Transferts intergénérationnels de la richesse - Des lendemains qui déchantent pour les baby-boomers
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Taylor Train lance un cri d'alarme: les spécialistes ne doivent pas s'occuper que des riches

Ignorance
Il reconnaît qu'il y a beaucoup d'ignorance, de part et d'autre. Qu'il peut exister deux grandes solitudes puisqu'à peine 45 % des épargnants et investisseurs canadiens s'en remettent aux conseils, à des conseils très souvent de base. Mais il revient aux conseillers dans un travail de sensibilisation, en partenariat s'il le faut avec les entreprises, les organismes ou les institutions offrant des véhicules de retraite. Et le spécialiste de suggérer d'éviter une planification se contentant de fixer une cible, un montant à atteindre, pour privilégier plutôt une approche sur ce qui sera, selon toute vraisemblance, la réalité de la vie de retraité.
«Ne planifions pas en fonction de la retraite. Planifions plutôt la retraite, la vie à la retraite», résume-t-il. Une vie marquée par une longévité accrue, par la nécessité de travailler plus longtemps, ne serait-ce que pour compenser une épargne insuffisante. Mais aussi par des pressions s'exerçant sur le marché de travail venant d'une rareté de la main-d'oeuvre et d'expertise. Les sondages l'indiquent. «Les trois quarts des Canadiens qui ne sont pas encore à la retraite pensent qu'une rémunération provenant d'un travail sera leur source première ou secondaire de revenu à la retraite. Tout un contraste par rapport à la situation actuelle, où 23 % des retraités disent avoir un revenu de travail. C'est ça la nouvelle réalité.» Une réalité dominée également par une montée en flèche des coûts de santé et de soins de longue durée; par des pressions s'exerçant également sur les régimes publics de retraite qui, au demeurant, ne couvre que 35 % du revenu gagné par le bénéficiaire avant sa retraite mais jusqu'à un plafond d'à peine 40 000 $.
Chiffres impressionnants
Mais il est vrai que le segment des plus fortunés peut exercer un pouvoir d'attraction auprès des conseillers. Car les chiffres sont plutôt impressionnants. Selon un décompte récent de Cap Gemini Ernst & Young, si 685 000 Canadiens disposaient de 500 000 $ ou plus à investir en 1999, ce nombre passera à 1,7 million en 2010, soit une croissance annuelle de 8,4 %. Ils étaient 295 000 Canadiens à disposer d'un million de dollars ou plus à investir en 1999. Ils seront 915 000 en 2010, soit une progression annuelle moyenne de 10,8 %. À titre de comparaison, le taux de croissance annuelle anticipé dans le segment des 100 000$ et plus à investir est de 4,7 %.
Au total il est estimé que le rythme annuel de nouvelle épargne va doubler pour passer de 150 milliards par année, en 1999, à 300 milliards de dollars en 2010. Cette vitesse s'en trouvera accélérée par une contribution grandissante des transferts intergénérationnels. Durant cette période, ces transferts vont prendre la forme d'héritage (entre 15 et 20 milliards de dollars par année) ou de ventes d'entreprise (environ 50 milliards par années). À cela il faut ajouter les transferts d'un régime complémentaire de retraite aux REER immobilisés (environ huit milliards de dollars par année) et les retraits des REER (entre 20 et 25 milliards par année.)
Ce faisant, l'actif financier à investir va passer de 1580 milliards de dollars, en 1999, à 4200 milliards à la fin de 2010, pour un taux de croissance annuelle moyen de 9,3 %. «On va, certes, assister à un important transfert de richesse. Les sommes en jeu sont importantes, mais elles demeurent concentrées dans les mains de peu de gens», a mis en exergue Taylor Train. «La très grande majorité des Canadiens auront plutôt à déprécier ce qui aurait été autrement leur succession pour simplement espérer maintenir leur qualité de vie.»
Il est effectivement estimé que les millionnaires canadiens, ceux qui disposeront de un millions de dollars ou plus à investir (ils seront 915 000 en 2010) retiendront les trois quarts du total de l'actif financier à investir. Et M. Train d'ajouter: «seulement 2 % des Canadiens gagnent plus de 100 000 $ par année. Le revenu moyen d'une famille de quatre personnes est de 60 000 $. En se concentrant uniquement sur les clients plus fortunés, sur les mieux nantis, les conseillers financiers éliminent 98 % de leur bassin de clients potentiels pour se livrer une concurrence féroce sur un très petit segment du marché. Il peut être plus flamboyant, plus payant aussi de se concentrer sur les plus fortunés. Mais que fait-on alors des autres. Du Canadien moyen, formant la quasi-totalité du marché?.»
Autre réalité
Taylor Train fait ressortir cette autre réalité. Celle décrite par Statistique Canada voulant que 60 % des unités familiales (familles et personnes seules) soient détentrices d'un REER ou d'un FERR d'une valeur médiane de 20 000$. Que 47 % des unités familiales canadiennes disposent d'un régime complémentaire d'employeur, d'une valeur médiane de 49 300 $. Ainsi, au total, 8,7 des 12,2 millions de ménages canadiens retenaient une forme quelconque d'épargne-retraite privée, pour une valeur médiane de 50 000 $. Cette épargne pouvait atteindre un sommet dans les familles où le soutien principal est âgé de 55 à 64 ans, mais la médiane se chiffrait alors à 160 300 $. Ces chiffres donnent un portrait de la situation qui prévalait à la fin de 1999. Depuis, «selon la firme de consultants Watson Wyatt, les fonds de pension à l'échelle mondiale ont perdu 2800 milliards de dollars américains, soit 21 % de leur valeur», dans cette correction boursière vieille de trois, a-t-il illustré. Ainsi même les régimes complémentaires de retraite, à majorité à cotisations déterminées, ne pourront probablement répondre aux attentes.
La situation s'est donc détériorée depuis. En fait, selon un sondage SOM effectué en janvier 2003 pour Desjardins Sécurité financière, la moitié des 1000 répondants avait moins de 25 000 $ en épargne. Et 69 % des personnes sondées disant détenir un REER disposaient d'une épargne-retraite inférieure à 50 000$.
«C'est à eux que je m'adresse. C'est à eux que je fais référence lorsque j'invite les conseillers financiers à se responsabiliser», insiste Taylor Train. «Je parle de vraies personnes. Je parle de cette crise financière qui guette les baby-boomers. Un important travail d'éducation doit se faire autour de ce à quoi la retraite pourrait ressembler pour eux et sur la façon dont ils pourraient orchestrer leur vie de retraité. Les conseillers financiers doivent aider.» Les besoins en ce sens vont aller en augmentant, à un rythme exponentiel. «Et quand je dis conseillers, je ne parle pas de ces vendeurs de fonds d'investissement», a martelé Taylor Train.
Ce texte a été publié dans l'édition août-septembre de Sécurité financière, la revue professionnelle des membres de la Chambre de la sécurité financière.
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