Mariage gai: vent de divorce au PLC

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Hélène Buzzetti
Édition du mardi 19 août 2003

Mots clés : gay

Martin Cauchon presse les partisans de la réforme d'élever la voix

North Bay -- Cela devait être une réunion de caucus sans histoire, elle pourrait bien prendre l'allure d'un véritable schisme au sein des troupes libérales. La question du mariage des couples de même sexe est en voie de devenir une pomme de discorde pour les députés et sénateurs de Jean Chrétien et animera les discussions au cours des trois prochains jours, à North Bay, où ils se réunissent avant la rentrée parlementaire.

Plusieurs députés d'arrière-banc ont fait savoir qu'ils utiliseraient la rencontre pour structurer leur opposition au projet du gouvernement de permettre les mariages des couples homosexuels. Un député et une sénatrice ont même annoncé la semaine dernière qu'ils s'adresseraient à la Cour suprême pour intervenir dans le renvoi soumis par leur gouvernement. Pour leur faire contrepoids, le ministre de la Justice, Martin Cauchon, a demandé hier à ceux qui partageaient son point de vue de se faire entendre davantage. «À mon avis, les partisans de l'égalité doivent aussi se faire entendre, contribuer à faire disparaître les mythes entourant la loi proposée», a-t-il déclaré devant quelques centaines de juristes réunis à Montréal.

Tout en reconnaissant que «la rapidité des changements a bouleversé certaines personnes», le ministre estime qu'il n'y a pas d'autre voie à suivre que d'étendre le mariage aux couples de même sexe. «Les gais et lesbiennes du Canada vivent des relations à long terme. Ils font partie de nos familles et, parfois, élèvent des enfants. Ils contribuent à nos collectivités et paient des impôts. Ce gouvernement croit qu'ils devraient avoir le droit de se marier. Moins que le mariage est discriminatoire.»

Le ministre n'aura donc pas la tâche facile cette semaine à North Bay, alors qu'il devra faire face à la grogne, tout comme d'ailleurs le premier ministre et Paul Martin, le successeur pressenti et lui aussi défenseur du droit des gais et lesbiennes de se marier.

«Je pense que [la révolte prévue] est exagérée, croit une conseillère de Martin Cauchon qui désire ne pas être nommée. Est-ce qu'on s'attend à un cirque? Je dirais que non. Mais les députés peuvent parfois nous surprendre. Ce ne serait pas la première fois...»

Du côté de M. Cauchon, on ne sait pas encore si on prendra la parole officiellement devant les troupes. Par contre, on distribuera de la documentation, notamment sur les questions les plus fréquemment posées. «La question la plus souvent posée, c'est sans contredit: "pourquoi vous n'utilisez pas un autre mot que mariage", explique la conseillère. La réponse, c'est que ce n'est pas l'égalité. On a trois jugements de cour qui nous disent que l'union civile ou l'enregistrement civil n'est pas adéquat. Le ministre doit respecter la loi.» Et à ceux qui reprochent aux juges d'être trop activistes, on répond: «Ce sont les parlementaires qui ont adopté la Charte. Pas les juges!»

Au bureau du premier ministre, on ne s'inquiète pas outre mesure de l'opposition intestine. «Il faut garder à l'esprit que le vote n'aura pas lieu avant un an», indique un proche conseiller. Façon de dire que des élections pourraient avoir lieu d'ici là, mais aussi que le temps fera son oeuvre. «La question doit être débattue davantage.» Selon ce conseiller, c'est d'ailleurs une des raisons pour laquelle le gouvernement s'est adressé à la Cour suprême. «Certains ministres voulaient qu'on procède immédiatement, parce que c'était la bonne chose à faire et à cause des élections qui s'en viennent, mais le premier ministre était d'avis qu'il ne fallait pas bousculer les choses.»

Selon ce même conseiller, on fera valoir au cours du caucus cette semaine que les députés seront libres de voter comme ils l'entendent.

En fait, même si l'Alliance canadienne a indiqué qu'elle présenterait une motion sur le sujet cet automne pour mettre au jour les divisions libérales, ce conseiller de Jean Chrétien ne croit pas que le gouvernement perdrait le vote. «Ce n'est pas un vote que nous devrions perdre. Même avec 45 ou 48 libéraux qui s'opposent, c'est encore presque une majorité totale.» Les libéraux ont 171 députés à la Chambre des communes, et il faut 151 voix pour remporter un vote. Une majorité de députés bloquistes et néo-démocrates appuient cette initiative.

Selon les compilations faites par le bureau du premier ministre et du cabinet de Martin Cauchon, il n'y aurait que 15 à 20 députés et sénateurs dont l'idée est faite et immuable. Les autres pourraient encore être convaincus. D'ailleurs, le cabinet de M. Cauchon prend contact avec ces députés sur une base personnelle. «Est-ce que je peux dire que deux personnes sur trois que nous contactons sont convaincues? Ce n'est pas clair comme cela, mais si on croyait que c'était inutile, on ne le ferait pas», indique-t-on au cabinet du ministre.

Les divergences sont flagrantes. On n'a qu'à parler à une Karen Redman, par exemple, qui croit que l'État devrait complètement oblitérer le mot mariage pour n'utiliser que l'union civile pour tous les couples et laisser le mot mariage aux institutions religieuses. À l'autre extrémité du spectre, il y a des gens comme John MacKay, qui croit que le gouvernement ne devrait pas modifier la définition du mariage. «La dernière fois que nous avons joué avec le mariage, c'était il y a 30 ans, quand nous avons changé la Loi sur le divorce. Et regardez quelles habitudes ont surgi dans la société. Le mariage est en décrépitude, les divorces sont en hausse fulgurante. [...] Les lois sont le reflet des tendances sociales, mais elles dirigent aussi les tendances sociales. Et si j'ai mon mot à dire, je veux les diriger vers une société saine et une société saine est fondée sur le mariage.»

Chez Paul Martin, on ne veut pas se mettre la tête sur le billot inutilement. Surtout que l'aspirant premier ministre prêche la réforme démocratique donnant une plus grande liberté aux députés. «Même si parfois la démocratie n'est pas la plus belle chose à regarder, c'est important de la laisser suivre son cours. On doit laisser les parlementaires s'exprimer lorsqu'ils ont des points de vue marqués qui importent pour leurs commettants», indique un de ses conseillers qui désire rester dans l'ombre. «On va parler dans les corridors, mais si vous demandez si on a un plan pour rallier les gens, la réponse est non.»

Un autre de ses conseillers fait valoir que M. Martin n'est pas encore premier ministre, que ce dossier prendra plusieurs mois avant d'atterrir sur le parquet de la Chambre des communes, qu'une élection pourrait avoir lieu entre-temps et donc que son patron n'a aucun intérêt à trop s'engager sur cette question. Il a dit qu'il était d'accord avec l'initiative de son gouvernement, mais il ne prendra pas le bâton de pèlerin pour tenter de convaincre ses collègues.


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