Les services de garde subiront le même sort que les garderies
Mots clés : garderie
Les parents de 220 000 écoliers pourraient voir leur contribution financière augmenter
Les parents des 220 000 écoliers qui fréquentent les services de garde en milieu scolaire risquent de voir leur contribution financière subir la même hausse que celle pressentie dans les garderies.Tant au cabinet du ministre de l'Éducation, Pierre Reid, qu'à celui de son collègue de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, on confirmait hier au Devoir la possibilité d'un tel arrimage. «De façon traditionnelle, ils ont suivi la même voie. Mais la décision leur revient», a affirmé l'attachée de presse du ministre Béchard, Mylène Champoux. «Nous allons écouter les commentaires qui seront faits lors de la consultation et nous déciderons», a précisé la porte-parole du ministre Reid, Caroline Richard. Cette dernière a précisé que, s'il devait y avoir des hausses de tarif pour les services de garde en milieu scolaire, les économies réalisées pourraient être investies dans les services éducatifs.
Trois scénarios de financement des garderies à 5 $ sont proposés. Ainsi, le gouvernement du Québec pourrait décider de maintenir une tarification unique mais relevée de 2 $, peut-être davantage. Un autre scénario prévoit que la contribution parentale se ferait en proportion des coûts globaux du réseau (20 % plutôt que 15 % comme maintenant). Cette formule signifierait également une hausse générale d'au moins 2 $.
La troisième proposition, et celle privilégiée par le ministre Béchard, entraînerait une modulation des tarifs en fonction des revenus des familles: 5 $ pour des revenus de moins de 70 000 $ jusqu'à un maximum de 10 $ pour les familles qui gagnent plus de 100 000 $ par année. La contribution supplémentaire serait réclamée au moment de la production de la déclaration de revenus.
Dans tous les cas de figure, il y aura une indexation annuelle des frais de garde.
En juin dernier, la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) et l'Association des commissions scolaires anglophones du Québec (ACSAQ) avaient ouvert toute grande la porte au gouvernement pour modifier le tarif de 5 $. Devant l'ampleur des compressions à venir en éducation, la FCSQ et l'ACSAQ proposaient au ministre Reid de piger dans les poches des parents pour investir davantage dans les services éducatifs.
«Certes, les services de garde sont appréciés des parents, mais chaque dollar d'augmentation de la contribution des parents évite des compressions dans les services de base aux élèves», écrivaient alors les deux organismes dans un mémoire au ministre. Chaque dollar additionnel versé par les parents représenterait des revenus supplémentaires de 33 millions, argumentaient-ils.
Entre 1997 et 2003, le budget du ministère de l'Éducation consacré aux services de garde est passé de 35 millions à 185 millions par année. S'il y a eu explosion des coûts, c'est qu'il y a eu explosion de la demande. Il y a six ans, on comptait 92 000 élèves qui franchissaient les portes de l'école avant l'heure des classes, qui dînaient dans l'établissement ou qui y demeuraient après que la cloche eut sonné. Ils sont maintenant 220 000 enfants, soit près de la moitié de tous les écoliers du Québec, à fréquenter les services de garde.
Malgré cette prise de position très claire, le directeur des communications de la FCSQ, Denis Pouliot, a souligné hier que l'organisme analysera de nouveau le dossier la semaine prochaine en vue d'émettre son point de vue lors des consultations.
Pour la présidente de la Commission scolaire de Montréal, Diane De Courcy, la FCSQ fait fausse route en considérant les services de garde comme accessoires, presque du «luxe». «Cela fait partie intégrante de la mission de l'école. Il faut voir ces services comme un élément de prévention du décrochage scolaire», a soutenu Mme De Courcy, qui craint un recul social avec des enfants portant la clé de la maison à leur cou.
Mais il y a pire pour elle. Mme De Courcy associe une éventuelle hausse de la participation financière des parents à «un détournement de fonds». «Si les sommes économisées par le ministère de l'Éducation se retrouvent dans les services éducatifs, cela reviendrait à dire que seuls les parents utilisant les services de garde paieraient la facture pour tout le monde. Ça n'a pas de bon sens», a-t-elle tranché.
Le ministre Béchard et sa collègue, Carole Théberge, ministre déléguée à la Famille, rencontreront les organismes concernés par la question des garderies -- y compris du milieu de l'éducation -- les 27, 28 et 29 août prochains, à Québec et à Montréal. Deux visions s'y affronteront: les garderies, peu importe leur forme, sont un service aux citoyens ou une nécessité sociale. Le Parti libéral du Québec défend le premier point de vue, ce dont il ne s'est pas caché en élections. Du coup, il bénéficie d'une légitimité claire pour agir, comme se plaît à le rappeler le ministre Béchard.
À la suite de cet exercice, une proposition sera présentée au conseil des ministres d'ici la fin de septembre afin d'enclencher les modifications au système actuel.
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