Opinion

Train à haute vitesse - Le corridor Québec-Windsor reste pertinent

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Yvan-M. Roy, Avocat, conseiller en matière de tourisme ferroviaire à Québec.

Édition du mercredi 13 août 2003

Mots clés :

Il est prématuré et imprudent de privilégier le corridor Montréal-New York

Luc-Normand Tellier a remis en question le projet d'un TGV ultrarapide dans le «corridor ferroviaire aussi peu dense que celui de Québec-Windsor» (Le Devoir, 31 juillet 2003). À l'échelle du continent, l'axe Québec-Montréal-Toronto-Windsor lui est apparu comme marginal. Il a proposé un TGV dans le corridor Montréal-New York-Washington, substituant au passage Mont-Tremblant à Québec comme gare en tête de ligne. Ces propos méritent réflexion.

Il faut accepter que les agglomérations dans l'axe Québec-Windsor ne totalisent que 13,5 millions de personnes, soit 2,3 fois moins que les 31 millions de l'axe Washington-Montréal. Or les villes de Detroit et de Windsor font partie de la même agglomération. Il est probable que Chicago et Detroit, distantes de 500 km, seront reliées tôt ou tard par TGV. Les agglomérations des deux villes totalisent 11 millions, portées à 22 millions avec les populations de l'Illinois et du Michigan. Columbus et Indianapolis sont les principales agglomérations des États voisins, l'Ohio et l'Indiana. Columbus et Indianapolis sont plus près de Detroit que ne l'est Chicago. Le Michigan, l'Illinois, l'Ohio et l'Indiana totalisent 41 millions de personnes, 30 % de plus que la population du Canada. Vu sous cette angle, l'axe Québec-Windsor cesse alors d'être «marginal». Un TGV reliant Montréal au Midwest américain devient presque une nécessité. Le projet de M. Tellier concède le Midwest à Toronto et prive le Québec d'un lien rapide avec un bassin de population supérieur à celui de New York-Washington. Toronto applaudira chaudement les positions de M. Tellier.

Québec ou Mont-Tremblant

Sur la question des TGV, Mont-Tremblant est une station toutistique toutes saisons qui doit être soutenue à son mérite. La ville de Québec ne peut être rejetée sommairement. Québec possède 10 fois plus de population que Mont-Tremblant, dispose d'une infrastructure touristique de renommée mondiale, administre un port océanique doté d'un terminal de croisières en pleine croissance et finalement profite d'un aéroport international contigu au tracé d'un éventuel TGV Québec-Windsor.

Le projet du corridor Québec-Windsor qui traverse les deux provinces les plus populeuses du Canada est une entreprise où une voie de 1200 km devrait être aménagée en sol canadien. Le projet Montréal-Washington touche une seule province canadienne et porte sur une distance de 65 km en sol canadien, le reste étant réalisé en sol américain. De tels projets ne peuvent se réaliser sans injection massive de fonds publics. Il est probable que les Américains pourront accepter de financer un TGV entre Albany et New York, soit 270 km, mais il est incertain qu'ils consentiront à injecter des milliards pour rallier la frontière du Québec, une distance de 300 km. Il est à prévoir que la participation du financement fédéral canadien sera difficile dans le cas du TGV Montréal-Washington. La justification sera plus facile à établir dans le cas du TGV Québec-Windsor.

Plus de réalisme

Le projet d'un TGV dans le corridor Québec-Montréal-Windsor offre autant sinon plus de réalisme que celui dans le corridor Montréal-Washington. À l'étape actuelle, il est prématuré, voire imprudent, de privilégier le projet Montréal-Washington. Montréal a la chance exceptionnelle de se positionner à la tête de deux grands TGV. Les projets seront déterminés au mérite. Montréal a déjà raté le choix de l'emplacement de son principal aéroport. Cela devrait suffire comme éclairage pour forcer les décideurs à prendre les bonnes décisions.


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