Opinion

Libre opinion: Les voiles de la rentrée

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Stéphane Côté, Enseignant à l'école Lalande et concepteur du projet Super Bolides

Édition du jeudi 11 septembre 2003

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Avec la rentrée vient souvent un vent de fraîcheur dans la société en général. L'été se termine dans un frisson annonçant le début de l'automne, les feuilles commencent à frétiller sur leurs branches et les petits retournent sur les bancs d'école. Avec tous ces désirs et ces bonnes intentions, c'est comme un Nouvel An, sans la fatigue des Fêtes.

Pour les enseignants du Québec, la rentrée, c'est un grand déploiement qui s'offre à eux, telle la joie imaginaire d'un embarquement dans un galion aux cales bien remplies. Pour les nouveaux capitaines qui viennent à peine d'apprendre leur départ, c'est un premier voyage qui peut paraître inquiétant. Les autres, plus anciens à la barre, naviguent en pleine illusion, croyant savoir ce que leur réservera ce périple, ce début d'année qui, sans équivoque, est le commencement de quelque chose de grand.

Avoir devant soi tous ces jeunes et ces moins jeunes, assis dans notre voilier (ou nous assis dans le leur, tout dépend de notre perception de la situation), septembre peut avoir des allures apeurantes et ébranler certains capitaines qui précipiteront alors le départ, encore nostalgiques des élans de l'an passé. D'autres s'empresseront même de réduire la voilure, croyant alors s'adapter aux vents d'espoir qui soufflent de partout alors que les plus expérimentés sauront en tirer profit.

Appareillages non choisis, voyage dont l'itinéraire nous est imposé: plusieurs peuvent y voir un mauvais présage alors que le beau temps vient après la pluie, comme le dit si bien l'adage.

De nombreux sondages sur le taux alarmant de décrochage retentissent haut et fort, tels des phares tentant d'attirer notre attention sur ces récifs à peine submergés à ce moment crucial de l'année. Certains n'en tiennent pas compte et font dangereusement gîter leur aventure en orientant les voiles aveuglément, confiants de leur planification basée sur d'anciennes cartes et non sur le niveau actuel des eaux tumultueuses. Cette insouciance peut avoir pour effet d'expulser par-dessus bord les matelots maladroits qui ne prévoyaient pas de se retrouver submergés si tôt. Trempant alors dans des eaux troubles qu'ils connaissent déjà trop bien, parmi les écueils des échecs, tranquillement mais sûrement, leur avenir ballotte, s'assombrit et s'embrouille.

C'est alors que les capitaines, tiraillés par le désir de certains de continuer, bousculés par les présences et les absences de certains parents qui font augmenter la houle et la fin d'étape qui point déjà à l'horizon, ambivalents et seuls, ont parfois recours à la mutinerie pour rétablir l'ordre à bord.

Comment sauver tout le monde? Comment sortir ces enfants de l'eau sans perdre les «meilleurs»? Comment vaquer à l'entretien, aux réserves, tout en gardant le cap de cette entreprise? C'est le défi qui attend tous ceux qui oseront s'aventurer à la barre de cette aventure qu'est l'enseignement en 2003.

Bien sûr, en chemin, il y aura des tempêtes, et quelques erreurs déchireront les voiles mal orientées. Mais un rapiéçage attentif remplacera vite les faiblesses par des liens encore plus forts, plus solides, sur des toiles qui deviendront plus fiables si on trouve le courage de les ressortir par temps houleux.

Étrangement, à l'endroit où certains jetteront l'ancre, d'autres hisseront les voiles-tempêtes pour sortir rapidement de ces impasses temporaires, pour franchir des distances inouïes à l'aide des nouveaux instruments que nous apporte la réforme. Cette nouvelle approche, une fois démêlée et étudiée, déloge l'entremêlement de cordages confus par de solides amarres de mâts, par des noeuds qui retiendront les puissantes voiles et par un gouvernail d'étambot plus qu'efficace.

La réforme, à mon avis, nous offre une superbe occasion de donner un sens aux capacités des matelots, de donner une raison à leurs agirs, de rendre chacun utile et important sur ce pont qui nous permettra, dans un avenir rapproché, de rester tous à flot. Je souhaite à tous ceux qui gravitent autour de ces bateaux de trouver ressources et vaillance pour faire de cet itinéraire 2003-04 la plus mémorable des traversées.


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