Festival de Cannes - Vincent Gallo ou Narcisse
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Photo: Agence Reuters
Vincent Gallo est un acteur au regard magnifique, mis en scène par Kusturica, Abel Ferrara, etc. En 1998, son premier film, Buffalo '66, lui avait valu une flopée de fans qui l'avaient porté aux nues. Il s'était montré amer d'avoir été boudé par Cannes (en clôture, l'équipe du festival lui avait préféré l'infâme Godzilla). Mais Buffalo '66 possédait une force de frappe, un rythme, bref, du répondant.
The Brown Bunny, de son côté, s'avère un film sans histoire, ou presque, aux plans interminables, avec de rarissimes dialogues, souvent muet. Dans ce road-movie, le héros, pilote de course à moto (Vincent Gallo) conduit sa caravane, en sort parfois sa moto pour faire un tour, traverse l'Amérique, le désert de sel de l'Utah, embrasse quelques filles de hasard qui succombent à ses beaux yeux, les jette comme des mouchoirs utilisés et revient en Californie, hanté par les images de la femme de sa vie (Chloé Sevigny). La caméra s'arrête longuement sur le corps superbe du héros mettant son chandail, dormant en bobettes, dardant sa prunelle incendiaire sur les femmes pâmées, jouant du beau biceps. Gallo sous toutes ses coutures. L'autofascination de Narcisse tombant à l'eau à force de s'y mirer. N'en jetez plus!
Le membre
Mais voilà que The Brown Bunny, de miroir en miroir tendu au prince, avec des symboles cucul lâchés au-travers du chemin, culminera sur une scène érotique hard. Sa femme disparue (Sevigny) vient le hanter et lui fait une fellation dans une chambre d'hôtel. Loin de moi l'intention de verser dans la vulgarité, mais force est de constater que Vincent Gallo est monté comme un âne, à un point qui éberlue. Certaines voix sarcastiques dans l'assistance insinuaient que la seule raison de faire ce film avait certes été pour exhiber l'organe.
«Est-ce bien votre membre?» a d'ailleurs été en substance la première question posée en conférence de presse tant Gallo avait impressionné par autre chose que son film. La réponse était oui. Pas de doublures, ni pour lui ni pour Sevigny.
Devant les journalistes, il a balbutié n'être ni narcissique ni exhibitionniste, malgré ce que la presse disait dans son dos, mais avoir voulu raconter cette histoire le plus honnêtement possible. Et son équipe réduite lui permettait un regard d'intimité (il était seul avec Chloé pour la scène de l'hôtel). «C'est la scène la plus complexe que j'ai jouée dans ma vie», dira-t-il sans rire.
Quand il parle de lui, il s'enfonce un peu plus, déclare n'avoir jamais lu un roman de sa vie. Même qu'il a vécu six mois aux côté de William Burroughs sans lire une ligne de sa prose, sauf des cartes que l'auteur du Festin nu lui écrivait. Alors voilà!
Vincent Gallo, tout malheureux devant ces journalistes qui l'avaient hué la veille au soir et même à son arrivée, a eu un sursaut de fierté: «J'ai accepté l'impopularité depuis longtemps», a-t-il dit avant d'attendre les critiques.
Potins
- Belle et bonne actrice que Nicole Kidman, certes, mais que la star coûte cher! Non seulement madame était logée dans une suite grandiose de l'hôtel du Cap (3750 $US la nuit), elle s'est rendue ici en jet privé. Bilan: Zentropa, la société de Lars van Trier, n'avait plus d'argent pour organiser une soirée en l'honneur de Dogville. De son côté, le réalisateur (qui craint l'avion) était venu en caravane de camping. Sept jours de voyage. À chacun son style...
- Hélas, les Hot d'or, cérémonie des prix au cinéma porno, n'ont plus lieu à Cannes en marge du festival. Il y a deux ans, la ville a chassé les indésirables qui lui donnaient, déplorait-elle, mauvais genre. N'empêche, les starlettes et les vedettes du X faisaient partie de la couleur locale, et on les regrette. Une petite fête entre amis a réuni mardi ces dames au village international derrière le palais, ce qui nous a permis d'assister à quelques séances de photo près de la Croisette, mais en mode mineur. Les belles traditions se perdent...
- Le célèbre hôtel Martinez, qui loge certaines des plus grandes stars du Festival de Cannes, pourrait changer de nom. Le Tribunal de grande instance de Paris l'y exhorte. Mais son propriétaire, le groupe Taitinger, fait appel de la décision. Précisons que cette affaire s'enlise depuis... la Seconde Guerre mondiale. Emmanuel Martinez y avait logé l'occupant, Italiens et Allemands. Haï par les Français de la Libération, il vendit une partie de ses parts à un Lituanien lié aux nazis. L'État français confisqua le palace à la fin de la guerre et Emmanuel Martinez s'opposa à ce que l'acquéreur utilise encore son nom sur l'enseigne. Sa fille (81 ans) poursuit la lutte paternelle depuis des lunes, demande que ce palace de 415 chambres, jamais rendu à la famille, change de nom. Mais une enseigne, une raison sociale, des milliers d'objets, cendriers, tapis, etc., au signe de l'hôtel, ça ne se change pas comme ça. Et le nom Martinez, pour les vedettes, rime avec luxe et volupté. D'où l'appel des propriétaires.
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retour du visonnement des INVASIONS - par Régine Pierre
Le jeudi 22 mai 2003 21:00

