Le Vatican rappelle les élus à leur devoir moral

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Brian Myles
Édition du vendredi 01 août 2003

Mots clés :

- Le parlementaire catholique doit voter contre le mariage gay; - L'homosexualité est une «dépravation grave, une anomalie, un comportement déviant»

Jean Chrétien, Paul Martin et tous les hommes politiques catholiques du monde entier ont le «devoir moral» de s'opposer à la légalisation des unions homosexuelles, a rappelé hier le Vatican, dénonçant au passage ces «comportements déviants».

Avec l'approbation du pape Jean-Paul II, le Vatican a publié un document en sept langues destiné aux hommes politiques catholiques et aux évêques de la planète pour leur rappeler leur «devoir moral» de «s'opposer de manière claire et incisive» à toute tentative de légaliser les mariages gays.

Les évêques doivent quitter la Sacristie pour se lancer dans le lobbying politique. La classe politique doit voter contre la légalisation des mariages homosexuels au nom de la sainteté du mariage. Telle est la volonté du Vatican.

«Les législations favorables aux unions homosexuelles sont contraires à la droite raison. Étant donné les valeurs en jeu, l'État ne peut légaliser ces unions sans manquer au devoir de promouvoir et de protéger le mariage, institution essentielle au bien commun», affirme le Vatican.

Le texte de sept pages prend les allures d'une sévère condamnation de l'homosexualité comme seule l'Église catholique en est capable. Les actes homosexuels sont décrits comme «des anomalies», des «dépravations graves» qui ne sauraient recevoir d'approbation. Les unions entre conjoints de même sexe ne peuvent assurer «la procréation et la survivance de l'espèce humaine», rappelle le Vatican. Et les enfants plongés dans une famille dépourvue de «bipolarité sexuelle» risquent d'éprouver des problèmes de croissance. C'est même leur faire violence que de profiter de leur faiblesse pour les plonger dans des milieux ne favorisant pas leur plein développement.

La Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) a repris cette position tranchée à son compte, en envoyant le texte à tous ses membres. Alors que le Canada s'apprête à légaliser le mariage gay par un vote libre aux Communes, le secrétaire général de la CECC, Peter Schonenbach, invite les évêques et les fidèles à multiplier les pressions auprès de leurs députés. «Le mariage traditionnel est vraiment pour nous la clef qui fait le lien avec la famille. Quand on pense mariage, on pense famille, et quand on pense famille, on pense cellule de la société», a-t-il dit.

La Conférence des évêques ne voit aucune évolution dans la reconnaissance des mariages entre gays ou lesbiennes. «L'Église n'accepte pas l'activité homosexuelle. Ça fait partie de son bagage moral, et elle se doit d'être cohérente.» Le cardinal Jean-Claude Turcotte n'a pu être joint pour des commentaires puisqu'il est en vacances.

À Toronto, où les mariages entre gays et lesbiennes sont célébrés depuis juin, le révérend Brent Hawkes a exprimé son dépit face à la position du Vatican, qui ne fera qu'amplifier l'homophobie et la discrimination. «Quelle définition du mariage le Vatican est-il prêt à soutenir? Celle où les femmes étaient traitées comme des possessions avant la reconnaissance de leur égalité? Celle où les couples étaient forcés de rester ensemble dans des relations malsaines avant le divorce? Celle où les couples de races différentes ne pouvaient se marier avant que la discrimination ne soit interdite?», s'est-il interrogé par voie de communiqué.

«Une majorité de Canadiens, y compris des catholiques, ne supportent plus la position du Vatican sur le refus de la contraception et ils ne supportent plus sa position d'interdire les unions entre gays et lesbiennes», a ajouté le révérend Hawkes, qui procède à des mariages entre personnes de même sexe depuis que la Cour d'appel de l'Ontario a invalidé la définition traditionnelle du mariage inscrite dans la common law.

Le Canada ne pliera pas

Le premier ministre Jean Chrétien et son éventuel successeur, Paul Martin, ont tous deux indiqué qu'ils n'entendraient pas plier devant le Vatican sur la question du mariage entre conjoints de même sexe.

Aspirant numéro un dans la course au leadership libéral, M. Martin a expliqué que son rôle de parlementaire a préséance sur ses convictions religieuses. «Je suis un catholique pratiquant, mais j'ai des responsabilités en tant que législateur, et ces responsabilités doivent être prises dans une plus grande perspective», a-t-il dit mercredi soir, en marge du concert que donnaient les Rolling Stones à Toronto.

Le premier ministre Chrétien a réitéré par la voix d'une porte-parole qu'il se sentait beaucoup plus redevable devant le peuple canadien que devant l'Église catholique. M. Chrétien a déjà exprimé par le passé son attachement au principe de séparation entre l'Église et l'État. Se décrivant comme «un bon catholique», il estime que les politiciens ne devraient pas se servir de leur position au sein du gouvernement pour imposer aux autres leurs croyances religieuses.

George W. Bush ne l'entend pas de la même manière. Vingt-quatre heures avant que le Vatican ne fasse connaître sa position, le président américain s'est prononcé contre les mariages homosexuels. «Je crois que le mariage est une union entre un homme et une femme. Et je pense que nous devrions le codifier d'une façon ou d'une autre», a déclaré M. Bush.

Tandis que le Canada s'apprête à légaliser le mariage gay, la Maison-Blanche songe à modifier la Constitution des États-Unis afin de fermer complètement l'institution du mariage aux gays et lesbiennes .

Au Québec, la communauté gay ne s'étonne guère de la radicale prise de position du Vatican. Le président de Gai-Écoute et de la Fondation Émergence, Laurent McCutcheon, souligne que l'Église s'oppose à la fois aux relations homosexuelles, à l'avortement, à la contraception, en ne conférant aux relations sexuelles entre personnes de sexes opposés qu'une fonction de procréation. «Ça veut dire que chaque fois qu'on baise sans faire d'enfants, ça ne passe pas le test», dit-il.


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