Festival de Cannes - Fin de paradoxe

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Odile Tremblay
Édition du lundi 26 mai 2003

Mots clés : cannes

Le réalisateur américain Gus Van Sant avec sa Palme d'or pour son film Elephant.

Photo: Agence Reuters

Cannes -- Dernier sprint de fin de semaine pour un festival dont la température idéale aura ensoleillé un cru bien morne, sous la surveillance accrue de délégations de CRS. En l'absence de nos films québécois à suivre et des prix récoltés par Les Invasions barbares, on se serait presque ennuyé. Mais basta!

Un gag circulait cette semaine: «Soit! la sélection officielle est faible, mais attendez le film de clôture, à ce qu'il paraît brillant et rigolo...» De fait, rien de tel pour se réconcilier avec le septième art, que de s'offrir en pousse-café la copie restaurée et numérisée par la Cinémathèque de Bologne des Temps modernes du Charlie Chaplin. La vraie leçon de cinéma datait ici de... 1936. Pour la renaissance du chef-d'oeuvre en question, le clan familial, qu'on savait plus ou moins brouillé, Dolorès, Annie, George, Carmen, Géraldine et Michael Chaplin, s'est retrouvé tout sourire, sur la Croisette. Au sommet du Palais, un fantôme à chapeau melon, plus hilare qu'eux tous, faisait rouler sa canne et chantait.

En amont, l'hommage à Jeanne Moreau devant un parterre de vedettes endimanchées, paraissait un brin guindé. Va pour le petit montage, signé Gilles Jacob, des moments clés de la carrière Moreau. Mais faute d'avoir préparé un discours, la tourbillonnée de Jules et Jim remerciait la galerie de l'avoir accueillie dans la famille et proférait, autant l'avouer, n'importe quoi. Quand le festival tire à sa fin, tout le monde a la tête qui tourne et peut-être même la mémoire qui flanche, un coup parti.

Restait à voir aussi The Tulse Luper Suitcase, The Moab Story du Britannique Peter Greenaway. Ce projet ambitieux se propose de concilier cinéma, télévision, DVD, Internet, livres et constituera une trilogie. The Moab Story en constitue le premier volet.

Le cinéaste de The Pillow Book et du Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant, maître de l'image soignée, n'en est pas à une expérimentation près. Cette fois, il s'en donne à coeur joie. Le héros connaîtra à peu près toutes les prisons de la planète, ici poursuivi en Amérique par des Mormons sadiques et fous furieux. La jeune première mormone est d'ailleurs interprétée par la Québécoise Caroline Dhavernas, qui s'en tire bien. Mais on est loin du film d'acteurs. Celui-ci aligne tant d'effets et d'incrustations numériques, de fenêtres qui s'ouvrent sur d'autres fenêtres jusqu'au vertige, qu'il donne l'impression que Greenaway s'est davantage occupé de résoudre des énigmes géométriques que de faire du cinéma. Nos propres temps modernes ne savent plus se concentrer.

Dans le registre plus intimiste, la Japonaise Naomi Kawase livrait Shara, film sur l'adolescence traumatisée. Un jeune homme ne se remet pas de la disparition tragique de son jumeau, une ado vient d'apprendre qu'elle a été adoptée. Sur fond d'émois, de pertes de repères, avec un doigté de finesse, mais un rythme trop lent que viennent illuminer des scènes d'anthologie: une danse, une naissance, le film fut un tendre vent nippon, que cette fin de festival a trop vite balayé.

***

Ce festival nous aura apporté aussi des nouvelles du nôtre. Dans la foulée du changement de dates du FFM qui avait soulevé l'ire des rendez-vous cinématographiques de Toronto et de Venise, Serge Losique a finalement perdu son grade A pour le Festival des films du monde. Désormais, il n'est plus membre de la FIAPH (Fédération internationale des producteurs de films). Le président du FFM a beau clamer, sans être cru, avoir voulu sortir d'une fédération dont l'adhésion lui coûtait trop cher, le coup est rude, tant il avait brandi haut sa lettre A en titre de gloire. Déjà que la manifestation montréalaise bat de l'aile, présumons que l'industrie le fuira au bout d'un semaine pour courir dans la Ville-Reine, à l'heure où les dates des rendez-vous se chevauchent. Le marché du film du FFM, ou ce qu'il en reste, pourrait être emporté dans cette tourmente, sans compter le reste. Il faut venir ici pour comprendre qu'à Montréal, décidément, rien ne va plus.


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