Eric Hayes, de la Commission européenne - Vieille et nouvelle Europe: une division sans fondement

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Éric Desrosiers
Édition du mercredi 21 mai 2003

Mots clés :

Le chef de la délégation de la Commission européenne au Canada, Eric Hayes.

Photo: Jacques Nadeau

On aurait tort d'accorder trop d'importance aux échos de disputes et de divisions qui nous arrivent d'Europe ces temps-ci. La crise irakienne, la rédaction d'une nouvelle constitution, l'intégration d'une dizaine de nouveaux membres ou l'atonie économique ne sont pas les premières embûches que rencontre l'Union européenne (UE) sur son chemin, rappelle le chef de la délégation de la Commission européenne au Canada, Eric Hayes.

«Cette idée de vieille Europe et de nouvelle Europe, c'est totalement à côté de la plaque, s'est exclamé la semaine dernière l'ambassadeur en entrevue au Devoir. Il n'y a pas de division fondamentale au sein de l'Union européenne qui prendrait l'allure de blocs permanents. Ça dépend de la question qui est sur la table. C'est ce qui permet à l'Union de fonctionner. Chacun met un peu de sa souveraineté sur la table. Même si l'on est perdant sur certaines questions, tout le monde sait que le résultat final est avantageux pour tout le monde.»

Les dissensions survenues au cours de la crise irakienne ont été «grandement exagérées», selon lui, l'ensemble des gouvernements européens partageant durant cette période essentiellement la même analyse de la situation, exception faite de leur opinion sur le recours à l'armée pour abattre le régime de Saddam Hussein. Pas étonnant que leurs positions convergent dans 95 % des cas aux Nations unies, dit-il.

Il est vrai que, dernièrement, seulement trois autres pays ont répondu à l'invitation de la Belgique de jeter les premières bases d'une armée européenne, admet-il. Il est également vrai que les débats sont pour le moins vifs, à moins d'un mois du dépôt d'un projet de nouvelle constitution européenne, entre ceux qui voudraient voir les institutions communautaires libérées de la règle de l'unanimité et représentées par un président plus fort, et ceux qui craignent la naissance d'un nouvel État fédéral.

Le fait que certains semblent vouloir marcher plus vite que d'autres vers l'intégration politique et économique ne compromet pas, en soi, la viabilité du projet européen, assure ce Britannique de plus de deux mètres arrivé en poste à Ottawa à l'automne. «L'Union européenne est pleine d'exemples où l'intégration dans un domaine en particulier a débuté avec une participation inférieure à la totalité des membres. Et ça continue encore: la zone euro ne comprend que 12 des 15 États membres, et ça ne l'empêche pas de fonctionner.»

Si l'UE est à rédiger une nouvelle constitution, c'est qu'elle se prépare à faire passer dès l'an prochain le nombre de ses pays membres de 15 à 25 avec l'addition d'anciens pays d'Europe de l'Est, dont la Hongrie, la République tchèque et la Pologne, ainsi que l'île de Malte et de la partie grecque de Chypre. Outre le casse-tête organisationnel, «l'élargissement» promet d'être un véritable choc des cultures. On craint également qu'il représente, à tout le moins pendant un certain temps, un boulet pour une économie européenne dont les performances passées et escomptées se révèlent déjà bien en deçà de ce que l'on était en droit de s'attendre d'une zone de libre-échange aspirant faire contrepoids au géant américain.

Éric Hayes invite, là encore, à ne pas tirer de conclusion trop rapide. Souvenez-vous de ce que l'on disait sur la faiblesse de l'euro avant qu'il ne s'apprécie et dépasse le billet vert, rappelle-t-il. L'Union européenne peut sembler en bonne voie de rater l'objectif qu'elle s'est fixé en 2000, au Sommet de Lisbonne, de devenir «la première économie du monde» d'ici 2010, il lui reste encore tout le temps nécessaire pour rebondir.

«Il ne faut pas regarder à trop court terme en ce domaine, conseille-t-il. La modernisation d'une économie telle que nous voulons le faire à l'intérieur de l'Union présuppose un exercice à plus longue haleine en ce qui concerne l'investissement dans la nouvelle économie, en ce qui concerne le parachèvement du marché unique en matière de services par exemple,... tout cela est un exercice en cours de route.»

Relations canado-européennes

Les apparences peuvent aussi être trompeuses en matière de relations commerciales, poursuit l'ambassadeur. Le dépôt, la semaine dernière, d'une plainte à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) par les États-Unis et le Canada contre l'Union européenne dans le dossier des organismes génétiquement modifiés (OGM) pourrait laisser croire que le Canada et l'UE appartiennent à deux blocs aux intérêts divergents.

Dans les faits, c'était la première fois qu'une plainte formelle du genre se dressait entre le Canada et l'UE depuis l'affaire du boeuf aux hormones à la fin des années 80, «alors qu'il y en a eu des dizaines entre l'Union et les États-Unis», note Eric Hayes. «On insiste beaucoup sur les rapports privilégiés que le Canada entretient avec les États-Unis, et c'est normal, poursuit-il. On ignore souvent que l'Union européenne compte pour 17 % des exportations canadiennes de services, ou que 25 % des investissements étrangers au Canada proviennent de l'Union.»

C'est pourquoi l'UE et le Canada sont présentement à explorer les possibilités de négocier une entente-cadre d'un nouveau genre visant non plus seulement à libéraliser entre eux le commerce -- ce qui est acquis entre la plupart des pays développés -- mais à réduire toutes les autres formes d'obstacles à leurs échanges grâce, par exemple, à une standardisation de leurs règles phytosanitaires ou à la reconnaissance des compétences professionnelles de leurs ressortissants. «Ce serait une première qui pourrait, par la suite, servir de modèle à d'autres ententes du genre entre l'Union européenne et d'autres pays», explique Eric Hayes, enthousiaste. Ne reste plus, selon lui, là comme ailleurs, qu'à donner un peu de temps au temps pour que ce projet se réalise.


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