Taux hypothécaires - La volatilité au rendez-vous

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Gérard Bérubé
Édition du lundi 18 août 2003

Mots clés : immobiler

Les marchés obligataires font pression sur les taux

Collés au rendement obligataire correspondant, les taux hypothécaires sont très volatils depuis le début de l'année, ce qui vient témoigner de l'hésitation du marché devant cette activité économique qui tarde à s'intensifier aux États-Unis et qui menace de ralentir au Canada.

Photo: Jacques Nadeau

Influencés par les aléas du marché obligataire, les taux hypothécaires sont appelés à demeurer très volatils sur un horizon de temps prévisible. Engagés dans une tendance haussière depuis peu, les augmentations attendues d'ici la fin de 2004 devraient cependant demeurer contenues dans une fourchette de 150 à 200 points tellement la reprise économique tarde à se manifester.

Au terme de la réunion du Comité de politique monétaire, mardi dernier, la Réserve fédérale américaine a lancé un appel au calme. En retenant une nouvelle fois un statu quo monétaire, la Fed a invité les investisseurs à cesser de spéculer sur l'éventualité d'un resserrement de la politique monétaire. Surtout, ils ont été exhortés à ne pas surestimer la reprise qui semble s'installer.

Depuis deux mois, les participants au marché obligataire multipliaient les pressions à la hausse sur les rendements, dans l'anticipation d'une reprise de l'activité économique devant s'accélérer rapidement aux États-Unis. Les tensions observées s'inspiraient également du retour du gouvernement américain à l'ère des déficits budgétaires monstrueux et des besoins en financement imposants.

L'incertitude comme nourriture

Auparavant, on se nourrissait plutôt d'une incertitude quant à la reprise économique. Ces doutes, «ainsi que les craintes associées à une possible déflation aux États-Unis, ont provoqué une diminution importante des taux de moyen et long termes au cours du printemps et au début de l'été», ont rappelé les économistes du Mouvement Desjardins. Mais depuis...

«On assiste, depuis la mi-juin, à une forte hausse des taux d'intérêt sur le marché obligataire, a expliqué la semaine dernière Yvan Fontaine, premier vice-président, Placement, chez Addenda Capital. Les taux à 30 ans sont à 5,3 % alors que le taux à un jour de la Fed est à 1 %. C'est un écart énorme! Cela peut être extrêmement dommageable pour l'économie, parce que ce sont les taux à long terme qui s'appliquent aux coûts de financement des entreprises ou des simples consommateurs lorsqu'ils achètent une maison.»

Depuis la mi-juin, le rendement des obligations américaines à dix ans est passé de 3,1 % à près de 4,6 %. Celui à 30 ans a fluctué de 4,82 % à 5,29 %, après être repassé momentanément au-dessus des 6 % dans l'intervalle, et ce, pour la première fois depuis décembre 2002. Au total, le rendement sur un an n'a progressé que de 20 points depuis la mi-juin. En revanche, le rendement de dix ans a bondi de quelque 140 points et celui à 30 ans, de près de 50 points. Pendant ce temps, au Canada, le taux de un an se repliait de 15 points alors que celui à dix ans augmentait de près de 100 points et celui de 30 ans, de 70 points de pourcentage.

Impact immédiat sur les taux

On le devine, l'impact immédiat de cette hausse des rendements obligataires s'est fait directement sentir sur les taux hypothécaires. Encore jeudi dernier, la Banque Royale donnait le ton en commandant une hausse de 20 centièmes de son taux pour une hypothèque de quatre ans, qui passe à 6,30 %, tandis que celui sur cinq ans s'accroît également de 20 points à 6,55 %. La Banque de Montréal avait suivi avec une hausse de 15 points de son taux sur l'hypothèque de trois ans, à 5,8 %, de 20 points pour le terme de quatre ans, de 16 points pour celui de cinq ans (à 6,51 %) et de dix points pour l'échéance de sept ans, à 6,2 %. Les autres institutions ont suivi.

Collés au rendement obligataire correspondant, les taux hypothécaires sont très volatils depuis le début de l'année, ce qui vient témoigner de l'hésitation du marché devant cette activité économique qui tarde à s'intensifier aux États-Unis et qui menace de ralentir au Canada. Ainsi, depuis le début de 2003, les taux hypothécaires au Canada ont été modifiés à 15 reprises, six fois à la hausse et neuf fois à la baisse. Question de témoigner à la fois de cette volatilité accrue et de l'hésitation qui persiste, les institutions financières ont modifié leur grille de taux hypothécaires à 13 reprises sur l'ensemble de 2002, sept fois à la hausse et six fois à la baisse. Mais le mouvement de fond fait ressortir des taux hypothécaires demeurant, en définitive, inchangés depuis le début de l'année. À la fin de 2002, l'hypothèque de six mois commandait un taux de 5,55 %; il est de 4,45 % aujourd'hui. Le terme de un an proposait du 4,95 %, contre 4,55 % aujourd'hui. Le taux de trois ans, à 6 % à la fin de décembre 2002, se situe désormais à 5,8 % et celui de cinq ans, à 6,7 %, se chiffre à 6,55 %.

Ça ne durera pas

Il reste que cette relative stationnarité ne saurait persister. «La poursuite de l'atténuation des anticipations déflationnistes, jumelée à l'accélération en deuxième moitié de l'année de l'activité économique aux États-Unis devrait réduire davantage l'attrait des investisseurs pour les titres à revenu fixe, provoquant du même coup une augmentation additionnelle des taux d'intérêt obligataires d'ici la fin de l'année», ont ajouté les économistes du Mouvement Desjardins. Parlant des taux hypothécaires fixes et de l'épargne à terme de plus longue échéance, les baisses observées avant l'été furent le reflet du pessimisme du marché obligataire. «Toutefois, le creux de la vague semble atteint. Une tendance haussière devrait donc s'instaurer graduellement. Notons toutefois que les augmentations prévues sont quand même faibles compte tenu de la fragilité du climat économique.»

À titre d'illustration seulement, les prévisions du Mouvement Desjardins indiquent que l'augmentation moyenne à prévoir des taux hypothécaires devrait se situer entre 150 et 200 points d'ici à la fin de 2004.

Quant aux rendement prévus sur l'investissement, les projections de l'institution québécoise entre le 30 juin 2003 et le 30 juin 2004 incitent à privilégier le marché boursier. Ainsi, on projette une progression entre 7 et 13 % de l'indice boursier S&P/TSX sur cet horizon, et un rendement moyen d'un fonds d'actions canadiennes pouvant osciller entre 5 et 11 %. Entre-temps, la performance moyenne d'un fonds obligataires pourrait être entre -1 % et +2 %.


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