«Les gouvernements ne sont pas invulnérables»

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Geneviève Otis-Dionne
Édition du vendredi 15 août 2003

Mots clés : panne

La panique est évitée mais la confiance est ébranlée

Les importantes pannes de courant qui ont touché hier New York et Toronto, bien que la panique ait été évitée dans les deux villes, vont ébranler une fois de plus la confiance des citoyens dans les autorités publiques, selon Hélène David, professeure au département de psychologie de l'Université de Montréal.

«Toronto et New York, c'est évident que ça ne pouvait pas tomber pire. Le seuil de tolérance à des événements semblables est très petit dans les deux villes», explique Mme David. La professeure mentionne le fait que la population de New York est encore ébranlée par les attentats du 11 septembre, tandis que celle de Toronto se relève difficilement de la crise du SRAS.

Selon Mme David, ces événements d'envergure «viennent dire aux gens que les gouvernements ne sont pas invulnérables et que même les plus hautes autorités ne prévoient pas tout. Le gouvernement américain n'a pas été capable d'empêcher les attentats du World Trade Center, les autorités sanitaires n'ont pas été en mesure de contrôler le SRAS et on ne peut pas se fier sur les autorités pour gérer la demande en électricité.»

«Ces situations donnent l'impression aux gens qu'ils n'ont pas de contrôle sur leur environnement, ce qui peut devenir menaçant à la longue. Sur qui peuvent-ils se fier?», ajoute la psychologue. Les résidants des grandes villes dépendent forcément des infrastructures centrales pour tous les besoins de leur vie quotidienne. «On dit aux gens de se fier aux ascenseurs, aux métros, au bon fonctionnement des centrales hydro-électriques, et voilà que tout lâche en même temps.»

Ces situations font en sorte que les gens se disent: «On ne peut plus faire confiance aux autorités publiques. On peut juste faire confiance à soi-même», mentionne la professeure. De plus, elle explique que «la notion de traumatisme, c'est un effet cumulatif et que ça fait beaucoup en peu de temps pour ces deux villes.»

La peur de l'attentat

D'après la présidente de l'Ordre des psychologues du Québec, Rose-Marie Charest, plusieurs New-Yorkais ont d'abord pensé à un attentat terroriste. «Cet événement est nécessairement un rappel d'un traumatisme passé. Même les images qui étaient diffusées au début montraient une ressemblance visuelle entre les deux événements [référence à l'attentat contre le WTC] avec les personnes qui marchaient dans la rue».

Dans un article de l'Agence France-Presse, la journaliste cite un New-Yorkais, Gerard Ritchie, qui commente l'événement: «Au début, j'ai cru que c'était limité au bureau, puis à l'immeuble. Ce n'est qu'après que je me suis rendu compte que toute la ville était sans courant, raconte-t-il. On a décidé de sortir, car nous avons pensé qu'il s'agissait d'un attentat. Et puis quelqu'un a entendu à la radio qu'il y avait un problème avec le réseau».

Mme Charest souligne que «l'inconnu est toujours générateur d'anxiété» et que les gens se sentent souvent «impuissants» quand ils ne peuvent pas expliquer un événement.

De son côté, Mme David soutient que, même si les gens savent que ce ne sont pas des attentats terroristes, «ça réveille des angoisses à cause des événements passés».

André A. Lafrance, professeur au département de communication de l'Université de Montréal, constate dans cet événement que les autorités gouvernementales, américaines et canadiennes, ne sont pas bien équipées pour informer adéquatement la population sur la véritable nature des événements.

«Je suis certain que ça a pris un certain temps avant que les gens sachent qu'il s'agissait simplement d'un incident et que ça allait être corrigé. Avec tout ce qui arrive, il faut maintenant pouvoir s'assurer d'informer rapidement la population de façon crédible».

Il affirme qu'il faut maintenant établir un système de communication complètement indépendant du réseau électrique, car presque toutes les sources d'information où s'abreuve la population sont dépendantes de l'électricité. «Mais quand le système électrique s'effondre, tout s'effondre», déplore M. Lafrance.

Le professeur indique qu'un système de communication fiable exigerait des investissements importants de la part des gouvernements. Cependant, «les fonctionnaires ne veulent pas investir dans des projets qui ne sont pas apparents directement pour les citoyens, car ça ne rapporte pas du point de vue électoral». D'après lui, les gouvernements du Canada et des États-Unis n'ont plus le choix maintenant et doivent investir dans un système d'information rapide et crédible pour respecter le droit des citoyens d'être informés de façon appropriée sur les événements qui se déroulent dans leur entourage.


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