Québécois tricotés ailleurs

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Michel Venne
Édition du mercredi 11 juin 2003

Mots clés : charest

Le discours inaugural du premier ministre Jean Charest comportait une proposition qui suscite beaucoup d'inquiétude. Je cite: «Nous confierons à des organismes communautaires, issus des différentes communautés culturelles, l'accueil des nouveaux arrivants. Nos nouveaux concitoyens auront ainsi pour guides, dans la découverte de notre société, des gens plus sensibles à leur réalité.» Cette affirmation soulève trois problèmes de fond.

Le premier problème tient dans l'idée que cette tâche d'une extrême importance, surtout pour une petite société comme la nôtre, puisse être confiée en sous-traitance. L'État ne peut pas se contenter d'un rôle «d'encadrement, d'orientation générale et d'évaluation», comme le propose le Parti libéral.

L'accueil ne consiste pas seulement à aider un immigrant fraîchement arrivé à se trouver un emploi ou à s'inscrire à des cours de français. L'accueil est le début de l'intégration qui est intimement liée à l'acquisition de la citoyenneté. C'est un processus qui amène l'immigrant à développer une identification et une participation à la communauté politique, à la nation, à la société au sein de laquelle il a choisi de s'établir. L'accueil doit donc être le fait de la société tout entière et dépasse largement les questions logistiques liées à l'installation. Le rôle des institutions nationales et des symboles reste fondamental. M. Charest aurait fait oeuvre utile en ce sens, par exemple, en nommant Christos Sirros à la présidence de l'Assemblée nationale.

Cela n'empêche nullement le gouvernement de requérir la collaboration d'organisations communautaires. Mais il ne peut pas leur «confier l'accueil» des nouveaux arrivants comme s'il s'en lavait les mains. Il semble y avoir ici une incompréhension du rôle d'un État dans une société. L'État inclut les communautés d'appartenance locales ou culturelles. Il les transcende. Il les unit. Il ne peut pas s'effacer d'un processus aussi important dont il doit rester le maître d'oeuvre.

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Le deuxième problème tient dans l'idée de confier à des organismes «issus des différentes communautés culturelles» cette tâche d'intégration. Cette proposition apparaît d'emblée comme une aberration. Sans doute M. Charest voudra-t-il s'en expliquer plus longuement. Il est impossible qu'il croie que l'intégration à la société d'accueil puisse se réaliser avec la seule participation de personnes issues elles-mêmes de l'immigration récente. Comment l'intégration est-elle possible en excluant du processus ceux et celles qui appartiennent à la majorité?

L'idée d'associer des organismes des communautés culturelles au processus d'intégration est sans nul doute une bonne idée. Lorsqu'un immigrant débarque à Montréal ou ailleurs au Québec, il cherche spontanément à se regrouper avec des gens qui partagent avec lui des traits culturels, une langue, peut-être une religion. On ne peut pas reprocher ce réflexe aux nouveaux arrivants. Nous avons le même à l'étranger. Ces communautés culturelles deviennent des points de repère essentiels. Le nouvel arrivant y retrouve un lieu de contact avec sa culture d'origine et un soutien matériel.

En ce sens, ces communautés qui disposent parfois d'institutions peuvent, en effet, devenir des alliées. Leurs leaders peuvent être des guides ou des interprètes. Mais ils ne peuvent pas accomplir seuls ce boulot extrêmement difficile, délicat et politiquement chargé. En outre, un Québécois d'origine italienne de troisième génération peut sûrement aider un immigrant fraîchement débarqué d'Italie à comprendre le Québec. Mais qu'en est-il pour un immigrant d'origine pakistanaise arrivé ici depuis quelques années seulement et dont l'intégration est à peine entamée?

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Le troisième problème est lié à la conception de la relation entre «eux et nous» implicite dans cette proposition qui accentue différenciation entre les communautés.

Dans les sociétés pluralistes, le républicanisme pur fondé sur la seule égalité juridique entre citoyens ne fonctionne plus. La France des banlieues en est la preuve. L'échec du melting pot états-unien en est une autre illustration. Le communautarisme n'est pas un meilleur gage de succès. C'est à Toronto, ville reine du multiculturalisme, que les incidents racistes sont les plus nombreux au Canada.

Le Québec s'est laissé traverser par tous les courants, jusqu'à ce qu'il adopte, depuis une quinzaine d'années, une politique interculturelle non partisane qui cherche à faire la synthèse entre la reconnaissance de la différence et la nécessaire cohésion sociale. Cette politique n'est pas parfaite. Nous avions cru, par exemple, éviter la constitution de ghettos. Il faut visiter la petite Inde en formation dans le quartier Parc Extension à Montréal pour se détromper. Les accrochages aperçus récemment entre membres de la communauté juive et ressortissants du monde arabe montrent la difficulté des politiques de reconnaissance.

Mais cette politique, dont la vice-première ministre actuelle, Mme Monique Gagnon-Tremblay, fut l'une des fondatrices avec son énoncé de politique et le contrat moral qu'elle proposait en 1990, ne mérite pas d'être reniée comme les libéraux s'apprêtent à le faire, en apparence pour satisfaire une clientèle électorale. Il s'agit de matière fragile, délicate, explosive. À manipuler avec soin. Tout changement doit faire l'objet d'une consultation. M. Charest l'a dit: il est contre le dirigisme d'État. Qu'il le prouve.

vennem@fides.qc.ca

Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.


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L'accueil des nouveaux arrivants. - par Marie-France Legault (mfy.legault@videotron.ca)
Le mardi 08 juillet 2003 11:00

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