Arts du cirque - Une grande chevauchée

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Stéphane Baillargeon
Édition du lundi 08 septembre 2003

Mots clés : cirque

Normand Latourelle lance Voltige, un spectacle équestre dont l'ensemble fascine et réjouit

Le bisou d'Aetes à Frédéric Pignon. - Photo: Frédéric Chéhu

Trois heures, que ça nous a pris, vendredi soir. Trois longues heures, pour aller de Montréal à Shawinigan.

Une rosse à l'agonie aurait été plus rapide, sur la 40, à la hauteur de Charlemagne. Comment les banlieusards font-ils pour endurer cette misère quotidienne sans virer bourrique?

Mais bon, on n'est pas là pour discuter étalement urbain et congestion autoroutière.

Il s'agissait donc de se rendre dans le fief de Jean Chrétien pour assister à la première mondiale de Voltige, un tout nouveau tout gros, tout beau spectacle équestre produit par Normand Latourelle, ancien haut gradé du Cirque du Soleil, maintenant spécialisé dans les événements festifs à grand déploiement (Légendes Fantastiques, le défilé du 350e anniversaire de Montréal, etc.). Le premier ministre du Canada et une brochette de dignitaires assistaient au baptême scénique vendredi soir.

À lui seul, le chapiteau vaut largement le détour. La cathédrale de toile blanche se déploie sur quelque trente mètres de hauteur. Il s'agit en fait de la plus grande maison mobile à spectacle en Amérique du Nord.

L'intérieur en jette tout autant. Les gradins déployés à l'italienne font face à une scène d'une cinquantaine de mètres de largeur capable d'avaler trois fois celle de la plus grande salle de la Place des arts. Les artistes à deux ou quatre pattes exploitent au maximum cette volumétrie exceptionnelle, avec les chevauchés au galop ou des sauts en bungee.

Il y a donc cela, mais aussi du multimédia, du théâtre, de la danse et des numéros de cirque. Voltige, présenté dans un lieu sans pareil, ne ressemble en fait à rien de ce que l'on a pu voir de ce côté-ci de l'Atlantique Nord de mémoire de critique.

Depuis quelques semaines, dans ses entrevues promotionnelles, le président et directeur artistique de Voltige avertit que sa proposition audacieuse n'a finalement rien à voir, ou si peu, avec le défunt Cheval-Théâtre, un spectacle lancé l'an dernier à Montréal par un autre ancien du Cirque du Soleil. Et M. Latourelle a bien raison.

Pourtant, la nouvelle affaire s'articule aussi autour des arts équestres. Au total, une trentaine de chevaux se relaient dans des prestations aux noms aussi magiques que poétiques: la petite chevauchée, la poste hongroise, le carrousel blanc, la haute école...

Les codirecteurs de ce volet, les Français Frédéric Pignon et Magali Delgado -- la soeur de cette dernière, Estelle, fait également partie de l'équipe de conception et de scène -- se révèlent des dresseurs et des monteurs hors pair. Ils installent un rapport aussi touchant qu'impressionnant avec les bêtes. En fait, la maîtrise de toute l'équipe des cavaliers se déploie dans presque tous les numéros, dans les plus exigeants physiquement (par exemple la formidable voltige en ligne, alors qu'il s'agit de traverser la scène au galop en multipliant les prouesses acrobatiques sur la monture), comme dans les plus tendres et les plus fines preuves de complicité entre l'humain et sa plus noble conquête (les duos de M. Pignon avec un Lusitanien atteignent la grâce et la beauté d'un ballet).

Mais il y a plus, beaucoup plus. Les montures et les monteurs sont rarement seuls en scène. Autour d'eux, s'activent des acrobates et des artistes de cirque pour décupler l'effet spectaculaire. D'autres éléments de la mécanique expressive en rajoutent. La scénographie comprend des trampolines, des trapèzes, des cordes lisses et puis un gigantesque écran en demi-lune où sont projetées des images fixes ou vidéo, des toiles de maîtres classiques ou modernes montrant des chevaux, jusqu'à des citations en ouverture du spectacle. La toute première, tirée d'un proverbe arabe, rappelle que le cheval est un cadeau de Dieu aux hommes...

Un fil rouge ténu, à peine souligné, semble organiser l'ensemble. Le spectacle débute sur une marche humaine accompagnée de bêtes en liberté. Puis, une jeune femme danse avec un cheval comme pour l'apprivoiser. D'au-tres les forcent ensuite à leurs jeux de plus en plus spectaculaires, repoussant les limites des capacités des êtres en symbiose. À la fin de cette très belle histoire, un homme, un seul, Maître Pignon, encore lui, rejoue de finesse et de tendresse dans un numéro baptisé «Liberté»...

Dans ce crescendo, la seconde partie du spectacle s'avère beaucoup plus forte. C'est un détail. L'ensemble fascine et réjouit.

En terminant, rappelons que Voltige sera repris une toute dernière (et treizième) fois au Québec, mercredi soir prochain. Le spectacle change ensuite de nom pour devenir Cavalia, à Toronto, où il sera présenté pendant quelques semaines. C'est bien Toronto, mais c'est plus loin que Shawinigan, avec ou sans bouchon...


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