Montignac s'attaque à l'obésité des enfants et condamne le lait
Mots clés : lait
La thèse de son prochain livre suscite déjà la controverse

Dans un manuscrit du livre à paraître qu'a obtenu Le Devoir, l'auteur à succès affirme même que «l'excès de protéine (de lait de vache en particulier) accélère la maturation du nouveau-né et [...] en fait un candidat à l'obésité».
En fait, Montignac attribue au lait de vache les mêmes défauts qu'aux pâtes, aux farines blanchies et à la plupart des autres aliments raffinés et sucrés, montrés du doigt dans ses ouvrages précédents. Selon Montignac, ces aliments entraînent de l'hyperglycémie et une sécrétion excessive d'insuline dans le sang, un phénomène qui favorise ensuite le stockage de ces glucides excédentaires sous forme de graisse.
La cause de l'obésité
Dans son nouvel ouvrage, l'auteur de best-sellers prétend que le lait de vache explique en partie «l'explosion de l'obésité infantile dans le monde aujourd'hui», observée tant en Amérique du Nord, en France et en Allemagne qu'en Chine et au Japon.
À son avis, la hausse de la consommation de lait de vache survenue dans la société occidentale ces dernières années, de même que le recours accru aux préparations lactées artificielles dès le berceau, a prédisposé les enfants d'aujourd'hui à devenir rapidement obèses, à l'instar des aliments à forte teneur en glucides.
«Les laits artificiels, trop protéinés, encouragent l'obésité, ainsi que le lait de vache», dit-il, déplorant que 97 % des nourrissons québécois boivent du lait de vache à l'âge de 12 mois.
À l'appui, il souligne que la taille de nos contemporains a considérablement augmenté depuis 50 ans, «particulièrement chez les Anglo-Saxons et les Scandinaves, qui sont de gros buveurs de lait».
«Il convient de dénoncer la déplorable habitude qu'ont les Nord-Américains de penser que la consommation de lait est excellente. C'est en grande partie le contraire. Le lait de vache contient un certain type de protéine, notamment dans son lactosérum, qui entraîne une insulinémie élevée», soulève l'auteur, qui qualifie le lait de «protéine suspecte». Il lui voue d'ailleurs un rôle incriminant dans l'apparition de maladies comme la sclérose en plaques, la maladie de Crohn et le diabète.
En guise de conclusion, l'auteur encourage les parents d'enfants de moins de six ans à «se préoccuper très sérieusement, dès son apparition, de la moindre surcharge pondérale», notamment chez les petites filles. Pour prévenir l'obésité chez les enfants de deux ans à la puberté, il propose de couper le lait de vache avec du lait de soja ou du lait d'amandes au petit-déjeuner et de l'éliminer carrément pour les enfants trop gros. «Le premier objectif est de supprimer le lait de vache [...], ensuite d'éviter toute forme de glucide à index glycémique élevé», peut-on lire.
Sus au Guide alimentaire
Montignac rabroue non seulement les recommandations actuelles du Guide alimentaire canadien, qui prône la consommation quotidienne de trois à quatre portions de produits laitiers pour les enfants, il écorche au passage toutes les théories sur l'alimentation de la femme enceinte en déconseillant de boire du lait pendant la grossesse.
«La consommation de glucides et de lait de vache, combinaison courante chez les femmes enceintes occidentales depuis plusieurs décennies, est probablement une des raisons essentielles qui expliquent que les enfants actuels naissent avec de fortes prédispositions à l'obésité», lit-on dans cette nouvelle brique. De quoi faire dresser les cheveux sur la tête de toute une légion de nutritionnistes.
Ses propos ont d'ailleurs fait bondir Louise Lambert-Lagacé, diététiste et auteure de nombreux livres sur la nutrition, invitée à commenter ce manuscrit. «Ça me scandalise de voir qu'on veut priver les enfants d'un aliment foncièrement bénéfique et intéressant. On peut nuire à la croissance si on s'attaque le lait. Avec ce genre d'approche, on va assujettir des familles à des listes, et ce n'est pas comme ça qu'on va régler le problème», a-t-elle martelé, rappelant que de nombreuses études ont démontré les bienfaits du lait pour la santé des enfants et des femmes enceintes.
Un faux problème
«Je pense que M. Montignac tire dans tous les sens. Contrairement à ce qu'il avance, les petits Américains boivent moins de lait qu'avant et beaucoup plus de boissons gazeuses. C'est plutôt là, le problème. Les études récentes démontrent en fait que le lait protège les gens contre l'excès de poids», souligne Mme Lambert-Lagacé.
Réfractaire à l'idée d'imposer un régime en bas âge, Mme Lambert-Lagacé juge la théorie de Michel Montignac douteuse d'emblée puisque celle-ci sous-estime et va même jusqu'à nier l'impact de l'activité physique sur la recrudescence de l'excès de poids chez les enfants. «C'est sûr qu'on mange trop de farines blanchies, dit-elle. Mais cela dit, c'est par l'exercice et un changement aux habitudes de vie, et non par des régimes privant de lait, qu'on peut lutter contre l'obésité infantile.»
Mme Lambert-Lagacé s'est dite carrément indignée par la thèse voulant que le lait bu pendant la grossesse soit nocif et puisse favoriser l'obésité des bébés à naître. «Il aurait avantage à aller suivre un cour de nutrition!», a tranché l'auteure du Défi alimentaire de la femme. À son avis, la consommation d'un litre de lait par jour est toujours conseillée aux mères enceintes pour prévenir la naissance de bébés de petits poids, souvent aux prises avec des problèmes de santé.
À son avis, Montignac devrait prouver ses dires par des études et des chiffres avant d'avancer ses thèses douteuses sur les liens entre le lait et la flambée d'obésité. «Il y a plus de femmes qui allaitent leurs bébés qu'il y a 30 ans et la consommation de lait de vache n'a pas augmenté, bien au contraire. [M. Montignac] crée un faux problème!», dénonce-t-elle, convaincue qu'il faut plutôt s'attaquer aux pratiques de l'industrie alimentaire et s'atteler au changement des habitudes de vie des jeunes pour lutter contre l'obésité.
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