Le monde étudiant lance un ultimatum à Charest

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Alec Castonguay
Édition du lundi 25 août 2003

Mots clés : charest

Cégeps et universités redoutent un dégel des droits de scolarité et menacent de déclencher la grève

Pour les étudiants du Québec, la rentrée 2003 s'amorce sous le signe de la contestation. C'est aujourd'hui, devant le bureau montréalais du premier ministre Jean Charest, que sera lancée la grande mobilisation des regroupements étudiants, promettant au gouvernement un «automne chaud», voire «cauchemardesque». La Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), qui représentent ensemble 225 000 élèves, lanceront ce matin un ultimatum à Jean Charest pour qu'il s'engage à plafonner les frais de toutes sortes qui augmentent dans les institutions post-secondaires chaque année et à maintenir sa promesse de laisser les droits de scolarité au même niveau pour toute la durée du mandat libéral.

Les fédérations rendront publique une lettre adressée au premier ministre et demanderont que ce dernier réponde aux préoccupations des étudiants «avant une certaine date butoir», indique-t-on à la FEUQ. «Il est évident que, si l'ultimatum n'est pas entendu, les moyens de pressions vont suivre, explique Nicolas Brisson, président de la FEUQ, en entrevue au Devoir. Ça brasse pas mal dans les associations universitaires, et c'est sûr que la grève générale fait partie des actions envisagées. À partir du moment où il y a un "agenda caché" ou que le gouvernement veut revoir ses promesses, c'est sûr que nous allons faire sentir notre présence.»

Les inquiétudes sont grandes dans le mouvement étudiant, alors que les griefs contre le gouvernement se multiplient. Dans leur lettre au premier ministre, les deux fédérations soulignent la hausse considérable des frais afférents depuis que le gel des droits de scolarité a été mis en place en 1994. Selon la FEUQ, les sommes réclamées pour toutes sortes de services autrefois gratuits, comme l'obtention d'un bulletin de notes, un changement de programme, une rédaction de thèse ou de mémoire, etc., ont augmenté de 115 % en neuf ans.

La situation est identique au collégial, où une vingtaine de cégeps sont en voie d'augmenter ces «frais qui poussent comme des champignons» de 20 $ en moyenne par étudiant cette année encore. «On se demande quand ça va arrêter, mentionne Geneviève Hardy, vice-présidente de la FECQ. Nous voulons un plafond à ces frais. C'est évident que le manque de financement des cégeps est derrière cette hausse, mais les étudiants n'ont pas à payer pour ça.»

Le premier ministre devra aussi «clarifier ses intentions» en vue de la Commission sur le financement des universités qui se tiendra à l'automne. La FEUQ redoute que l'exercice de réflexion porte également sur un possible dégel des droits de scolarité à l'université, malgré un engagement électoral inverse.

«On voit ce qui se passe avec les garderies et avec l'électricité, et on ne veut pas que l'éducation soit elle aussi touchée par une augmentation de la facture, souligne Nicolas Brisson. Surtout que le premier ministre a lui-même dit que cette commission porterait aussi sur les droits de scolarité, alors qu'au départ, il devait être seulement question du financement universitaire. On a peur que cette commission serve de prétexte pour briser les promesses électorales. Sinon, pourquoi faire un tel exercice, alors que l'engagement est clair?»

Quant aux étudiants collégiaux, ils veulent s'assurer que la gratuité au cégep sera maintenue. «La Fédération des cégeps voulait imposer des droits de scolarité pour compenser le manque à gagner du réseau, explique Geneviève Hardy. Le gouvernement a refusé, et nous sommes bien contents. Mais il faut rester vigilant.»

Il en coûte actuellement entre 200 $ et 400 $ par année pour fréquenter un cégep -- sans l'achat des livres -- alors que les droits de scolarité universitaires moyens au Québec, toujours sans les livres obligatoires, oscillaient autour de 1860 $ par année en 2003, soit la facture la moins élevée au Canada. Dans le reste du pays, la somme moyenne exigée des étudiants est de 4234 $ par année.

Certains regroupements étudiants, notamment l'Association pour une solidarité syndicale étudiantes (ASSE), qui représente 50 000 élèves, tant universitaires que cégépiens, n'attendront pas la réponse du premier ministre pour mettre leur plan d'action en branle. «On prépare une rentrée d'intense mobilisation, explique François Baillargeon, secrétaire à la coordination de l'ASSE. Il y aura des assemblées générales de nos associations sectorielles en septembre et une campagne de sensibilisation. Les votes de grèves illimitées devraient avoir lieu au début octobre. Nous avons aussi une occupation prévue et des manifestations massives. On n'écarte pas la possibilité de faire des manifestations géantes avec les syndicats et les groupes communautaires qui luttent contre le penchant néolibéral de ce gouvernement. Ça prend une réaction très ferme de notre part.»

À la Fédération des associations étudiantes du campus de l'Université de Montréal (FAECUM), qui regroupe 30 000 étudiants, le plan d'action a été élaboré cet été. «On ne parle pas encore de grève, ce sera aux étudiants de décider, mais, si le gel des droits de scolarité est remis en question, c'est sûr qu'il faudra étudier cette possibilité», soutient Jonathan Harvey, secrétaire général de la FAECUM.


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