Vacances estivales - Parents exigeants cherchent camps de jour
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L'offre a bien changé en l'espace d'une quinzaine d'années

Photo: Jacques Grenier
Entre une semaine chez grand-maman et les vacances familiales au bord du lac, que faire pour occuper les petits diables de la maison?
Il n'y a pas si longtemps, cette question avait vite trouvé réponse: la cabane de fortune fabriquée par les p'tits gars du quartier concurrençait le terrain de jeu du bout de la rue. Une partie de drapeau, un jeu de mouchoir, des baignades surveillées à la piscine municipale faisaient foi d'animation estivale, avec en prime un ou deux moniteurs eux-mêmes à peine sortis de la petite enfance.
«Aujourd'hui, il faut en mettre plein la vue pour attirer l'attention des enfants, et des parents», explique Louis Jean, directeur général de l'Association des camps du Québec (ACQ), qui regroupe quelque 122 organismes, camps de vacances (séjour diurne et nocturne compris) et camps de jour compris. «Les jeunes ont le choix entre le camp de jour, le camp de vacances, mais aussi une foule d'activités. Il faut tout faire pour les attirer, mais une fois rendus au camp, ce sont parfois les choses les plus simples qui continuent de fasciner.»
Le parent d'abord embêté par cette simple question -- comment occuper mon bébé cet été? -- aura tôt fait de se tourmenter avec un autre problème: «Diable, que choisir?» Comme on magasine désormais son école -- volet international? projet musical? programme ski et gymnastique? -- l'aventure de camp prend aujourd'hui mille et une couleurs.
Entre le camp de golf pour six ans et plus (oui oui oui), les apprentis marmitons -- une formule de plus en plus répandue --, les sports «extrêmes» -- très populaires auprès des ados en mal de sensations fortes --, la danse hip-hop, funky ou rap, l'équitation, le séjour au musée, les scientifiques en herbe ou l'éternel et toujours populaire mariage d'activités sportives et culturelles, le parent peut s'égarer (voir autre texte).
Sceau de qualité
En inscrivant leur petit à un camp de jour, les parents cherchent généralement un endroit facile d'accès, à proximité de la maison ou du bureau, histoire d'y déposer la marmaille le matin, repartir l'âme en paix, sachant l'enfant bien entouré, bien animé, bien occupé, et le reprendre en fin de journée, bien barbouillé, bien bronzé, bien fatigué.
«Les camps ont tellement changé en l'espace d'une quinzaine d'années», raconte Éric Beauchemin, cofondateur et directeur des Formations Remue-Méninges, une entreprise spécialisée dans la formation du personnel oeuvrant dans l'univers des loisirs pour jeunes. «Quand j'ai commencé comme animateur, on avait un seul groupe de 4 à 15 ans, et c'était le terrain de jeux traditionnel avec une boîte, deux ballons et un bat de baseball!»
En plus de la diversité, c'est aussi le sceau de qualité que les parents recherchent: «Les parents sont de plus en plus exigeants», confirme Éric Beauchemin, dont la firme soutient les camps de jour -- tant municipaux que privés -- dans les rouages de la formation du personnel. «Ils veulent un lieu sécuritaire, et des standards élevés en matière d'hygiène et de nutrition. Avant, les toilettes sèches et le pâté chinois passaient très bien; mais aujourd'hui, c'est dur à vendre.»
Étonnamment, les parents ne sont pas des plus inquisiteurs lorsque vient le temps de parler de formation du personnel... Alors que l'école tend de plus à plus à des ratios maître-élèves à la baisse, ce qui fait l'objet de campagnes bien orchestrées de la part des enseignants, une fois les enfants sortis de la classe et passés à l'abandon du terrain de jeux, les règles s'assouplissent, les exigences ramollissent.
La Canadian Camping Association invite pourtant les parents à s'informer très tôt du nombre d'heures de formation reçues par le personnel, leurs acquis en secourisme, l'âge moyen des moniteurs de même que le ratio moniteur-campeurs. «Bien avant de demander le prix du séjour, ces questions devraient être posées», indique-t-on sur leur site.
L'agrément
L'Association des camps du Québec distribue chaque année son lot d'accréditations à tous ces camps de jour qui ont démontré qu'ils répondaient à l'ensemble des normes exigées. Tout cela dans le but d'exhiber fièrement le sceau de l'ACQ, dont l'un des slogans est «un camp accrédité part avec une bonne longueur d'avance!». «C'est souvent avec la formation du personnel que l'accréditation fait toute la différence», confirme Louis Jean, directeur de l'ACQ. «C'est un gage de sécurité et de qualité.»
Les exigences élevées côté personnel, en plus du coût d'adhésion à l'association (575 $ de montant de base plus trois sous du jour/campeur), représentent un obstacle de taille pour l'obtention du logo de l'ACQ. «L'un des freins les plus importants à l'accréditation se situe dans les heures de formation du personnel, l'âge minimum d'embauche et les ratios moniteur-enfants», poursuit M. Jean.
