Une entrevue avec Thomas J. Mulcair - Environnement de qualité et restrictions budgétaires sont compatibles

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Réginald Harvey
Édition du samedi 31 mai et du dimanche 01 juin 2003

Mots clés : environnement

«Le travail qui a donné naissance à la politique nationale de l'eau relève d'une vision très bien structurée.»

Le nouveau ministre de l'Environnement arrive au moment où des dossiers «chauds» imposent des décisions rapides: le site d'enfouissement de Lachenaie est de ceux-là. Il va devoir agir, corriger les «oublis» du gouvernement précédent et donner suite à des politiques qu'il considère avoir été bien conduites. La Politique de l'eau est à cet égard une réussite.

En un mois, le nouveau ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair, a fait le tour du jardin avec application. De telle sorte qu'il cible trois dossiers prioritaires sur lesquels le ministère sera appelé à consacrer des ressources et beaucoup d'énergie: les sites d'enfouissement, les pesticides et la politique de l'eau. Au sujet du vaste chantier de l'or bleu en devenir, il laisse savoir sans détour qu'il reconnaît la valeur de l'héritage de l'ancien gouvernement, dont il ne saurait contester le bien-fondé.

Il ne s'embarrasse guère des obstacles que pourraient poser les restrictions budgétaires annoncées et anticipées de son gouvernement et préfère parler d'une façon différente d'envisager les choses: «Ça fait très longtemps que je suis dans l'administration publique, même si je suis ministre depuis peu de temps; je crois qu'il est tout à fait possible de réduire les dépenses, notamment en structures et en bureaucratie, tout en maintenant le même niveau de services directs à la population, voire même en les améliorant. Il y a moyen de relever le défi de gérer de bien meilleure façon les ressources disponibles.»

Sites d'enfouissement et planification

Cela étant posé, il déplore le manque de planification à moyen et long termes qui a caractérisé précédemment l'évolution de certains dossiers: «Je pense par exemple aux sites d'enfouissement, plus précisément à celui de Lachenaie, dont le gouvernement a prolongé récemment d'un an le contrat d'exploitation de l'entrepreneur. Ce n'est pas seulement à court terme que les choses peuvent changer radicalement et qu'on va réduire massivement la quantité de déchets domestiques, pour ne mentionner que ceux-ci; il est impossible de réussir, comme par enchantement, à mettre en place une solution alternative en une aussi courte période de temps.»

Il élabore sur le sujet: «Je suis toujours étonné de me rendre compte qu'il existe à travers le Québec une demi-douzaine de sites dont la durée d'utilisation arrive à échéance sans qu'on se soit livré à une planification à long terme sur le suivi à apporter. J'ai l'intention de travailler fort pour corriger cette situation et c'est très important pour moi.»

L'eau et les pesticides

M. Mulcair endosse résolument deux politiques mises de l'avant par le gouvernement Landry, celles sur l'eau et sur les pesticides; il entend veiller à leur application: «Le travail qui a donné naissance à la Politique nationale de l'eau relève d'une vision très bien structurée, qui donne des résultats convaincants. C'est une richesse essentielle qu'on se doit à long terme de protéger.» Il relève un fait étonnant: «Dans le budget proposé par Mme Marois, il y avait zéro dollar et zéro cent pour cette politique de l'eau. J'ai donc l'intention de m'assurer que, dans la foulée de l'application de cette loi, les fonds nécessaires seront investis pour y donner suite.»

Reste à savoir si des gestes concrets seront posés dans un avenir prochain: «Je le dis clairement, c'est un travail correct qui a été effectué; c'était scientifiquement et socialement valable dans le sens où tous les intervenants ont pu avoir leur mot à dire à ce sujet. Mais, pour moi, à titre de gestionnaire de la chose publique, il y a souvent loin de la coupe aux lèvres. On va donc s'assurer que cette opération purement administrative soit menée correctement pour mettre en application la Politique de l'eau. Je n'ai pas l'intention de retarder les choses, mais je dois évidemment m'assurer d'avoir les fonds requis.» Dans cette optique, le travail sera axé dans un premier temps sur la réalisation d'une structure relative aux bassins versants.

Il souligne de même le caractère de modernité de la Politique sur les pesticides: «Il faut la maintenir. C'est très ambitieux et c'est l'une des plus avant-gardistes en Amérique du Nord. Lorsque l'on regarde les effets que ces produits ont à la longue sur les écosystèmes et sur l'environnement, il s'agit vraiment là du genre de précaution à prendre pour protéger les générations futures; on ne peut pas travailler sur une base de mois en mois ou d'année en année.»

Énergie et environnement

Canoteur et amateur de kayak depuis son enfance, le ministre est sensible à la préservation des milieux naturels et des rivières sur lesquelles des barrages pourraient être érigés. Il constate aussi que le Québec occupe une position très avantageuse par rapport aux autres provinces et à plusieurs États sur l'application du protocole de Kyoto, grâce à l'hydroélectricité: «Ce serait une erreur pour nous de ne pas nous rendre compte que la croissance de l'énergie hydroélectrique peut représenter un effort important pour le développement durable, non seulement ici au Québec, mais aussi ailleurs dans les États voisins où nous exportons cette énergie; on pourrait contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans ces États qui brûlent du charbon pour produire leur électricité.»

Il entend lutter énergiquement pour assurer la préservation des rivières patrimoniales tout en demeurant conscient que l'essor économique du Québec a été largement rendu possible grâce à sa richesse hydroélectrique: «Le développement durable est possible en même que celui de l'hydroélectricité; l'un n'empêche pas l'autre.»

Partenariat et coercition

Comment concilier dans certains cas les intérêts économiques des milieux agricole et industriel avec les impératifs environnementaux du ministère? Thomas Mulcair entend privilégier en cette matière une approche de partenariat avec les différents ministères impliqués: «Après avoir été durant huit ans et demi dans l'opposition, mon premier réflexe sera de consulter mes collègues. De cette façon, il est possible de tenir compte de leurs préoccupations. J'ai bien l'intention de travailler de cette façon.» Dans les situations de manquement aux lois et règlements, il entend par contre se montrer très ferme: «Lorsque les scientifiques sont intervenus, lorsque le travail a été exécuté et qu'une loi a été édictée, dans ces cas, si vous regardez ma feuille de route, je suis intraitable. La loi doit s'appliquer également à tout le monde, c'est un principe de base dans notre système démocratique. J'ajouterais que -- ce qui est aussi un principe important pour M. Charest -- le gouvernement doit respecter ses lois environnementales et donner l'exemple à tout le monde; ça n'a pas toujours été le cas.»

On revient donc à la question du projet d'agrandissement du lieu d'enfouissement sanitaire à Lachenaie. Le ministre Mulcair a reçu les recommandations du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) le 20 mai dernier. Il entend procéder de la façon suivante à court terme dans ce dossier controversé: «Au cours des prochaines semaines, le Parlement sera convoqué et, pendant la session, j'ai l'intention de rendre public ce rapport.» Sans en dévoiler le contenu, il commente brièvement le travail du BAPE: «C'est un document très équilibré. Ça va nous donner le temps de se tourner de bord. Voilà ce qu'il faut faire, parce qu'il importe de chercher une solution à longue échéance. C'est fini le temps où on passait un décret en plein milieu d'une campagne électorale pour renouveler le contrat pour un an; on sait pertinemment bien que ça ne pouvait pas constituer le moindrement une solution.»


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