Vache folle: l'UPA crie à l'injustice
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Le cas albertain a-t-il indûment entraîné le Québec dans la tourmente ?
Problème local, conséquences nationales. La découverte d'un nouveau cas de «vache folle» mardi dans le fin fond du nord de l'Alberta -- le premier en dix ans au Canada -- a paralysé dans un temps record toute l'industrie bovine à travers le pays. Et le Québec n'est pas épargné. «Une situation catastrophique», a commenté hier Laurent Pellerin, président de l'Union des producteurs agricoles (UPA), que la régionalisation des pratiques agricoles et sanitaires aurait selon lui permis d'éviter.C'est que l'embargo sur l'importation de ruminants et de produits de ruminants, imposé mardi par les États-Unis -- le premier marché d'exportation des bovins canadiens -- mais aussi par l'Australie, la Corée du Sud et le Japon hier, fait mal. «Le marché est paralysé, a poursuivi M. Pellerin. Et comme l'industrie du boeuf a une marge de manoeuvre très mince pour s'adapter, si la situation devait durer longtemps, ce serait une catastrophe.»
Comme le révélait Le Devoir dans son édition d'hier, depuis mardi, les encans d'animaux ont fermé leurs portes à travers la province, empêchant tout abattage et toute transaction dans le milieu des bovins.
Avec, pour conséquence, la chute en quelques heures à peine du prix de la viande bovine sur le marché, qui est passé de 55 ¢ la livre mardi matin à... 10 ¢ dans les heures qui ont suivi l'annonce de la découverte d'un nouveau cas d'ESB au pays.
«En ce moment, la valeur de plusieurs animaux est en train de descendre à zéro», a précisé Michel Dessureault, président de la Fédération des producteurs de bovins du Québec (FPBQ). La raison? Depuis le début de la crise, les bêtes qui échappent à l'abattoir perdent de la valeur proportionnellement à leur augmentation de poids, a-t-il expliqué.
La paralysie coûte à l'industrie près de deux millions par jour, estime la FPBQ. Six bovins -- principalement des vaches de réforme au Québec -- passant à l'abattoir poursuivent leur destinée sous forme de steaks ou de boeuf haché sur les marchés de consommation américains. L'embargo imposé par Washington touche également d'autres ruminants, par exemple les moutons, les chèvres, les veaux, les bisons et les cerfs.
Et c'est une injustice, ont voulu faire comprendre hier les représentants des éleveurs et du milieu agricole, aidés par des scientifiques de l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) et du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ). «Le terreau propice à l'émergence de l'ESB au Canada est inexistant», a déclaré le président de la FPBQ, vantant l'interdiction d'introduire des farines carnées à base de ruminants dans l'alimentation des ruminants (une pratique à l'origine du phénomène des «vaches folles» en Europe) depuis 1997, l'engagement pris en 1999 par les éleveurs de bovins québécois d'éliminer toute farine carnée du régime de leurs bêtes et la rigueur des mesures de contrôle prises depuis des années pour assurer la salubrité des aliments.
Mieux, selon Alain Laperle, pathologiste au MAPAQ, chaque année, «près de 220 tests sont effectués sur des carcasses de bovins par le provincial pour traquer l'ESB». Les autorités sanitaires canadiennes en font un nombre similaire sur les quelque 250 000 bovins conduits à l'abattoir chaque année au Québec.
«C'est la démonstration évidente pour le consommateur que la viande à laquelle il a accès est de très bonne qualité», a poursuivi M. Laperle. Les consommateurs albertains le croyaient eux aussi. Du moins jusqu'à mardi. En effet, malgré la même interdiction des farines de ruminants dans l'alimentation de leur hamburger en devenir, ils doivent désormais composer avec l'hypothèse d'une faille dans le système de contrôle qui aurait peut-être permis à quelques éleveurs d'enfreindre cette règle... à 3500 kilomètres du Québec ou ailleurs en Amérique du Nord.
Une telle transgression est-elle envisageable au Québec, «paradis de la vache de réforme», c'est-à-dire des vaches laitières transformées principalement en boeuf haché bon marché après plusieurs années de traite et de facto, vu leur âge, principalement touchées par l'ESB, une maladie dégénérative? Pas vraiment, selon le MAPAQ. «Les mesures actuelles sont adéquates. Si des cas similaires avaient été découverts, on l'aurait su», a commenté hier Nicolas Rochette, du cabinet de la ministre Françoise Gauthier.
Pendant ce temps, Ottawa cherche toujours à déterminer l'origine de la maladie qui a frappé la vache albertaine de huit ans en janvier dernier et dont la confirmation de l'infection à l'ESB a été annoncée seulement mardi. «Les enquêtes épidémiologiques se poursuivent sur la ferme», a expliqué hier Christiane Allard, de l'ACIA, en marge de la conférence de presse organisée par l'UPA. «Nous allons aussi enquêter sur la question des farines animales. Cela peut être long car il faut retracer les propriétaires de l'animal, les vendeurs, les meuneries qui ont servi à l'approvisionnement en nourriture ainsi que les endroits où elle a vécu. Nous sommes conscients que cela crée de l'incertitude sur le marché. Mais nous sommes aussi incapables de préciser combien de temps cette enquête va durer.»
Pas plus de quelques jours, espère Gaétan Bélanger, directeur général de la FPBQ. «En début de semaine prochaine, l'embargo américain doit absolument être levé, souhaite-t-il. Car si la crise dure plus longtemps que ça, le milieu bovin du Québec risque d'avoir beaucoup de misère à s'en relever.»
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