Opinion
Congrès de l'ACFAS - Pollution des côtes, pollution des eaux
Mots clés : acfas
Pour souligner la tenue cette semaine du 71e congrès de l'ACFAS à l'Université du Québec à Rimouski, Le Devoir publie aujourd'hui, comme il l'a fait hier, un texte mettant en valeur des recherches menées à cette université.
Le projet de notre chaire, créée en 2001, s'intéresse d'abord au rôle et à la capacité des marais côtiers à agir comme les reins des écosystèmes côtiers afin de retenir et de transformer les toxines pour les rendre inoffensifs, préservant ainsi les organismes qui vivent et se reproduisent à proximité des côtes et en profondeur.
Aussi un poison
La chaire se penche notamment sur l'azote, élément nutritif primordial pour la croissance des algues marines (phytoplancton) et des plantes en général. Mais l'azote est aussi un poison pour l'ensemble des écosystèmes s'il arrive en trop grande quantité par le lessivage des terres agricoles, l'épandage des lisiers de porcs, les égouts municipaux insuffisamment traités ou encore les effluents de certaines industries de transformation des biomasses végétales ou animales (produits alimentaires, tanneries).
En eau douce, l'azote ne limite pas la croissance des plantes et algues aquatiques et on se préoccupe surtout du phosphore, l'autre élément essentiel à la croissance végétale. En eaux marines, est l'azote est généralement l'élément qui contrôle la production du phytoplancton: un excès d'azote entraîne inévitablement un excès de croissance des algues. Quand il y a trop de production et que les «brouteurs» de la mer (copépodes et autres animalcules qui se nourrissent des micro-algues) n'arrivent pas à tout manger, cet excès tombe au fond des estuaires et des baies, où les bactéries s'occupent à tout dégrader et recycler. Ce faisant, elles consomment l'oxygène dissous dans l'eau et rendent les fonds marins inhabitables pour les poissons et autres espèces qui doivent respirer par leurs branchies.
Les marais côtiers ont pour fonction de nous protéger de ces excès en retenant l'azote excédentaire et en permettant le recyclage à proximité du rivage et non pas dans les fonds marins. Sont-ils encore en mesure de remplir cette tâche compte tenu de la réduction draconienne de leur surface? N'avons-nous pas surchargé les capacités de recyclage du système en ajoutant toujours plus d'azote en provenance des champs et des villes? Les marais peuvent-ils encore retenir les contaminants toxiques (pesticides, herbicides et métaux lourds)? Toutes ces questions sont abordées par notre chaire en utilisant un marais exempt de tout apport humain (aucun égout ni terre agricole à proximité), dans le parc provincial du Bic, comparativement à un marais fortement exposé aux apports agricoles et urbains, à Pointe-au-Père, près de Rimouski. Pour compléter notre échantillonnage, d'autres marais situés le long de la rive nord de l'estuaire du Saint-Laurent sont aussi étudiés.
Résidus pétroliers
La chaire a un deuxième projet, qui porte sur les résidus pétroliers et les suies provenant de la combustion du pétrole et du charbon, ces fumées qui sortent des cheminées d'usine, des tuyaux d'échappement des camions et des voitures, et qui envahissent les poumons des fumeurs. Ces substances sont connues pour leurs propriétés cancérigènes depuis des décennies déjà, tant chez les fumeurs que chez certains employés d'usine. Qu'en est-il du milieu marin qui a reçu et continue de recevoir des suies provenant des rejets d'usine et du transport automobile? Quelle est la toxicité à long terme des résidus pétroliers provenant entre autres du trafic maritime? Nous en savons encore peu de chose en raison de la très grande complexité des interactions entre les particules contaminées et l'écosystème marin.
Notre groupe procède actuellement à une analyse exhaustive de suies et de résidus apportés au fjord et à l'estuaire par la rivière Saguenay et le fleuve Saint-Laurent afin de déterminer si la situation a changé depuis les dernières années. À partir de 2004, une étude détaillée sera menée sur le transfert des hydrocarbures à partir des invertébrés qui vivent dans la boue des fonds marins, comme les vers et les bivalves, en passant pas les crustacés habitant les eaux juste au-dessus du sédiment et en finissant pas les poissons qui peuvent être la proie des bélugas.

