États-Unis - Pour l'ex-p.-d.g. de WorldCom, la page de l'impunité est tournée

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AFP
Édition du jeudi 28 août 2003

Mots clés : worldcom

Washington -- Lassé de l'impunité des anciens dirigeants de WorldCom, artisans de la plus grande fraude comptable de l'histoire des États-Unis, l'Oklahoma menace de jeter en prison l'ex-p.-d.g. Bernard Ebbers et ses principaux acolytes.

Le ministre de la Justice de l'État américain de l'Oklahoma, Drew Edmondson, a intenté hier une action pénale contre l'ancien opérateur de télécoms en faillite Worldcom (rebaptisé MCI depuis) et six anciens dirigeants pour avoir menti aux actionnaires et falsifié des informations. Les poursuites concernent notamment l'ex-p.-d.g. Bernard Ebbers.

«Nous alléguons que le groupe et les anciens employés ont mis en oeuvre un plan pour gonfler artificiellement la valeur des actions et obligations de WorldCom en falsifiant intentionnellement les informations fournies à la commission des opérations de Bourse» (SEC), a indiqué le ministre.

Comme l'a souligné M. Edmondson, il s'agit là de «la première action pénale connue engagée contre WorldCom». L'État fédéral a en effet ouvert sa propre enquête, mais sans passer à l'étape supérieure d'une action en justice contre le groupe lui-même. Cinq anciens dirigeants ont été inculpés, notamment l'ex-directeur financier Scott Sullivan dont le procès s'ouvrira à l'automne, mais Bernard Ebbers avait jusqu'alors échappé à toute poursuite.

Cela suffit, a tonné hier le ministre de la justice de l'Oklahoma. «La décision de commettre cette fraude a été prise par l'entreprise. Ce n'était pas un employé véreux cherchant à se remplir les poches», a-t-il souligné, en se désolant que jusqu'à présent «cette entreprise n'ait pas été punie» mais «récompensée pour ses mauvaises actions».

Les concurrents de MCI ne sauraient mieux dire, ils ont dénoncé le fait que la société sortira quasiment sans dette de la faillite et sera donc hyper concurrentielle par rapport à ses rivales.

D'autres États américains pourraient emboîter le pas à l'Oklahoma, selon le ministre. Et il est désormais «très raisonnable» d'envisager que les anciens dirigeants accusés puissent un jour se retrouver en prison, a-t-il affirmé.

Totale innocence

C'est un nouveau coup dur pour M. Ebbers, accusé mardi dans un rapport d'experts judiciaires d'avoir été un dirigeant incompétent et cupide régnant sans partage sur WorldCom.

L'avocat de M. Ebbers, Reid Weingarten, a rapidement réagi en réaffirmant la totale innocence de son client. «Nous estimons que, quand cette affaire sera jugée, nous serons capable de démontrer que M. Ebbers n'a été, de fait, mêlé à aucune activité illégale et sera complètement innocenté», a déclaré l'avocat dans un communiqué.

M. Edmondson a rejeté l'idée que cette action puisse porter un coup fatal à MCI, qui vient déjà de payer une amende de 750 millions de dollars à la SEC. De son côté, MCI a assuré que cette action n'affecterait pas son processus de sortie de la faillite, tout en mettant en garde: elle ne ferait que «punir» ses clients et ses employés.

WorldCom, deuxième opérateur longue distance des États-Unis, s'était placé sous la protection de la loi sur les faillites le 22 juillet 2002, après la découverte de malversations comptables estimées aujourd'hui par plusieurs sources à 11 milliards de dollars. Le groupe espère sortir de ce redressement judiciaire cet automne.

Mais il est depuis fin juillet au coeur d'un nouveau scandale, ses concurrents l'accusant de les avoir floués de plusieurs centaines de millions de dollars depuis 1994 en droits d'accès à leurs réseaux.


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