Débat éthique à la Commission scolaire des Laurentides - Une éducation à la délation ?

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Fabien Deglise
Édition du lundi 22 septembre 2003

Mots clés : mineurs

Des parents dénoncent le recrutement par Santé Canada d'adolescents pour débusquer les commerçants qui vendent des cigarettes aux mineurs

Pépin dans le programme de lutte contre le tabagisme de Santé Canada. L'utilisation d'adolescents pour débusquer les commerçants qui vendent des cigarettes aux mineurs a-t-elle atteint ses limites? Dans les Laurentides, plusieurs parents d'élèves le pensent. En choeur, ils viennent en effet de dénoncer les pratiques du ministère fédéral éloignant du même coup leurs enfants de son giron. Car la délation et les actes illégaux n'ont pas leur place dans une école, estiment-ils.

Le débat est éthique, mais il n'en a pas moins enflammé les discussions à la Commission scolaire des Laurentides dans les derniers mois. À l'origine, une demande faite par Santé Canada de recruter des adolescents à la Polyvalente Curé-Mercure de Saint-Jovite pour prendre part à la lutte contre le tabagisme dans la région. Leur fonction: acheter des cigarettes dans les dépanneurs et épiceries, sous la supervision d'un inspecteur du ministère de la Santé, afin de mettre à l'épreuve l'intégrité des commerçants qui, bien sûr, n'ont pas le droit, loi oblige, de vendre des blondes aux mineurs. Salaire: plus de 10 $ l'heure, transport du foyer parental aux lieux du «crime assisté» inclus.

Orchestrée par Santé Canada, de concert avec le Service de police municipale de Mont-Tremblant, l'idée a soulevé l'ire du Conseil d'établissement qui a refusé, après de chaudes discussions, que les ados sous la responsabilité de l'école prennent part à une telle «chasse». Une position relayée d'ailleurs par le Comité de parents de la Commission scolaire des Laurentides qui, le 20 août dernier, a manifesté son désaccord avec la politique de recrutement de Santé Canada dans une lettre envoyée à la ministre Anne Mc Lellan.

Une approche «déplacée»

Pour ces parents, la décision est sans appel. «L'approche de Santé Canada est déplacée, juge Danièle Savoie, mère de son état et présidente du Comité de parents. Un organisme public n'a pas à encourager des jeunes à participer à des transactions commerciales illégales», même si la cause, en l'occurrence la lutte contre le tabagisme, peut-être jugée bonne. Simple question de responsabilité sociale.

«Les ados recrutés ont bien sûr entre 16 et 17 ans, poursuit-elle. Mais nous pensons qu'ils n'ont pas atteint le niveau de maturité nécessaire pour participer à ce genre d'activité. Sans compter qu'en recrutant dans les écoles, on peut remettre en question le bien-fondé de faire entrer là les notions de délation comme celle d'actes illégaux inhérentes à ce programme.»

La seule façon de vérifier

La question est posée. Mais elle étonne Denis Choinière, directeur du programme de lutte contre le tabagisme à Santé Canada. «Ce genre de pratiques existe depuis 1995, explique-t-il, et la chose fonctionne très bien. C'est d'ailleurs la première fois que je suis confronté à une telle réaction.» Sous la houlette du ministère, 6000 vérifications de commerces sont réalisées chaque année au Québec par l'entremise d'ados enrôlés dans des établissements scolaires ou des maisons de jeunes. Ces opérations entraînent l'émission, bon an, mal an, d'environ 300 constats d'infraction, poursuit-il. «C'est la seule façon pour nous de vérifier si la loi est respectée. C'est aussi une façon d'éduquer les commerçants au respect de cette loi.»

Sans doute, mais sans le concours des jeunes des Laurentides qui doivent avant tout à l'école se consacrer à leurs études plutôt que d'apprendre, «dans un cadre bizarre», à dénoncer leurs prochains et à témoigner devant un tribunal, estime Mme Savoie.

«C'est une façon de voir les choses, commente James Lauzon, de la police municipale de Mont-Tremblant. Mais il ne faut pas perdre de vue que tout ça est fait dans les règles de l'art, sans mettre les ados en danger. Quand l'idée a été présentée, les représentants des élèves étaient d'ailleurs très emballés, dit-il. On avait même l'intention d'intégrer ce programme dans une campagne plus vaste contre le tabagisme à l'école: pour prendre part aux actions de Santé Canada, il aurait fallu être un non-fumeur. Mais la réaction des parents nous a obligés à mettre ce projet au rancart.»


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« Big Brother » getting bigger ! - par Richard DÉCARIE (richarddecarie@hotmail.com)
Le lundi 22 septembre 2003 16:00

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