Toujours pas de risque d'éclatement de la bulle de liquidités

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Gérard Bérubé
Édition du mardi 02 septembre 2003

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Chat échaudé... Le rebond moyen de 14 % des cours boursiers depuis la fin d'avril n'y fait rien. Les Canadiens demeurent toujours assis sur une montagne de liquidités et les risques de voir éclater cette bulle de 45 milliards de dollars sont encore ténus. À titre d'illustration, l'appétit renouvelé pour les fonds d'investissement observé en juillet est demeuré confiné aux catégories de placement de nature défensive. En fait, les investisseurs n'ont d'yeux présentement que pour les rendements en dividende, particulièrement attrayants dans cet environnement de faibles taux d'intérêt.

Ainsi, et sans être un leurre, le redressement des ventes de fonds d'investissement en juillet, après 15 mois de décaissement, n'est pas ce signal attendu d'un vaste retour des investissements plus productifs. Au pire, de l'éclatement de la bulle des liquidités, avec toute la distorsion sur les valorisations qu'un tel ajustement rapide peut provoquer. Si la situation de ventes nettes de 321 millions de dollars comptabilisée dans l'industrie le mois dernier est un premier signe de redressement en 15 mois (à l'exception du temps fort de la campagne REER, en février), cet éveil n'est toujours pas associé au rebond des cours boursiers qui anime les marchés depuis le printemps. Tout au plus doit-on y voir un signe encourageant, au mieux l'amorce d'un renversement de tendance reflétant à la fois l'absence d'alternatives dans cet univers de taux d'intérêt faibles et un début d'allégement du degré d'aversion au risque des investisseurs, a noté Benjamin Tal, économiste senior chez CIBC Marchés mondiaux.

Premier signe positif

Ainsi, le premier signe positif inscrit en plus d'un an dans l'industrie des fonds d'investissement est attribuable à l'engouement maintenu pour les fonds de dividendes et de revenu. Car autrement, «les ventes de fonds en actions, canadiennes et étrangères, demeurent très faibles», a repris l'économiste. Les fonds obligataires, de dividendes et de revenu ont inscrit des ventes nettes de 728 millions le mois dernier. Les fonds d'actions, canadiennes et étrangères, ont, pour leur part, comptabilisé des rachats nets de plus de 420 millions.

Dans ce dernier segment, le délestage a été la tendance lourde des sept premiers mois de l'année, avec des rachats nets cumulés atteignant les trois milliards de dollars, contre des ventes nettes de 2,6 milliards après sept mois en 2002. Dans l'intervalle, les fonds obligataires, de dividendes et de revenu ont affiché des ventes nettes combinées de quatre milliards après sept mois cette année.

Benjamin Tal rappelle tout le pouvoir d'attraction des actions à fort dividende, un attrait renforcé par la popularité des fiducies de revenu, que l'on retient comme solution de rechange dans cet environnement de faibles taux d'intérêt. L'économiste va plus loin en soutenant qu'à long terme, le réinvestissement des dividendes joue un rôle plus grand que le gain en capital dans le rendement total. «Dans les faits, depuis le milieu des années 1950, la composante dividende compte pour plus de 60 % du rendement total offert par le marché boursier canadien», a-t-il estimé.

Sensibilité plus grande

Voilà pour la lecture des dernières données. Quant à ce fameux grand retour en Bourse des investisseurs, tout au plus peut-on parler d'une sensibilité plus grande. Dans l'industrie des fonds d'investissement on fait ressortir le flot positif des fonds à long terme. Après sept mois, ce mouvement vers les fonds à long terme a entraîné des ventes nettes de 1,5 milliard. En comparaison, les fonds du marché monétaire ont été la cible de rachats nets avoisinant les 4,2 milliards. Ce transfert peut, donc, témoigner d'un certain regain de confiance des investisseurs qui, quoique toujours hésitants, acceptent d'engager leurs avoirs vers des fonds plus productifs.

L'investisseur teste la température de l'eau du bout des orteils, a illustré Benjamin Tal. Il s'appuie sur l'existence de cette énorme montagne de liquidités, une bulle de quelque 45 milliards de dollars conservés par les Canadiens sous la forme d'espèces. Cette position de liquidités excédentaires, construites depuis le milieu de 2001, demeure intacte et se maintient à 25 % au-dessus de sa moyenne à long terme. «Certes, cette bulle va commencer à se dégonfler, mais le processus sera beaucoup plus lent et plus long que le scénario anticipé par plusieurs», a soutenu l'économiste de CIBC Marchés mondiaux.


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