Agriculture - L'UPA conservera son monopole
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La ministre de l'Agriculture entend bien le «bruit de fond» de quelques mécontents, dit-elle, mais rien pour ouvrir la porte à d'autres syndicats
Québec - Le rêve de l'Union paysanne vient probablement de s'évanouir. Le monopole syndical de l'Union des producteurs agricoles sera maintenu, puisqu'aucun «mouvement de base» suffisant ne se manifeste, a affirmé au Devoir la ministre de l'Agriculture, Françoise Gauthier. Québec pourrait toutefois réclamer un vote de confiance triennal de la part des agriculteurs au sujet de leur adhésion à l'UPA.Françoise Gauthier pourrait toutefois réclamer un vote à tenir tous les trois ans auprès de l'ensemble des producteurs pour vérifier s'ils manifestent toujours leur volonté d'être représentés par l'UPA.
«C'est quelque chose qui peut être envisagé. Mais avant de changer les règles, il faudra qu'il y ait un bon mouvement de la base pour me dire qu'on aimerait procéder à un vote», a affirmé François Gauthier en entrevue au Devoir. La ministre n'a pas voulu expliquer ce qu'elle entendait par «mouvement de base», ni ce qu'impliquerait comme changement un résultat positif ou négatif lors d'un scrutin triennal.
Une chose est sûre, la ministre doute de la pertinence de modifier les règles actuelles concernant la représentation des producteurs agricoles. «Je connais bien le monde syndical pour l'avoir représenté pendant 22 ans de ma vie. Je pense que, s'il y a un intérêt pour les producteurs de changer d'union, je le saurai. Ils vont me le faire savoir. Ce désir, on va l'entendre sur le terrain. Mais, sincèrement, je n'entends vraiment pas ça. Comme tout au long de ma vie, j'entends des gens qui critiquent. Mais il y a toujours eu ce petit bruit de fond, comme il y a toujours du monde qui chiale après notre gouvernement», a-t-elle expliqué.
L'Union paysanne (UP) estime que la ministre a tout faux. «On est en désaccord avec sa position. Ce qu'on veut, c'est le pluralisme syndical. On ne veut pas empêcher les gens qui veulent être représentés par l'UPA de l'être. L'UPA a gagné ses épaulettes dans plusieurs domaines. Ce qu'on veut, c'est que des gens qui ne se sentent plus représentés par l'UPA, en raison de ses orientations, puisse être représentés», a affirmé au Devoir Roméo Bouchard, président de l'UP.
La Loi sur les producteurs agricoles, qui date de 1972, accorde l'accréditation syndicale à une seule association, celle qui parvient à recueillir l'adhésion de plus de la moitié des agriculteurs. Depuis plus de 30 ans, l'UPA représente tous les agriculteurs. Selon l'Union paysanne, ce monopole syndical a engendré un «modèle unique de production et de mise en marché des produits agricoles», qui néglige l'agriculture biologique et la diversification de la production.
Un scrutin triennal sur l' adhésion des agriculteurs à l'UPA n'est pas suffisant aux yeux de Roméo Bouchard. «Ce n'est pas une solution, car la loi reste ce qu'elle est. Ce n'est pas un pluralisme syndical parce que le gouvernement maintiendrait le syndicat unique en refusant de changer la loi», a noté M. Bouchard.
L'Union paysanne privilégie une nouvelle procédure d'accréditation. Le choix des agriculteurs s'exercerait selon un modèle semblable à celui qui est en vigueur dans le secteur de la construction, par un scrutin tenu tous les trois ans. Les associations représentatives en liste qui obtiendraient 15 % du vote des agriculteurs lors du scrutin pourraient demander et obtenir une accréditation. «On demande que les agriculteurs puissent choisir à quel syndicat ils veulent adhérer. Pour ça, il faut que la loi soit changée. Pour ça, je veux bien qu'on mette des conditions pour qu'une association soit accréditée, comme un minimum de structures et d'adhésion», a souligné Roméo Bouchard.
Pour le moment, l'Union paysanne regroupe 1000 producteurs et dispose de structures organisationnelles dans toutes les régions. À titre comparatif, l'UPA compte 44 000 membres, des producteurs regroupés dans différentes fédérations selon leur champ d'activités.
Le pluralisme syndical dans le monde agricole existe en Ontario et au Manitoba, plaide l'Union paysanne. Les agriculteurs ont le choix entre plusieurs associations agricoles d'orientations différentes et sont libres d'adhérer et de cotiser à l'une ou l'autre d'elles.
L'Union paysanne vient tout juste de lancer auprès du gouvernement Charest une campagne d'accréditation. Les déclarations de la ministre François Gauthier rendent pratiquement vaine sa démarche.
«Ça ne me décourage pas, a lancé Roméo Bouchard. Je pense que le débat doit commencer à se faire auprès du public. Personne ne voit encore le lien entre l'existence d'un monopole et le fait que les petits producteurs ont de la misère à survivre et que l'alimentation alternative est difficile à développer. Il y en a, un lien. Si on ne casse pas le monopole, le droit de produire et manger autrement est difficile à maintenir.»
Le président de l'UPA, Laurent Pellerin, n'a pu se rendre disponible hier pour répondre aux questions du Devoir.

