L'industrie des technologies de l'information - Un secteur en plein bouleversement

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Claude Lafleur
Édition du lundi 02 juin 2003

Mots clés : technologie

Un technicien vérifie le fonctionnement de serveurs Internet. Au cours des dernières années, l'industrie des TI s'est complètement métamorphosée. Selon plusieurs, cette transformation n'en est qu'à ses débuts.

Photo: Agence Reuters

Les technologies de l'information (TI) concernent tout le secteur de la communication et de la gestion de l'information à l'aide d'équipements, de logiciels et de technologies. Ce secteur est extrêmement vaste puisqu'il englobe à la fois les sociétés qui fabriquent du matériel informatique et de communication, les entreprises de télécommunication, les concepteurs de logiciels et une kyrielle de firmes de services informatiques en tout genre. En termes d'emplois, ce secteur occuperait le premier rang de la haute technologie au Québec; en 1999, les TI comptaient plus de 5000 entreprises et 100 000 emplois.

Toutefois, le secteur a subi une raclée au cours des années 2000-2002, alors qu'au moins 11 % de sa main-d'oeuvre a été mise a pied et que des centaines d'entreprises ont fermé leurs portes ou ont été absorbées par d'autres. Heureusement, la situation s'est stabilisée cette année alors qu'on prévoit une croissance à partir de 2005.

L'exemple du Groupe CGI illustre les bouleversements phénoménaux qui caractérisent ce secteur d'activités. Fondée modestement à Québec en 1976 par Serge Godin et André Imbeau (chiffre d'affaires d'alors: 130 000 $), CGI est aujourd'hui la quatrième entreprise de services en technologies de l'information en Amérique du Nord. Au cours des 17 dernières années, elle a acquis directement plus de 50 entreprises et, puisque certaines de ces dernières avaient déjà procédé à de nombreuses acquisitions, CGI a en fait absorbé plus de 150 entreprises. Résultat: elle compte maintenant plus de 21 000 employés répartis sur trois continents et son chiffre d'affaires oscille autour de trois milliards de dollars annuellement.

L'éclatement d'une bulle spéculative plutôt que technologique

Serge Godin, président du conseil et chef de la direction du Groupe CGI, rappelle qu'il y a trois ans, nous avons assisté à un éclatement dans les technologies de l'information. «À l'occasion de cet événement, dit-il, plusieurs observateurs ont eu l'impression que, soudain, la technologie arrêtait sa progression. Or, ce n'est absolument pas le cas. Ce qui a éclaté, c'est une bulle financière alimentée par une spéculation excessive.» Il observe que, bien au contraire, la technologie a continué d'évoluer au même rythme qu'auparavant.

La grande révolution qui remodèle actuellement le monde des technologies de l'information, du point de vue de CGI, c'est l'impartition. De plus en plus d'organismes qui oeuvrent dans mains secteurs d'activités -- aussi bien des banques, des hôpitaux que des firmes en tout genre -- confient à présent leurs services informatiques à des spécialistes comme le Groupe CGI.

Ainsi, ce géant québécois assure désormais les services informatiques du Mouvement des caisses Desjardins en ayant embauché, pour ce faire, les 350 employés du secteur informatique des caisses pop. «Au lieu de ne travailler qu'aux activités de Desjardins, ces employés ont maintenant accès à bien d'autres activités, relate-t-on chez CGI, ce qui leur donne de plus vastes possibilités de carrière.» L'impartition, qui représente plus de 75 % du chiffre d'affaires de CGI, permettrait de faire épargner à ses clients jusqu'à 25 % de leur budget alloué aux services informatiques. «C'est vraiment une situation "gagnant-gagnant" pour tout le monde!», dit-on.

Au cours des dernières années, l'industrie des TI s'est complètement métamorphosée, observe Serge Godin, qui s'empresse d'ajouter que cette transformation n'en est qu'à ses débuts. «La restructuration va en fait s'accentuer au cours des années à venir, dit-il, car je crois que le phénomène de consolidation s'amplifiera considérablement.» Dans dix ans, il estime même qu'il n'y aura plus qu'une poignée de grands joueurs mondiaux.

Cette consolidation est, à ses yeux, la première des trois grandes tendances lourdes qui marquent le secteur. Les deux autres sont la mobilité du travail et l'évolution technologique elle même.

Établir ici des centres d'excellence afin de créer des emplois

Constatant qu'aujourd'hui, on peut rendre n'importe quel service informatique à partir de n'importe où dans le monde, M. Godin relate que, déjà, de 40 % à 60 % de tout projet informatique peut être complété à partir de n'importe où «à condition d'avoir les professionnels détenant la formation adéquate».

Il souligne que cette mobilité du travail représente à la fois des risques et des opportunités d'affaires. Au chapitre des risques, elle peut avoir des conséquences sur le niveau d'emploi, plus particulièrement pour les jeunes. Par contre, la mobilité du travail offre l'avantage de créer une multitude de centres mondiaux d'excellence ici même au Québec afin de servir le plus grand marché de services en technologies de l'information au monde: les États-Unis.

De grands changements

Quant à l'évolution technologique elle-même, M. Godin voit poindre à l'horizon de grands changements. Il évoque par exemple le fait qu'à l'heure actuelle, dans les entreprises de transmission et de transport de télécommunications, la voix représente 60 % des transmissions, alors que les données constituent 40 % du trafic. Or, l'augmentation rapide de la capacité de traitement des informations, la chute des coûts de la mémoire d'archivage et la multiplication des réseaux à large bande font en sorte que, d'après lui, dans environ cinq ans, ce sera l'inverse. Près de 70 % des transmissions se feront alors sous forme de données.

«Avec l'évolution des technologies d'aujourd'hui, plus on se concentrera à bâtir des centres d'excellence mondiaux [ici au Québec], plus le rattrapage des emplois a des chances de se faire rapidement. Mais il faudrait créer ces centres d'excellence», insiste-t-il.

Il estime ainsi qu'en faisant les efforts nécessaires, le nombre d'emplois devrait augmenter sous peu. «Mais en combien d'années va-t-on reprendre les emplois perdus? Je dirais que c'est plus sur une période de cinq à sept ans.»

Il rapporte enfin que le Groupe CGI n'a actuellement aucun problème pour trouver ici toute la main-d'oeuvre dont il a besoin. Son entreprise continue donc normalement sa croissance, au rythme d'environ 40 % cette année, indique-t-il. «Dans notre perspective, notre entreprise va très bien!», lance-t-il sans hésiter.


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