Toronto et New York croisent les doigts

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Alec Castonguay
Édition du lundi 18 août 2003

Mots clés : panne

Queen's Park exige des Ontariens qu'ils réduisent de moitié leur consommation d'électricité cette semaine

Pendant que les grandes villes frappées par la gigantesque panne d'électricité de jeudi retrouvaient peu à peu leur allure habituelle en fin de semaine, les autorités ontariennes et new-yorkaises prévenaient la population qu'aujourd'hui serait «le grand test» et qu'avec le retour au travail «la priorité devait aller à la conservation d'énergie» pour ne pas que le réseau tombe de nouveau.

Le premier ministre ontarien, Ernie Eves, a demandé hier que «la consommation d'énergie soit réduite de 50 % toute la semaine, tant pour les résidants que pour les entreprises». «Nous n'avons pas encore assez d'électricité pour faire face à une journée normale de semaine, a-t-il dit en conférence de presse. Les entreprises devront voir ce qui est possible d'être fait, notamment changer des quarts de travail, car la demande est moins forte la nuit. Ça peut aussi vouloir dire que certaines compagnies devront rester fermées.»

Le groupe responsable du réseau électrique de l'Ontario, The Independent Electricity Market Operator, a souligné qu'il couperait l'alimentation aux entreprises qui ne se conformeraient pas aux exigences provinciales.

Par contre, les raffineries de gaz et de pétrole pourraient être épargnées, puisque Ernie Eves a souligné que le fonctionnement de cette industrie était primordial pour assurer la bonne marche des services.

Plusieurs stations-service à Toronto et à Ottawa ont épuisé leurs réserves après une fin de semaine particulièrement achalandée.

Ernie Eves a demandé aux commerçants de prouver leur bonne volonté en éteignant les grandes enseignes lumineuses inutiles. Le gouvernement ontarien a souligné qu'il donnerait l'exemple en laissant les employés de l'État rester chez eux, sauf pour les services d'urgences. Le gouvernement fédéral a aussitôt emboîté le pas.

Des efforts doivent aussi être faits de la part des habitants. «De l'éclairage extérieur à l'ajustement du thermostat, tous les moyens sont bons», a indiqué le commissaire à la Sécurité publique de l'Ontario, James Young. La Ville reine a indiqué son intention de remettre le métro en marche pour le million d'utilisateurs quotidien «seulement si le gouvernement peut garantir qu'il n'y aura pas de panne» en le faisant.

Lorsque le réseau électrique de l'Ontario fonctionne à pleine capacité, près de 28 000 mégawatts sont disponibles. Une journée de semaine normale exige entre 17 000 et 25 000 mégawatts, soit 30 à 40 % de plus que la fin de semaine. Le système étant encore fragile, le premier ministre ontarien a souligné que la demande ne devait pas excéder 15 000 mégawatts. Sinon, des coupures sectorielles pourraient avoir lieu de façon intermittente.

À New York, où le besoin en énergie est considérable, le retour au travail se fera également dans l'inquiétude. «Lundi [aujourd'hui], des millions de New-Yorkais remettront les pieds dans le métro. Nous savons que le système sera prêt à fonctionner, mais jusqu'à ce que nous sachions ce qui s'est vraiment passé, nous ne pouvons pas dire que cela ne se reproduira pas», a admis le gouverneur de l'État de New York, George Pataki. Ce dernier a aussi demandé aux habitants de continuer à conserver l'électricité disponible en attendant le retour aux pleines capacités de production.

Le métro de la métropole américaine a été remis en service samedi matin. Seules deux des 29 lignes n'ont pas encore été réactivées, selon l'Autorité des transports métropolitains. Les milliers de banlieusards qui s'étaient retrouvés soudainement privés de transports jeudi ont pu regagner leur domicile, eux qui avaient été relégués au rang de sans-abri, condamnés à coucher dehors.

La situation dans les aéroports est revenue normale. À Toronto et à Ottawa, Air Canada a annoncé la reprise de toutes ses liaisons.

Pour les 50 millions de personnes touchées par la panne, l'heure est aujourd'hui au nettoyage des dégâts. Les épiceries et restaurants devaient passer l'inventaire au peigne fin et plusieurs aliments périssables à la moulinette. À New York, près de 2300 éboueurs ont été mobilisés, chargés de débarrasser les trottoirs des gros sacs de poubelles d'où commençait à sortir une odeur nauséabonde.

Déjà, dans les rues de Manhattan, certains écoulaient des t-shirts «I survived the blackout» à des acheteurs enthousiastes. Les vendeurs de souvenirs de la Grosse Pomme avaient fait de même après le 11 septembre 2001.

La cause serait en Ohio

Les raisons de cette panne en cascade demeurent inconnues. Hier, le secrétaire américain à l'énergie, Spencer Abraham, a promis une «enquête rapide» sur les événements. Il a par contre ajouté qu'il «était trop tôt pour fournir une réponse. Nous avons des centaines de milliers de kilomètres de lignes à inspecter, ainsi que des sous-stations et il est trop tôt pour se prononcer», a-t-il dit.

L'investigation menée par le Conseil de la fiabilité de l'électricité en Amérique du Nord (CFEA) se dirige toutefois vers l'État de l'Ohio, où des anomalies ont été constatées jeudi dans l'heure qui a précédé la panne. FirstEnergy, la compagnie d'électricité de l'Ohio, qui possède au moins deux des trois lignes à haute tension défectueuses, a fait savoir que les systèmes d'alarme qui auraient dû alerter les ingénieurs à propos des défaillances étaient brisés.

Le président du CFEA, Michehl Gent, a laissé entendre qu'une erreur humaine pourrait expliquer pourquoi les problèmes ne sont pas restés isolés et se sont plutôt propagés du Michigan jusqu'en Ontario en passant par New York. «Le système a été conçu pour prévenir de telles pannes en cascades, a-t-il dit. Ça aurait dû s'arrêter après les trois premières défaillances.»

Le débat a commencé à enflammer l'arène politique américaine en fin de semaine, où les républicains et les démocrates s'affrontent sur la conception du futur réseau électrique. Le projet du président Bush, actuellement entre les mains du Congrès, visait à confier la gestion du système à des autorités régionales ayant autorité sur plusieurs États. Selon les opposants, la création d'un large réseau intégré risquerait d'accroître les risques de pannes en cascade.

Certains sénateurs veulent des règles plus strictes et moins d'entreprises impliquées dans la gestion de l'électricité, alors que d'autres désirent au contraire accroître la concurrence en diminuant la réglementation. Mais une chose est sûre, peu importe le scénario, remettre le réseau électrique américain en bon état coûtera au bas mot 50 milliards de dollars US.

Avec la Presse canadienne et l'AFP


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