À l'ACQ, les règles concernant le personnel sont on ne peut plus claires. Si l'âge minimal d'embauche est de 17 ans, on ne peut retrouver désormais plus de 35 % du nombre de moniteurs dans cette tranche d'âge. Chez les 5-6 ans, un moniteur pour huit campeurs s'époumonera toute la journée, contre un pour dix chez les 7-8 ans, et un pour 12 chez les 9-11 ans. En outre, une formation minimale de 50 heures est obligatoire pour diriger un groupe.
«Dans nos camps, la moyenne d'âge des moniteurs se rapproche beaucoup plus de 20 ans que de 18 ans», explique Louis Jean. Une donnée précieuse, particulièrement chère au coeur de tous ceux et celles qui auront croisé un jour dans le métro ou au coin d'une rue une ribambelle de marmots laissée à la surveillance de moniteurs criards -- Féliiiiiix! On ne boooooooouge pas! Mathiiiiiiiilde! On reste dans le raaaaang! Si vous n'écoutez pas, on coupe la pisciiiiiiiiine, c'est compriiiiiiiiis?! --, eux-mêmes presque en âge de se retrouver encore sous la baguette d'un moniteur...
Rares sont les camps municipaux qui voguent vers l'agrément. Cette année, l'ACQ en compte deux. «Souvent, le fait qu'ils soient autonomes, qu'ils répondent à leurs propres règles, que les citoyens les connaissent par l'entremise du service des loisirs, tout ça ne les incite pas à s'accréditer», explique Louis Jean.
À Montréal, où la fusion municipale et l'avènement des arrondissements a donné lieu à la naissance des «clubs de vacances» municipaux, aucun camp n'est agréé. «Il faut faire attention», prévient Éric Beauchemin. «Ce n'est pas parce qu'il n'est pas accrédité qu'il n'offre pas un encadrement de qualité.»
Formation des moniteurs
L'arrondissement Ahuntsic-Cartierville a d'ailleurs fait appel à Formations Remue-Méninges cette année pour rehausser la qualité de formation de son personnel. Le club de vacances, qui présente une facture de 65 $ par semaine (service de garde compris), a abaissé cette année son ratio à un moniteur pour 18 enfants -- il était de 1 pour 20 auparavant. «Idéalement, il faudrait atteindre le 1 pour 15», explique Michel Gérald, agent de développement responsable des huit clubs de vacances que compte cet arrondissement.
Les moniteurs doivent minimalement avoir terminé leur 4e secondaire (avoir 16 ans) et aucun pourcentage maximal de ces dynamiques bougres de 16 ans n'est prescrit par le camp. L'an dernier toutefois, le mélange explosif de ces jeunes pleins de bonne volonté mais inexpérimentés avec des enfants turbulents particulièrement difficiles à animer a créé quelques remous. «Imaginez un groupe, avec quelques enfants hyperactifs dans le lot, très difficiles à contrôler, et un jeune de 16 ou 17 ans qui n'a pas d'expérience», raconte Michel Gérald. «Nous avons décidé de changer nos façons de faire. Les jeunes moniteurs et les enfants difficiles ont causé quelques problèmes.»
Cette année, en plus de donner la formation du personnel à contrat, deux psycho-éducatrices ont été embauchées pour «soutenir le travail des moniteurs qui avaient besoin de soutien», poursuit M. Gérald, qui a relevé un problème de taille avec certaines familles à qui on demande de noter religieusement toute difficulté chez leur enfant, sans succès. «Les parents doivent signaler tout problème chez leur enfants, mais ils ne veulent pas toujours le faire.» Aux moniteurs de faire l'heureuse surprise, en pleine crise.
Malgré tout le désir des camps d'améliorer les ratios et de hausser l'âge d'embauche du personnel, les écueils sont de plus en plus nombreux sur la route, notamment parce que le secteur des loisirs jeunes semble en pleine... pénurie de personnel! «Faire de la sélection alors qu'on est en pénurie, ça complique en effet les choses», explique Éric Beauchemin, qui remarque un souci de plus en plus grand du milieu pour des moniteurs aguerris.
D'ailleurs, si l'ACQ prescrivait jusqu'à l'an dernier un pourcentage de 20 % de moniteurs de 17 ans, elle a révisé ce pourcentage à la hausse cette année (35 %), pour tenir compte des difficultés de recrutement.
Il n'y a pas six longtemps, ce sont six c.v. qui atterrissaient sur le bureau du directeur de camp pour pourvoir un seul poste. Maintenant, il n'y en a plus que 2,8! «Les salaires sont mieux maintenant qu'ils ne l'ont été, mais 8,50 $ de l'heure, ça ne concurrence pas toujours les offres d'emploi que les jeunes reçoivent maintenant», poursuit M. Beauchemin, qui voit certains camps de jour exiger une seule fin de semaine de formation, contre d'autres qui prévoient plutôt deux semaines payées pour des équipes bien rodées.
Un moniteur bien préparé saura contrôler son groupe en cas de turbulence majeure, il aura plus d'une chansonnette dans son sac et de quoi occuper ces enfants en mal de mouvement. «Plus un jeune est à la hauteur et bien formé, moins il aura de feux à éteindre durant l'été», explique Éric Beauchemin.
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