LENT RETOUR À LA NORMALE
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Les responsables canadiens et américains de la sécurité cherchent ensemble la source de la crise

Hier après-midi, le courant revenait peu à peu dans de nombreux endroits, après avoir manqué à près de 50 millions de personnes. En Ontario, le premier ministre Ernie Eves estimait hier que les deux tiers de la province devraient être réapprovisionnés avant la fin de la journée. Les autorités prévoyaient toutefois des coupures localisées pendant le week-end, afin de délester les réseaux, toujours incapables de fournir suffisamment d’énergie. Pour économiser l’électricité et éviter le chaos dans les villes, M. Eves a demandé hier matin aux industries et commerces de demeurer fermés et aux citoyens de rester à la maison, à l’exception des personnes travaillant pour des services d’urgence.
La population ontarienne a également été invitée à limiter sa consommation d’énergie et d’eau potable. Dans le but de restreindre la demande en électricité, le métro de Toronto restera fermé toute la fin de semaine.
Dans la capitale canadienne, une personne a péri dans un incendie et un piéton a été tué par une voiture. La police a rapporté 23 cas de pillage au cours de la nuit de jeudi à hier.
À New York, de vastes secteurs de la métropole de huit millions d’habitants étaient toujours sans électricité en fin d’après-midi hier. Mais le maire de la ville, Michael Bloomberg, a promis à ses citoyens en conférence de presse que le courant serait rétabli «d’ici la fin de la journée» et que «d’ici lundi, tout sera revenu à la normale». Pendant la journée d’hier, des milliers de New-Yorkais erraient à pied dans les rues de la ville, sous une chaleur écrasante, en attendant que l’électricité revienne. La Croix-Rouge américaine a distribué des bouteilles d’eau aux piétons qui traversaient le pont de Brooklyn et de longues files d’attente se sont formées devant les marchands de hot-dogs.
Le maire de la ville a annoncé qu’un homme de 40 ans était décédé d’un infarctus et qu’un pompier avait été gravement blessé au cours d’incendies. Les pompiers new-yorkais ont dû procéder à 800 interventions pour secourir des personnes bloquées dans des ascenseurs et combattre 60 incendies, souvent provoqués par des bougies. La police a travaillé fort durant la nuit de jeudi pour éviter les cambriolages, qui ont été relativement restreints.
À Cleveland, en Ohio, les quatre principales stations de pompage d’eau se sont arrêtées et trois quartiers étaient encore privés d’eau hier après-midi. En journée, près de 540 000 foyers n’avaient pas encore d’électricité. Dans le New Jersey, l’électricité revenait rapidement et, vers midi, il ne restait plus que 50 000 clients coupés du réseau, contre un million au plus fort de la crise.
Aux États-Unis comme au Canada, le trafic aérien restait très perturbé. Les six aéroports fermés jeudi (à New York, à Cleveland, à Newark, dans le New Jersey, à Toronto et à Ottawa) ont rouvert hier, mais les compagnies avaient du mal à assurer les vols, faute de pouvoir acheminer à temps les nombreux appareils qui ont été détournés vers d’autres villes jeudi. Air Canada a annulé l’ensemble de ses vols durant la journée, avant de reprendre au ralenti le service vers 16h.
L’aide du Québec
Le gouvernement québécois a été rapide à réagir à la crise qui touchait ses voisins. Le premier ministre, Jean Charest, a pris contact jeudi soir avec Ernie Eves pour lui offrir l’aide de sa province. M. Charest a fait la même offre au maire de New York et aux autorités américaines.
Depuis hier, le Québec fournit 1200 mégawatts à l’État de New York, 1100 à l’Ontario et 1000 à la Nouvelle-Angleterre. Une cinquantaines de génératrices ont aussi été envoyées en Ontario en attendant que le courant soit de retour.
Devant l’ampleur de la panne, M. Charest a déclaré que le Québec doit rester vigilant face à la demande en électricité imposée à son réseau et que la province doit accélérer le développement hydro-électrique, compte tenu de la croissance de notre consommation. M. Charest a annoncé qu'il a déjà entrepris une période de «réflexion» sur les mises en chantier à venir. De plus, en vue de créer des «conditions propices» à la construction de nouveaux barrages hydro-électriques dans le Nord du Québec, M. Charest a déjà prévu des rencontres avec des chefs autochtones et Inuits.
