révélait, en 2000, que seuls 15 % d'entre eux étaient «très bons» en français, contre 30 % «bons», 15 % «moyens» et les 40 % restants «nettement médiocres».

Pas trop loin de là, à l'UQAM, les statistiques sont du même ordre: au printemps 2000, 46 % des étudiants inscrits au baccalauréat en enseignement préscolaire et primaire ont échoué au test de français, tout comme... 80 % des futurs enseignants de mathématiques.

Devant cette troublante réalité, le rapport Larose tranche: «Un examen national uniforme devrait sanctionner la connaissance du français de tous les futurs enseignants du réseau de langue française. Cet examen permettrait d'évaluer les connaissances générales, la maîtrise de la langue d'enseignement, orale et écrite, y compris la connaissance du code de la langue chez tous les futurs enseignants, et faire de sa réussite une condition d'obtention d'un permis d'enseigner», stipule la 17e recommandation du document.

Les universités, qui s'affairent actuellement à rédiger des politiques linguistiques dont les modalités toucheront tous les étudiants, ont de tout temps évalué la maîtrise du français des candidats qu'ils reçoivent en enseignement -- sans toutefois en faire une condition d'admission. Aucune norme ne dicte une conduite uniforme: elles ont des examens différents, les font passer à divers moments et n'ont pas toutes les mêmes seuils de réussite.

«On nous demande d'harmoniser nos pratiques, d'élever le niveau, de rendre l'ensemble plus cohérent», confirme Marc Turgeon, qui explique que les universités ont toujours été disposées à s'attaquer à ce problème, mais dans la mesure où les épreuves se lient à une certaine valorisation plutôt qu'à «une sanction pure et bête».

Si le principe fait l'unanimité, on ne s'entend pas toutefois sur certaines modalités, et non les moindres: à quel moment exact doit-on passer cette épreuve? Et quel est le test idéal qui pourra mesurer à un niveau adéquat les compétences des futurs enseignants en français écrit et oral? «On ne sait pas encore quel test sera choisi», explique Marc Turgeon.

Pas question d'en concevoir un de toutes pièces -- l'opération coûterait quelque 300 000 $ --, l'idée étant plutôt de choisir un de ceux qui circulent déjà dans certaines universités, quitte à l'accompagner d'«activités supplémentaires» pour en rehausser le niveau.

Divers tests circulent actuellement: le TFLM (test de français Laval-Montréal, des universités de Montréal et Laval), le Turbo (test universitaire de bonne orthographe, utilisé à l'Université de Sherbrooke), en plus de l'épreuve propre au réseau de l'Université du Québec. De façon générale, on affirme que ces épreuves vérifient les connaissances de base en français, et qu'elles ne sont pas éliminatoires. Les universités offrent des cours de rattrapage pour les étudiants qui échouent.

Tout droit venus du collégial, les étudiants ont pourtant tous réussi une épreuve uniforme en français, nécessaire depuis 1998 pour obtenir un diplôme d'études collégiales. Après avoir passé un nouveau test diagnostique de français au baccalauréat en enseignement, les futurs maîtres sont parfois évalués à nouveau en cours d'études sur la maîtrise de la langue. «Certaines universités font même de ce test une condition de diplomation», explique Marc Turgeon.

Tout de même insatisfaits des résultats en français des nouveaux enseignants, plusieurs commissions scolaires ont ajouté à leur processus de sélection un examen de français que les candidats doivent réussir pour être embauchés. Devant la pénurie de personnel qui touche certaines régions du Québec, certaines ont toutefois récemment abaissé les seuils de réussite -- de 80 % à 60 % -- dudit examen pour augmenter le nombre de recrues...


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c'était temps - par Jean-Noel Morin (njnmorin@nt.net)
Le lundi 20 octobre 2003 16:00

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