Festival de Cannes - Fin de paradoxe
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Photo: Agence Reuters
En amont, l'hommage à Jeanne Moreau devant un parterre de vedettes endimanchées, paraissait un brin guindé. Va pour le petit montage, signé Gilles Jacob, des moments clés de la carrière Moreau. Mais faute d'avoir préparé un discours, la tourbillonnée de Jules et Jim remerciait la galerie de l'avoir accueillie dans la famille et proférait, autant l'avouer, n'importe quoi. Quand le festival tire à sa fin, tout le monde a la tête qui tourne et peut-être même la mémoire qui flanche, un coup parti.
Restait à voir aussi The Tulse Luper Suitcase, The Moab Story du Britannique Peter Greenaway. Ce projet ambitieux se propose de concilier cinéma, télévision, DVD, Internet, livres et constituera une trilogie. The Moab Story en constitue le premier volet.
Le cinéaste de The Pillow Book et du Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant, maître de l'image soignée, n'en est pas à une expérimentation près. Cette fois, il s'en donne à coeur joie. Le héros connaîtra à peu près toutes les prisons de la planète, ici poursuivi en Amérique par des Mormons sadiques et fous furieux. La jeune première mormone est d'ailleurs interprétée par la Québécoise Caroline Dhavernas, qui s'en tire bien. Mais on est loin du film d'acteurs. Celui-ci aligne tant d'effets et d'incrustations numériques, de fenêtres qui s'ouvrent sur d'autres fenêtres jusqu'au vertige, qu'il donne l'impression que Greenaway s'est davantage occupé de résoudre des énigmes géométriques que de faire du cinéma. Nos propres temps modernes ne savent plus se concentrer.
Dans le registre plus intimiste, la Japonaise Naomi Kawase livrait Shara, film sur l'adolescence traumatisée. Un jeune homme ne se remet pas de la disparition tragique de son jumeau, une ado vient d'apprendre qu'elle a été adoptée. Sur fond d'émois, de pertes de repères, avec un doigté de finesse, mais un rythme trop lent que viennent illuminer des scènes d'anthologie: une danse, une naissance, le film fut un tendre vent nippon, que cette fin de festival a trop vite balayé.
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Ce festival nous aura apporté aussi des nouvelles du nôtre. Dans la foulée du changement de dates du FFM qui avait soulevé l'ire des rendez-vous cinématographiques de Toronto et de Venise, Serge Losique a finalement perdu son grade A pour le Festival des films du monde. Désormais, il n'est plus membre de la FIAPH (Fédération internationale des producteurs de films). Le président du FFM a beau clamer, sans être cru, avoir voulu sortir d'une fédération dont l'adhésion lui coûtait trop cher, le coup est rude, tant il avait brandi haut sa lettre A en titre de gloire. Déjà que la manifestation montréalaise bat de l'aile, présumons que l'industrie le fuira au bout d'un semaine pour courir dans la Ville-Reine, à l'heure où les dates des rendez-vous se chevauchent. Le marché du film du FFM, ou ce qu'il en reste, pourrait être emporté dans cette tourmente, sans compter le reste. Il faut venir ici pour comprendre qu'à Montréal, décidément, rien ne va plus.
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