Les causes restent inexpliquées
Les causes de cette coupure historique restaient toutefois inexpliquées hier. Des sources de plus en plus nombreuses évoquaient un incident sur une immense ligne électrique qui fait le tour du lac Érié, passant en partie sur le territoire canadien. L’incident aurait pu ensuite se propager à l’ensemble du réseau. Les États-Unis avaient d’abord affirmé que le problème avait commencé au Canada, qui de son côté affirmait l’inverse.
Dès le petit matin hier, le maire de New York s’est jeté dans la polémique en soutenant que la source de la gigantesque panne était à chercher au Canada, tandis que les autorités canadiennes rejetaient la faute sur un réseau américain vétuste.
Le Conseil de la fiabilité de l’électricité en Amérique du Nord, qui dépend des producteurs d’électricité, a d’abord affirmé que la cause initiale de la panne se trouve dans le nord de l’Ohio, avant d’être moins catégorique. «Nous ne sommes pas certains de l’endroit où ç’a commencé», a déclaré son président Michel Gent, évoquant plutôt la région du Midwest des États-Unis.
M. Gent a précisé que plus de 100 centrales avaient été arrêtées, dont 22 centrales nucléaires. La panne s’est transmise en moins de dix secondes sur un territoire immense. Ernie Eves a lui aussi fait état d’informations selon lesquelles «le problème a eu lieu dans le Midwest».
Le gouvernement de l’Ohio a rejeté ces accusations. Une entreprise qui supervise le réseau a, elle, affirmé que l’incident était à rechercher dans le Michigan: «C’est là que se situe l’épicentre», a affirmé David Trungale, le vice-président de Softswitching Technologies. Il souligne que la vitesse de propagation de la panne peut expliquer les difficultés à la comprendre.
En novembre 1965, une précédente coupure avait touché la région, privant 30 millions de personnes d’électricité. Il avait alors fallu six jours pour en comprendre la cause.
Enquête conjointe
Le ministre canadien de la Défense, John McCallum, a déclaré hier que les responsables canadiens et américains de la sécurité allaient examiner ensemble les causes de la panne et étudier les moyens d’éviter qu’un tel incident ne se reproduise.
Le premier ministre canadien Jean Chrétien et le président américain George W. Bush devaient s’entretenir par téléphone hier afin de faire le point sur la panne d’électricité, selon les services de M. Chrétien.
«Tous ceux qui sont affectés par la panne devraient être satisfaits par le niveau élevé de coopération des gouvernements», a annoncé dans un communiqué M. Chrétien, qui se trouve depuis plusieurs jours en vacances dans sa ville natale de Shawinigan, alors que les deux pays se rejettent la faute de la panne.
La Maison Blanche a annoncé hier que le secrétaire américain à l'Énergie, Spencer Abraham, et le ministre canadien des Ressources naturelles, Herb Dhaliwal, allaient diriger l'enquête menée par un détachement spécial de la police américano-canadienne.
Dans le cadre de cette enquête, le président de la commission de l’Énergie et du Commerce de la Chambre des représentants américaine, Billy Tauzin, a fait savoir dans un communiqué qu’une audience se tiendrait au début du mois de septembre après les vacances d’été du Congrès.
Le secrétaire à l’Énergie, Spencer Abraham, le président de la Commission fédérale de réglementation de l’énergie (Ferc), Pat Wood, le gouverneur de l’État de New York, George Pataki, et le maire de New York, Michael Bloomberg, seront invités à témoigner, a ajouté M. Tauzin. Le président George W. Bush a pour sa part admis hier que la panne devait inciter les États-Unis à moderniser leur réseau électrique. «Cette panne est une incitation au sursaut», a indiqué le président dans les montagnes de Santa Monica, en Californie. «Cela nous indique qu’il faut moderniser notre réseau d’électricité», a-t-il ajouté.
Avec AP, AFP, PC et Reuters
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