Une étude des HEC décrit une situation alarmante - La PME québécoise perd du terrain

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Ulysse Bergeron
Édition du samedi 18 et du dimanche 19 octobre 2003

Mots clés : pme, croissance, travail

Le taux de propriétaires-dirigeants au Canada devrait atteindre 25 % d'ici 2010

Une recherche internationale développée par la Global Entrepreneurship Monitor (GEM) dévoile que 14,3 % des adultes canadiens sont des propriétaires-dirigeants. Le travail autonome et la création de PME: une réalité canadienne en expansion, une réalité québécoise à la baisse.

«Le Québec, au niveau des PME, perd du terrain», admet Nathaly Riverin, chercheure à la chaire d'«entrepreneurship» des HEC et responsable du volet canadien de l'étude internationale du Global Entrepreneurship Monitor portant sur l'«entrepreneuriat». Cette dernière prévoit que, d'ici la fin de la décennie, le taux de propriétaires-dirigeants au Canada devrait atteindre 25 %. Il reste à savoir si le Québec et les provinces de l'Atlantique pourront suivre cette hausse considérable.

«Au tournant de l'an 2000, le Québec et l'Est du pays, quand il était question des PME et de tout autre entrepreneuriat, n'ont pas connu de tendance vers la hausse. Ils ont, en fait, plutôt connu une tendance vers la baisse», expose Nathaly Riverin, ajoutant que ce sont les provinces de l'Ouest canadien et l'Ontario qui, depuis quelque temps déjà, assurent et maintiennent cette tendance à la hausse. «À lui seul, l'Ouest affiche une augmentation de 16,5 % du nombre de ces entreprises. Le Québec se situe bien en deçà.»

Chômage et immigration

Le premier facteur à considérer pour expliquer les fluctuations serait l'état de l'emploi à l'intérieur d'une région donnée. Plus le taux de chômage serait bas, moins les gens hésiteraient à se lancer en affaires. Prenant comme exemple les provinces de l'Ouest, Mme Riverin y va d'un constat: «Les gens s'y posent moins la question suivante: est-ce que je lance une entreprise ou est-ce que je continue de travailler? Ils ne perçoivent pas directement l'entrepreneuriat comme un risque. C'est par choix qu'ils se lancent en affaires.»

On retrouve une situation contraire au Québec et dans l'Est du pays, où la création d'une PME n'est pas le fait d'une volonté d'entrepreneuriat, mais s'explique par une situation économique où les emplois seraient devenus rares. Et, corollaire à un tel état de fait, lorsque la situation de l'emploi se stabilise ou s'améliore, comme ce fut le cas au cours des dernières années, la création de PME stagne et retombe à la baisse.

«C'est bien évident que plus les politiques facilitent la création de PME, plus les gens vont être tentés par l'entrepreneuriat. À ce chapitre-là, tout l'Ouest du Canada est d'ailleurs d'esprit plus libéral», admet la chercheure.

Autre facteur à considérer: l'immigration. L'Ontario et la Colombie-Britannique accueillent, comme le souligne Mme Riverin, des personnes qui viennent principalement «de la Chine et de l'Inde, où l'entrepreneuriat est très valorisé. Ces gens importent en quelque sorte leur culture».

Tendances régionales et sectorielles

Présentement, la création de PME se fait principalement dans les grands centres urbains pour la majorité des provinces, ce qui est le cas pour l'Ontario, l'Alberta, la Colombie-Britannique et le Québec. Toutefois, pour les provinces atlantiques et la Saskatchewan, la création de ce type d'entreprises se concentre plutôt dans les petits centres urbains et les zones rurales. Seul le Manitoba connaît un taux de création de PME aussi élevé dans les villes qu'à l'extérieur de celles-ci.

Au Canada et au Québec, c'est au secteur des services de soins de santé à domicile que revient la palme d'or de la croissance la plus forte: une augmentation de 25 % depuis 2000, qui s'expliquerait par le vieillissement de la population. Ainsi, dans cette même perspective, les services funéraires sont peu à peu considérés comme un sous-secteur prometteur.

Prévisions et constats

Au-delà de ces constats factuels, il existe des facteurs explicatifs qui permettent de prédire un rôle accru des PME, et ce, dans un avenir rapproché, tant au Canada qu'au Québec. On parle alors d'une montée de l'individualisme, d'un désir d'un développement personnel, comme des avancées technologiques ou simplement de l'évolution rapide des goûts des consommateurs.

Toutefois, certains éléments imprévisibles peuvent rapidement changer la donne et modifier les perspectives préalablement déposées. Cette année, les facteurs imprévisibles ont été la remontée subite du dollar canadien, l'augmentation des primes d'assurances, la maladie de la vache folle, les incendies de forêt, la panne d'électricité en Ontario et le SRAS. On estime ainsi que 8 % des PME ontariennes auraient subi des dommages dus au SRAS, et que 19 % de ces mêmes entreprises en Alberta auraient considérablement souffert du cas unique de la maladie de la vache folle.

Cela étant dit, il faut admettre qu'actuellement on valorise clairement le travail autonome et l'entrepreneuriat. Selon Mme Riverin, il est toujours «très bon d'avoir un bon tissu entrepreneurial dans une société, parce que cela donne beaucoup de flexibilité. Et de plus, ces entreprises sont reconnues pour générer innovations et emplois». Ce lien entre la croissance économique -- taux de consommation élevé -- et la performance des PME canadiennes et québécoises est souvent mentionné. On avance ainsi qu'une hausse de consommation de 1 % génère des hausses d'activité chez les PME de 0,7 %.


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