Temps d'incertitudes
Mots clés : pme, exportation, richesse

Photo: Jacques Grenier
Bémols
Aujourd'hui, on découvre qu'il y aurait du sable dans l'engrenage. D'abord, un constat factuel: une étude en cours à l'École des hautes études commerciales démontre que la création des PME au Québec est nettement en retard sur la moyenne canadienne, quand l'Ouest canadien affiche une croissance qui dépasse 16 % et que l'Ontario suit, nettement en avance sur ce qui se passe dans la belle province.
Comme si cela ne suffisait pas, les économistes se mettent de la partie. Pour une province où les exportations jouent un rôle important dans la fabrication de la richesse collective, et quand ces exportations ont surtout un client quasi unique, les États-Unis, où se font 85 % des exportations québécoises, les variations des taux de change ont une incidence directe sur la circulation des marchandises. La déclaration tombe alors, alarmiste, et elle provient de l'Association des manufacturiers et exportateurs du Québec, suite à un sondage auprès des membres: «Interrogés pour connaître leur degré d'inquiétude quant à la hausse du dollar canadien, explique Daniel Charron, directeur de la recherche et de l'analyse, la très grande majorité d'entre eux [90 %] se sont dits préoccupés. On leur a aussi demandé à quel niveau la valeur du dollar devient critique. Les entreprises consultées nous ont précisé qu'à 74 cents, cela leur fait mal, et qu'à 76 cents, cela commencerait à être critique quant à leur marge bénéficiaire.» Et, en début de semaine, déjà le seuil critique était atteint et si l'avenir semblait prometteur, c'était surtout pour celui ou celle qui envisage un voyage de plaisirs au sud de la frontière!
Que faire alors? Mettre un bémol sur l'aventure PME et se lancer dans une recherche, alimentée par des promesses d'abris fiscaux et autres mesures incitatives, pour attirer ici les grandes multinationales de la planète? Impossible, ou à tout le moins irréaliste, si l'intention est d'établir une politique globale: il suffit de se souvenir, pour un seul secteur, celui de l'automobile, de cette implantation déjà nommée de GM (où l'usine fut fermée malgré un taux de productivité élevé), de Hyundai et, plus encore, de Renault (d'ailleurs, la nouvelle usine Ford sera implantée en Thaïlande, quand d'autres compagnies s'établissent au Mexique, au Brésil, bref là où l'espérance d'une marge de profit augmentée semble mieux assurée par de faibles salaires et des obligations réduites imposées à l'investisseur).
Appuis
En fait, la PME s'impose toujours comme la voie de l'avenir. Ce grand bailleur de fonds québécois qu'est celui de la FTQ a annoncé ses orientations futures, dans le prolongement du mandat que la loi lui impose et par un regard sur les activités en cours. «Si on prend les 420 plus grandes d'entre elles, déclare donc Pierre Genest, son président et directeur général, qui peuvent influer sur le résultat de la valeur du Fonds, il y en a 260 qui comptent moins de 50 travailleurs, et 100 où il y a de 50 à 200 employés et qui sont elles aussi considérées comme petites; une quarantaine en ont de 200 à 500 et une vingtaine, plus de 500. Cette pyramide montre qu'on intervient vraiment dans les petites entreprises de moins de 50 employés.» Toutefois, on se souvient là des échecs passés et les correctifs nécessaires sont mis en place: «On a du même coup formé des équipes multidisciplinaires. Lorsqu'on monte un dossier, dès le début, nos gens du juridique, de l'évaluation financière et des relations avec les travailleurs sont présents.» Une même volonté se retrouve aussi du côté des Caisses: «Développer le marché de la PME -- grande, moyenne et petite -- est une priorité chez Desjardins», informe ainsi Marc Laplante, premier vice-président du marché des entreprises à la Fédération des caisses Desjardins. L'autre grande institution financière québécoise, la Banque Nationale, informe aussi de son soutien aux initiatives locales. «L'entrepreneuriat du Québec, pour Réjean Lévesque, premier vice-président aux services aux entreprises, est la colonne vertébrale de la Banque Nationale.»
De telles déclarations ne sont pas faites dans un simple souci de rassurer des investisseurs inquiets suite aux récents déboires de la nouvelle ou corporative économie. Jusqu'ici, tous s'entendent pour dire que, dans son ensemble, l'économie canadienne, dont le Québec est une composante, dépose malgré tout un bilan rassurant. Et cette économie a pour caractéristique de compter un grand nombre de petits employeurs. Pour l'avenir, d'ici 7 ans, ne dit-on pas que 25 % de ses dirigeants d'entreprise seront des propriétaires?
En fait, ce qui semble mettre à mal l'économie n'est pas le type d'entreprises qui la décrivent, mais plutôt la recherche indue de profits faciles, opérée aux dépens d'une politique de saine gestion, qui elle seule garantit un développement durable.
Quand même cela serait, il faut admettre que l'incertitude demeure, surtout quand la consommation demeure pour plusieurs le critère premier pour mesurer la qualité de tout avenir.
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