Une douzaine de cégeps seront déficitaires
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Le budget Séguin laisse un goût amer aux dirigeants du réseau collégial
Une douzaine de cégeps comptent adopter un budget déficitaire d’ici la fin du mois de septembre, selon un sondage réalisé cet été par la Fédération des cégeps auprès de ses membres. Pourtant, les cégeps sont tenus par la loi de présenter un budget équilibré, à l’instar des autres organisations publiques.Le dernier budget allouait 20 millions de dollars aux cégeps pour les coûts de système, sur un budget de 1,3 milliard, alors que la fédération estime qu’il aurait fallu 50 millions. Par conséquent, les cégeps ont appris cet été, alors que les budgets étaient souvent déjà esquissés, qu’ils devaient absorber une compression de 30 millions de dollars, répartie sur deux années financières.
«Je ne vois pas comment je pourrais faire autrement que d’adopter un budget déficitaire cette année», laisse tomber le directeur général du cégep de Gaspésie-les-Îles, Roland Auger, pour qui un manque à gagner venant du ministère de 117 000 $ vient s’ajouter cette année à un déficit accumulé qui avoisinait déjà le million de dollars. «La compression vient accentuer un problème structurel de financement existant depuis plusieurs années. La côte est plus difficile à remonter qu’elle ne l’était», explique M. Auger, qui appliquait déjà un plan de redressement depuis deux ans.
À Rimouski, le cégep commençait à peine à sortir la tête hors de l’eau; il se voit maintenant dans l’obligation de renouer avec les déficits. Il y a quatre ans, le cégep était aux prises avec un déficit accumulé de l’ordre de 750 000 $. Grâce à une importante restructuration, l’institution a réussi à présenter un budget équilibré au cours des deux dernières années. Le prochain budget sera de nouveau écrit à l’encre rouge: il manque 600 000 $, dont la moitié est attribuable à la compression gouvernementale et l’autre à l’Institut maritime qui relève du cégep.
«Nous nous préparions une belle rentrée jusqu’à ce qu’on reçoive la facture. Nous ne sommes pas capables de la résorber: nos coupures ont déjà été faites. Cela nous place dans l’illégalité, mais nous ne pouvons pas faire autrement», explique le directeur général du collège de Rimouski, Raymond Giguère. Il aurait certes été possible de réduire les services ou d’augmenter les frais des élèves. «Nous avons choisi de ne pas le faire. Cela équivaudrait, comme collège en région, à accélérer l’exode des jeunes vers les grands centres urbains», fait valoir M. Giguère, qui dit attendre avec impatience le réinvestissement promis par le gouvernement pour améliorer la situation financière du collège. Plusieurs des cégeps contactés par Le Devoir puiseront par ailleurs dans leur fonds de réserve ou leur fonds de développement pour absorber le déficit d’exploitation.
Au ministère de l’Éducation, on ne s’inquiète pas outre mesure du dépôt de budgets déficitaires. «Même si ce n’est pas permis par la loi, on n’est pas comme dans d’autres pays où on menace de mettre les gens en prison. Il vaut mieux leur donner la chance de nous proposer un plan de redressement et de nous indiquer comment ils vont s’y prendre pour retrouver la voie de l’équilibre», affirme le ministre Pierre Reid, qui ne partage cependant pas l’interprétation voulant que les coûts de système n’aient pas été entièrement absorbés. Il rappelle par ailleurs que le gouvernement s’est engagé à investir à partir de l’année prochaine 80 millions de dollars sur quatre ans pour les collèges en région, qui sont aux prises avec d’importantes baisses de clientèle.
Le ministre compte tenir un débat, qui prendra la forme d’un forum public, sur les cégeps d’ici à l’été prochain, peu de temps après la commission parlementaire sur le financement des universités qui devrait se tenir en janvier. «Les cégeps ont été un outil précieux de développement de la société québécoise. Il est temps de regarder ce qu’ils devraient être dans les 30 prochaines années», fait valoir M. Reid, qui n’entend cependant pas rouvrir le débat sur l’existence même des cégeps.
La Fédération des cégeps, qui annonçait hier ses priorités pour la rentrée, estime qu’il faudra en profiter pour revoir en profondeur le mode de financement des collèges, qui retirent 85 % de leurs subsides des fonds publics, contrairement aux universités qui peuvent compter sur les droits de scolarité et aux commissions scolaires qui perçoivent une taxe scolaire.
«Si on fait le choix comme société de garder un couvercle sur la marmite des droits de scolarité et des frais afférents, la seule solution qui reste, c’est le financement accru de l’État. Cela signifie qu’on doit financer adéquatement le réseau avec nos impôts et nos taxes», fait valoir le président de la Fédération des cégeps, qui présentait hier les orientations de l’organisme pour l’année scolaire.
En plus des coûts de système, l’organisme évalue qu’un réinvestissement de 95 millions serait nécessaire pour que les cégeps puissent recommencer à se développer, répondre à la demande de formation continue et offrir des services de qualité. Alors que plusieurs cégeps urbains connaissent une forte croissance de clientèle et souhaitent des fonds pour continuer leur développement, les cégeps des régions luttent pour leur survie, puisque la clientèle étudiante leur file entre les doigts.
En demande auprès du gouvernement sur le plan financier, le président de la Fédération des cégeps reconnaît cependant qu’un certain ménage s’impose aussi dans le réseau collégial, en abandonnant certains programmes et en concentrant l’activité des cégeps sur des «créneaux d’excellence». «Avant qu’un analyste du Conseil du trésor vienne nous dire quoi faire, il faut avoir la maturité de faire le débat dans nos rangs», croit M. Boucher.
Dans un entretien avec Le Devoir, Gaétan Boucher s’est par ailleurs étonné de voir les étudiants menacer d’amorcer une grève générale illimitée, alors qu’une entente balise déjà les frais afférents depuis l’an dernier. «Dans le milieu syndical, j’ai toujours pensé que la grève générale illimitée était un moyen ultime et qu’avant cela on se parlait. Je n’ai pas reçu de coup de fil cette semaine», observe M. Boucher, qui souligne que les frais de «toute autre nature» (les TAN), les seuls à ne pas être limités par une loi, n’ont augmenté que de 1 à 17 $ selon les cégeps l’an dernier.
Cette consultation devrait aussi être l’occasion, selon la fédération, de mieux arrimer la formation collégiale avec les formations secondaire et universitaire. «Par exemple, les étudiants qui sont passés par les sciences humaines au cégep refont souvent des cours similaires à l’université. Si les profs de sciences de la nature au cégep et ceux de l’université ont réussi à se parler, je ne vois pas pourquoi cela ne se ferait pas en sciences humaines», illustre M. Boucher. Certaines des pistes avancées par les cégeps pourraient cependant agacer les universités, comme l’idée de permettre à des cégeps en région de dispenser certains cours universitaires.
Les cégeps voudraient aussi discuter de façons d’assouplir leur offre de formation. «L’organisation scolaire est bétonnée. Nous avons des sessions de 82 jours, avec un mois de battement entre les deux. C’est un vrai parcours à obstacles quand on veut ouvrir un DEC intensif sur 18 mois», explique M. Boucher, qui souhaite aussi ouvrir la porte à des formations techniques plus longues, comme dans certains programmes en santé où les exigences du marché du travail sont plus importantes.
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