En descendant la rivière

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Normand Thériault
Édition du samedi 31 mai et du dimanche 01 juin 2003

Mots clés : environnement, recyclage

L'image est idyllique. Les arbres, les branches lourdes de feuilles, font miroiter sur la surface de l'eau des teintes vertes entrecoupées çà et là par ces zones blanches et bleues reflétant le ciel qui recouvre la scène. Le courant est doux, la musique légère, faite d'un faible clapotis. Ajoutez à cela le bruissement des feuilles et le chant des oiseaux, et la scène sera complète: telle serait la nature, comme on l'idéalise à la veille des périodes de vacances, ou comme on la racontait quand on s'appelait Thoreau, Rousseau ou un autre de ces auteurs qui ont fait de l'espace naturel un lieu rêvé.

Et on la veut toujours telle. Il existe ainsi un regroupement qui mène campagne pour protéger les cours d'eau québécois contre des initiatives visant à l'harnachement de leurs eaux. Que ce soit pour la rivière Petite-Nation, en Outaouais, ou la Portneuf, près de Québec, des pétitions sont émises pour garantir que 24 rivières québécoises soient conservées en leur état naturel, sans l'érection de ces barrages qui de toute façon n'ajouteraient dans tous les cas que quelques mégawatts à l'énorme potentiel hydroélectrique déjà en place. Le mouvement «Adoptez une rivière» mène donc sa lutte pour une conservation de la nature telle qu'en l'état.

Et avec succès, quand on constate que la conscience publique suppose maintenant une attitude «proactive» lorsqu'il est question de conservation et de sauvegarde de l'environnement qui nous entoure.

Transformation du paysage

Quand, à l'époque, le commandant Cousteau produisait des films dont les images décrivaient les milieux des océans comme d'immenses dépotoirs à ciel découvert, tout cela semblait, d'ici, en ce Québec, terre de nature, bien loin. Puis, on en vint à constater qu'il ne fallait plus boire cette eau claire des rivières et des lacs québécois, pas avant, à tout le moins, de s'être informé au préalable de son état, non plus qu'il ne fallait voir les forêts comme des ressources matériellement et visuellement éternelles. Pire encore, la nature était incapable d'avaler toutes ces matières résiduelles qu'on y déposait sous toutes les formes: pour imaginer le mandat que pendant longtemps on lui a confié, il suffit de savoir que, sur le seul territoire québécois, à la minute de chaque heure, de chaque jour, ce sont, mesurées au poids, 20 tonnes de «déchets» qui s'accumulent dans le paysage.

Il y eut au départ des actions menées par quelques individus. Mais, là comme ailleurs, il a fallu légiférer pour que les habitudes se transforment. Les bordures des routes québécoises ont cessé d'être des poubelles le jour où des «amendes» pouvaient être imposées. Les bouteilles ont été retournées au dépanneur après qu'une politique de consigne a été mise en place. Le recyclage deviendra d'ailleurs une formalité quand, non seulement les services de cueillette seront universels, mais aussi quand les journaux rendront compte de pénalités réclamées et payées. Ainsi est faite l'autre éternelle nature, l'humaine, qui, du temps de l'adolescence, garde plus en mémoire la loi du moindre effort que les idéaux qu'alors elle poursuivait.

Il n'y aurait cependant pas matière à désespérer. Des concepts comme le développement durable, le respect de l'environnement, le souci de l'écologie sont majoritairement bien reçus. Les sommets de Rio, de Johannesburg ont débordés sur la place publique, et l'entérinement du protocole de Kyoto est devenu une action nécessaire (au point que des partis politiques québécois ont osé s'y référer durant la dernière campagne électorale).

De plus, une fois l'an, une soirée, celle des Phénix, reconnaît les efforts menés dans ce secteur. Et, cette année, l'événement avait matière encore plus à fêter. Le Québec ne s'est-il point récemment donné une Politique nationale de l'eau qui vise non seulement à contrer le gaspillage, mais aussi à garantir la pérennité de la ressource? L'eau, la terre et le ciel seraient-ils donc pour toujours des éléments immuables dans le paysage?


Vos réactions


Aucun commentaire ... soyez le premier !

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


[an error occurred while processing this directive]

Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com