Solveig Anspach - Entre Islande et démesure

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Odile Tremblay
Édition du mardi 14 octobre 2003

Mots clés :

Solveig Anspach: des études en philosophie, puis en psychologie avant de devenir cinéaste.

Photo: Patrick Sanfaçon

Solveig Anspach est issue de sangs mêlés. La cinéaste française vous dira qu'elle est née de mère islandaise et d'un père américain, lui-même d'origine mi-allemande, mi-roumaine. Elle avait ébloui bien des cinéphiles en 1999 avec son remarquable Haut les coeurs!, abordant la lutte d'une femme contre le cancer sur fond de vie, d'humour et d'amour. Le film avait valu à Karine Viard le César hautement mérité de la meilleure interprète féminine. Or voici la cinéaste de retour au Festival du nouveau cinéma et des nouveaux médias (qui avait lancé également Haut les coeurs!).

Elle accompagne son dernier film: Stormy Weather (à l'affiche le 21 novembre) dont l'action se situe moitié en France, moitié en Islande sur l'île de Vestmannaeyjar. Cette oeuvre évolue sur une ligne beaucoup plus diffuse que Haut les coeurs!, égare souvent ses repères, mais témoigne d'un même refus de la facilité. L'histoire, un déroutant pas de deux, est celle d'une mystérieuse femme (Didda Jonsdottir) apparemment muette, dans un hôpital psychiatrique français, que sa thérapeute fascinée (Élodie Bouchez) retrouvera en Islande.

«Le film est parti d'un fait divers, explique-t-elle. En France, il y avait une femme dans un hôpital psychiatrique dont personne ne savait rien et qui battait tout le monde aux échecs. Une émission de télé de style "appel à tous" avait permis de découvrir son identité. Elle était Anglaise et retourna vivre là-bas. J'avais pensé en tirer un documentaire, mais le projet est tombé à l'eau. Cette femme ne voulait pas revenir là-dessus de toute façon.»

Le scénario s'est éloigné de la réalité et Solveig Anspach après son Haut les coeurs! très dialogué et lié à des émotions explicites a eu envie de faire un film où l'on n'explique pas tout. «Je voulais essayer autre chose: une approche minimale. Les relations sont tissées de silences, et je laisse des questions sans réponses. Les réactions au film sont très partagées. Certains ne rentrent pas dans le film. D'autres pleurent.»

Solveig Anspach a étudié en philosophie, puis en psychologie avant de devenir cinéaste. Elle a fait des documentaires remarqués, tels Que personne ne bouge! sur une bande de braqueuses de banques et le très remarqué Made in USA, regard sur un corridor de la mort et une exécution aux États-Unis.

«Je m'intéresse aux gens qui vivent des situations difficiles, explique-t-elle. La maison de ma grand-mère islandaise (qui a 98 ans) était toujours ouverte aux marginaux, aux alcooliques, aux mongoliens. Ça doit me venir de là. Et puis mon parcours se reflète dans mes films. En psychologie clinique, j'ai travaillé avec des enfants psychotiques. Le documentaire nourrit ma fiction et vice-versa.»

Didda Jonsdottir qui joue dans son film n'est pas une professionnelle. «Elle est poétesse, je l'ai trouvée dans un bar de Reykjavik sans savoir qu'autrefois, elle-même avait cessé de parler durant un an. C'est son intensité qui m'intéressait.»

Solveig Anspach a eu du mal à trouver son financement pour Stormy Weather. En Belgique, les frères Dardenne, proches de son univers, l'ont coproduit. La France et l'Islande sont également impliquées.

Solveig Anspach s'envole souvent pour l'Islande. Sur la petite île à moitié ensevelie par la lave que l'on voit dans le film, habite sa grand-mère. L'Islande fait d'ailleurs désormais partie de l'imaginaire collectif. « Le rock est très présent, là bas, la littérature aussi. Björk a fait perdre aux gens leur sentiment d'isolement, les a "mis sur la carte".» Et puis, le cinéma islandais a fait une vraie percée internationale depuis quelques années. Ses prochains projets: un documentaire (sur des faussaires de tableaux) et une fiction (une histoire d'amour) se déroulent dans cette terre de glace et de feu qui la hante.


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