Alpinistes québécois: la GRC abandonne
Mots clés : alpinistes, leucan, disparition
Refusant de perdre espoir, les familles des disparus mobilisent leur propre équipe de secouristes
Alors que la GRC décidait hier d’abandonner les recherches en Colombie-Britannique pour retrouver Yves Laforest, Michel Bastien et une Française qui les accompagnait dans la descente de la rivière Incommappleux, une équipe d’experts du Québec arrivait sur les lieux pour lancer une ultime opération de secours financée par des fonds privés, un espoir auquel s’accrochent la famille et les amis des disparus.La découverte récente des gilets de sauvetage des disparus est interprétée comme un signe qu’ils sont toujours en vie, douze jours après leur disparition.
«Les trois vestes de sauvetage sont fermées, complètement attachées. Il y a la possibilité plutôt mince que les vestes se soient enlevées d’elles-mêmes des personnes, mais c’est quelque chose qui arrive extrêmement rarement», affirme la coordonatrice aux communications du Fonds Yves Laforest, Catherine Zerki, qui finance l’opération de secours à partir du Québec.
«De plus, les trois vestes sont accrochées dans le même coin, ajoute Mme Zerki. C’était le seul moyen pour eux d’envoyer un message. Les vestes sont oranges et visibles de loin.»
Les kayaks ont chaviré dans une portion de la rivière qui forme un canyon, explique Mme Zerki. «Des grottes et des crevasses se sont formées dans ce canyon à cause de l’érosion. Ils ont pu se réfugier dans une de ces cavernes, sans pouvoir en sortir. Il y a une chute particulièrement grande après les grottes dans laquelle un homme qui n’est pas dans une embarcation perdrait la vie. Ils connaissent bien la rivière et ils savent qu’ils ne peuvent pas se laisser emporter par le courant.»
Il est également impossible pour eux de remonter le courant, car le débit de l’eau est extrêmement fort dans ce secteur de la rivière. Ils ne disposent pas non plus de l’équipement nécessaire pour escalader les parois rocheuses du canyon.
Éric Laforest, qui est en Colombie-Britannique pour suivre les recherches, pense que son frère — le premier Québécois à avoir escalader l’Everest — est toujours en vie et qu’il s’est réfugié dans une de ces cavernes. L’explorateur Bernard Voyer est entré en contact avec lui pour lui mentionner «qu’il était possible de survivre longtemps juste avec de l’eau. Bernard pense qu’ils sont toujours en vie et c’est très plausible. Ils sont juste à côté de la rivière», a déclaré M. Laforest au Devoir lors d’un entretien téléphonique.
Un site trop dangereux pour la GRC
Les agents de la GRC sillonnent depuis plusieurs jours la région pour venir en aide aux explorateurs. Le 5 août, ils ont retrouvé sain et sauf Martin Champagneur, un cinéaste français qui accompagnait l’expédition. Selon Mme Zerki, M. Champagneur a réussi à sortir de l’eau avant l’entrée du canyon, contrairement aux autres membres de l’expédition. Le jeune homme d’une vingtaine d’années a erré dans la forêt pendant cinq jours avant d’être secouru.
Vendredi, la GRC a utilisé une caméra infrarouge pour scruter le Parc national des Glaciers, sans toutefois relever la moindre trace des autres disparus. «Ils ont passé le territoire superficiel au peigne fin, soutient Mme Zerki. Mais ils ont beau avoir la meilleure volonté du monde, c’est impossible pour eux d’atteindre les grottes. Ils n’ont pas les capacités, ni les connaissances, ni l’équipement technique, ni le pouvoir pour mobiliser des gens pour cette tâche-là.»
La GRC a donc annoncé hier à la famille Laforest qu’elle abandonnait les recherches. «Ils nous ont dit qu’ils avaient utilisé toutes leurs ressources en fonction de la sécurité du site, déclare M. Laforest. Nous comprenons qu’ils ne puissent pas aller plus loin. Ce ne sont pas des spécialistes en spéléologie comme ceux qui viennent d’arriver du Québec.»
L’équipe composée de cinq personnes est arrivée hier en Colombie-Britannique pour prendre le relais de la GRC. On retrouve dans cette équipe Marc Tremblay et Michel Cadieux, deux spéléologues expérimentés. Les deux amis ont participé à différentes opérations de secours, dont une qui a duré plus de 20 heures au Mexique.
Ils attendaient hier qu’un hélicoptère soit disponible pour se rendre en montagne et commencer les recherches. «Il est très difficile de trouver un hélicoptère dans la région et nous continuons les recherches», a mentionné hier Silvio Brière, engagé dans le Fonds Laforest. Le Fonds Laforest, basé au Québec, fait des pieds et des mains pour trouver de l’argent et faciliter le travail des secouristes. Pendant le week-end, il a réussi à obtenir 250 kg de matériel pour les spécialistes, dont des centaines de mètres de corde. Un téléphone satellite devrait également être acheminé ce matin aux sauveteurs. «Nous avons besoin de 6000 à 7000 $ par jour pour poursuivre les opérations», admet Mme Zerki. «Si quelqu’un veut donner des fonds ou possède un hélicoptère et veut participer à l’opération, il n’a qu’à nous appeler», demande M. Brière (Fonds Laforest: (514) 702-1176 ou (514) 387-0077).
Rappelons que l’équipe de M. Laforest était partie en expédition le 26 juillet pour souligner le 25e anniversaire de Leucan et donner de l’espoir aux jeunes atteints de cancer.
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