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Lyne Bessette vise «le tout pour le tout» à la Coupe du monde de Montréal

Photo: Jacques Nadeau
La dernière étape du Tour de l'Aude, où Bessette partait avec quelques secondes de retard au cumulatif, aura vu sa coéquipière Ina Teutenberg remporter l'étape. Cette dernière était dans l'échappée payante, que Bessette n'a pu rallier: «La gagnante avait repris le maillot la veille. Elle était pompée, son équipe aussi.» Loin derrière au classement général, Teutenberg n'était pas surveillée par les autres filles. «Tout ce qui importait pour l'équipe allemande de la meneuse, c'était qu'aucune fille dangereuse ne se pointe dans l'échappée.» Si Bessette avait réussi à se dégager minimalement, Teutenberg serait venue la chercher pour la ramener en tête. «Ça n'a pas marché.»
Selon la principale intéressée, cette compétition, même si elle ne l'a pas remportée comme en 1999 et en 2001, lui a permis de se mettre dans le bain. Cette année, Bessette est retournée aux méthodes et à la préparation qui lui ont assuré ses premiers succès en 1999. «Ça fait cinq ans que je course au niveau international. J'ai besoin de faire de la compétition pour avoir de bonnes jambes pour Montréal.» L'étape locale est devenue une des cibles de prédilection dans le calendrier des équipes. L'an dernier, lors de la sabbatique qu'a prise Bessette avec l'équipe Saturn, la cycliste chevronnée a poursuivi des objectifs personnels. Elle a sauté le Tour de l'Aude pour s'entraîner ici, à Knowlton où elle habite. La performance a été moins vigoureuse.
Montréal demeure un des objectifs personnels de Bessette, à l'intérieur d'un programme régimenté par son employeur: «J'ai un job à faire. Ce n'est pas comme un athlète amateur. J'ai des ordres à suivre. Les dernières années, le cumulatif de la Coupe du monde importait pour l'équipe. Ç'a influencé mes résultats. On focalisait sur les résultats d'équipe.» Cette année, la stratégie a changé. Saturn tente de se faire voir de plus en plus aux États-Unis. «En Europe, il n'y a pas de Saturn. L'intérêt n'est pas là.» D'où, certainement, le fait que cinq filles de l'équipe seulement ont pris le départ, contre six pour les autres clubs. Des changements de personnels importants ont marqué l'équipe. Deux des cyclistes sont très jeunes; des Américaines, on comprendra pourquoi, ont été recrutées au détriment d'Européennes.
Les courses d'une journée sont dans la mire de l'équipe cette année, ce qui augmente les attentes pour celle de demain. Saturn sera des dernières étapes de la Coupe du monde, en France, en Allemagne et aux Pays-Bas. «Elles serviront de préparation pour les championnats du monde à l'automne.» C'est Hamilton qui reçoit cette année les cracks du vélo.
Les championnats du monde qui se tiennent au pays ont changé quelque peu la préparation de Bessette. Plutôt que d'aller s'entraîner dans le Sud dès décembre, elle est «restée ici, dans la neige, à faire de la raquette, restée avec [son] coach à faire des entraînements spécifiques, qui [lui] avaient manqué en 2002». Revenue à la base, Bessette a connu un très bon début de saison.
En 2001, à la fin de la saison, Bessette était classée 8e au monde. Elle est 15e cette année. Le Tour de l'Aude lui a permis de grimper 16 échelons, ce qui la classe meilleure cycliste au pays et lui vaut une meilleure attention de la part des médias. L'édition de cette année sera la plus relevée de l'histoire de la compétition, avec le retour notamment de la championne de l'an dernier, Deirdre Demet-Barry. Nicole Cooke, meneuse au classement général, en sera aussi. Plus de 100 cyclistes seront du départ; 22 équipes sont inscrites.
Le peloton n'a jamais été aussi nombreux, ni aussi relevé: 88 filles sur 113 ont complété le Tour de l'Aude. Ici, Jutras, Jeanson et Bessette éclipsent un tantinet les résultats des hommes, les Dominic Perras et Charles Dionne. On commence aussi à parler de Jean-François Laroche, qui a terminé 11e au Championnat du monde des espoirs. «Les gars vont bien, mais on en parle moins. Il n'y a pas l'étape de la Coupe du monde pour attirer l'attention des médias.»
Somme toute, «on parle du cyclisme de plus en plus, ce qui est une bonne chose». On est encore loin de l'époque de Torchy Peden, un des meilleurs de l'histoire du cyclisme au pays, que Théophile Plouffe citait en exemple dans La Famille Plouffe, alors que ses garçons rêvaient de hockey et de baseball (avec son frère, Doug, Peden avait remporté les six jours de Toronto en 1937). La culture cycliste gagne toutefois en notoriété, malgré les secousses qu'a connues le cyclisme masculin ces dernières années. «Des jeunes filles semblent nous suivre. Elles se disent qu'elles peuvent s'y essayer. Les gens sont de plus en plus impliqués dans le cyclisme. Pour se mettre en forme, on pense cyclisme maintenant.»
Pour la course d'un jour de samedi, Bessette joue «le tout pour le tout». Au niveau où elle est rendue, Bessette dit ne pas pouvoir se contenter du «top 10». «On m'a posé la question: et si je perdais? J'ai répondu: je ne peux pas perdre, je n'ai jamais gagné ici. Je n'ai rien à défendre.» Pour l'instant.
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