Festival de Cannes - Un cinéma de larmes et de sang
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Le vrai cru post-11 septembre, post-guerre en Afghanistan aussi se voit projeté à pleins écrans du palais

Photo: Agence Reuters
Cette fois, on y est, en principe. Le vrai cru cinéma post-11 septembre, post-guerre en Afghanistan aussi (celle de l'Irak n'est pas encore traduite en images) se voit projeté à pleins écrans du palais. Mais comme il apparaît brouillé de larmes et de sang, le reflet de ces temps difficiles renvoyé par la planète Cinéma. Une immense angoisse et un sentiment de déshumanisation dominent. Le cinéma s'est mis sous le signe de l'anxiété. Si un drapeau plane, c'est celui d'un antiaméricanisme à la Von Trier, mais un antiaméricanisme qui étend sa condamnation à l'humanité tout entière. Après la Seconde Guerre mondiale, bien des gens avaient reconnu en se frappant la poitrine: le nazi, c'est moi. Aujourd'hui, cette impression de mal collectif et incurable revient hanter.
Dure thématique de ce 56e festival: l'homme est un loup pour l'homme. Film après film, le message se voit martelé: grattez un peu le vernis de moralité, cet acquis tardif de la civilisation, il craquera de partout. Place à la mise en scène d'humains en perte de repères après une catastrophe, ou un accident, qui redeviennent à moitié sauvages.
L'étranger, l'Autre avec un grand A, se retrouve vite victime de la meute aveugle et cruelle, comme dans le Dogville de Lars Von Trier. Les Égarés de Téchiné, sur un ton moins cynique, évoquait aussi cette perte des balises qui change les gens et révèle leur côté sombre. Elephant de Gus Van Sant montrait le quotidien fracassé par une tuerie dans un collège américain. Samira Makhmalbaf, avec À cinq heures de l'après-midi, a filmé l'après-guerre en Afghanistan, sur fond d'itinérance, de ruptures, de questions également sans réponses.
Un scénario prémonitoire
Même tableau brossé par le film de l'Autrichien Michael Haneke projeté hier au festival. Intitulé Le Temps du loup, il met en scène des gens errant après une catastrophe innommée, qui s'entredéchirent pour pouvoir survivre, cherchent des boucs émissaires à châtier, se serrent les coudes pour mieux se trahir ensuite, s'assassinent parfois. Le tout sur fond d'images sombres, de barbarie souterraine et de grands feux illuminant la débâcle.
Haneke explique que ce scénario était déjà écrit mais qu'il n'avait pas trouvé financement. Après le 11 septembre, il a laissé de côté ses projets immédiats pour récupérer cette histoire devenue criante d'actualité. «Comment vous et moi nous comportons-nous quand l'eau ne sort plus du robinet et que nos acquis s'écroulent? Tel est le sujet du Temps du loup, précise Haneke. Je n'ai pas voulu, comme il est de mise dans les films catastrophe, exagérer le terrible pour mieux le rendre irréel aux yeux du spectateur, mais plutôt suivre des lendemains d'apocalypse sans les expliquer.»
Précisons que Le Temps du loup ne fait pas partie de la section compétitive, pour la simple et bonne raison que Patrice Chéreau y apparaît dans un petit rôle (mais rôle quand même). Or il est cette année président du jury cannois. Conflit d'intérêts, donc. Alors Haneke passe en dessous du tapis. Meilleure chance la prochaine fois!
La Pianiste avait ici valu il y a deux ans à l'Autrichien un Grand Prix du jury doublé d'une Palme pour Isabelle Huppert. Celle-ci est également vedette du Temps du loup, en femme dont on assassine le mari, errante avec ses enfants dans un monde post-apocalyptique, réfugiée dans une gare avec d'autres sans-abri qui ne font de quartier à personne.
Oh! Le film n'est pas le meilleur coup du féroce cinéaste de Funny Games. La narration est atone, l'image brunâtre, et Haneke n'apporte guère de point de vue à cette dérive près d'une frontière est-ouest non identifiée, en pleine confusion des langues. Il a fait ce choix de ne pas romancer. Choix déstabilisant et irritant mais somme toute peut-être plus honorable que bien des illusions servies à la pelle. «Michael Haneke cherche la vérité d'une situation, explique Isabelle Huppert. C'est ce qui me plaît comme actrice. Cette vérité n'est pas toujours agréable, mais du moins on y entend quelque chose.»
Dans les salles de Cannes, cette année, on entend surtout des gémissements de fin du monde...
Je ne m'attarderai pas longtemps sur le film japonais en compétition, Bright Future d'Akurai Mirai, parce que je l'estime vraiment raté. Une histoire de perte de repères contemporains (eh oui!), mais sur fond de jeunesse désoeuvrée. Inspirée un peu de L'Anguille d'Imamura avec une histoire de méduse qui se veut un symbole de vie, le film s'effiloche en tous sens. Les images captées d'abord sur vidéo sont laides en plus. Tout pour plaire!
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