Proche-Orient - L'appel de Powell reçoit peu d'échos

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AFP
Édition du lundi 12 mai 2003

Mots clés : powell

Le chef de la diplomatie américaine a rencontré Mahmoud Abbas et Ariel Sharon dans l'espoir de mettre en branle le plan de paix du Quartette

Le premier ministre palestinien Mahmoud Abbas et le secrétaire d'État américain Colin Powell lors de leur première rencontre, hier, à Jéricho.

Photo: Agence Reuters

Le secrétaire d'État américain Colin Powell a exhorté hier Israéliens et Palestiniens à entamer l'application sans délai d'un nouveau plan de paix international, mais a reçu peu d'échos positifs des deux parties qui se sont renvoyé la responsabilité des blocages.

M. Powell a successivement rencontré le chef du gouvernement israélien Ariel Sharon à Jérusalem, avant de se rendre à Jéricho, en Cisjordanie, pour un premier contact avec le premier ministre palestinien Mahmoud Abbas (Abou Mazen) et son cabinet.

À chaque étape, le chef de la diplomatie américaine a martelé son appel à ce que la «feuille de route», plan de paix élaboré par le Quartette (Union européenne, ONU, Russie et États-Unis), démarre maintenant. «Je pense qu'il y a suffisamment de bonne volonté et un engagement suffisant pour que nous commencions maintenant», a-t-il déclaré à Jéricho, en apportant son soutien à M. Abbas.

M. Powell a souhaité que les désaccords actuels ne remettent pas aux calendes grecques une reprise du dialogue sur ce plan qui prévoit d'aller par étapes vers un État palestinien en 2005. «Nous aurons tout le temps qu'il faut dans l'avenir pour discuter des sujets de contentieux», a-t-il déclaré.

M. Abbas s'est engagé à «éradiquer» la violence des organisations radicales palestiniennes, selon un haut responsable américain.

Il «a été beaucoup plus explicite en privé» sur cette question que dans ses commentaires publics, a assuré ce responsable sous couvert de l'anonymat.

Tout en rappelant sa volonté d'appliquer la «feuille de route», M. Abbas a dressé une longue liste de demandes, notamment la libération par Israël de milliers de prisonniers palestiniens, la liberté de mouvement pour le dirigeant palestinien Yasser Arafat ou encore l'arrêt «absolu» de la colonisation juive dans les territoires palestiniens.

M. Powell a également assuré que M. Sharon allait prendre «dans les prochains jours» des mesures qu'il a qualifiées de «positives» et «très prometteuses», pour améliorer le sort des Palestiniens et aider leur nouveau gouvernement.

Le secrétaire d'État a indiqué qu'il avait abordé avec M. Sharon la «difficile question» de la colonisation.

«Ce dont nous avons parlé est le fait que les colonies [juives] sont un problème», a dit M. Powell dans une interview à la deuxième chaîne de télévision israélienne.

Retour de travailleurs palestiniens

M. Sharon a apparemment lâché peu de lest, donnant le sentiment qu'il attendait sa rencontre, le 20 mai à Washington, avec le président George W. Bush pour sonder la volonté réelle du gouvernement américain de mettre la pression sur l'État hébreu.

Les autorités israéliennes vont ainsi autoriser le retour en Israël de 25 000 travailleurs palestiniens et ont entrepris de libérer 180 prisonniers palestiniens, en signe de bonne volonté après les discussions qu'elles ont eues avec Colin Powell sur la «feuille de route» pour la paix, a-t-on déclaré hier soir de source proche des services de sécurité israéliens.

Powell avait demandé aux Israéliens d'atténuer la dureté de la vie quotidienne des Palestiniens dans les territoires occupés, et insisté pour que le nouveau gouvernement palestinien prenne sans attendre des mesures pour désarmer les activistes à l'origine d'une campagne d'attentats suicide contre les colons juifs dans les territoires et la population civile en Israël.

Un responsable israélien a estimé que cette décision était «sans précédent» depuis le début de la seconde intifada palestinienne en septembre 2000. Israël a interdit à des dizaines de milliers de Palestiniens de franchir la frontière israélienne pour venir travailler en Israël peu après le début de la seconde intifada, ce qui a aggravé la crise économique dans laquelle vivent les territoires palestiniens.

Conformément à ces décisions, 63 prisonniers palestiniens ont été libérés hier et 120 autres seront élargis aujourd'hui, a déclaré un responsable israélien à Reuters.

Israël a également décidé de rétablir le commerce de certaines marchandises entre les territoires palestiniens et les pays voisins, notamment via les points de passage de la bande de Gaza vers l'Égypte ainsi qu'entre la Cisjordanie et la Jordanie.

Au Caire, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Ahmed Maher, a estimé que «les mesures qui ont été annoncées aujourd'hui [par Israël envers les Palestiniens] sont plutôt insignifiantes».

Enfin, M. Sharon a soigneusement évité de prononcer le terme «feuille de route», que son gouvernement n'a toujours pas officiellement accepté, se contentant de se référer au discours du président Bush du 24 juin 2002, évoquant en termes généraux un État palestinien indépendant d'ici à 2005.

M. Sharon a aussi réaffirmé de manière implicite qu'il faisait de l'arrêt de l'Intifada -- le soulèvement palestinien qui a débuté fin septembre 2000 -- la condition sine qua non de tout processus de négociations.

Toutefois, il pourrait rencontrer dès vendredi son homologue palestinien Mahmoud Abbas, a indiqué la télévision publique israélienne.

Et, selon la radio publique, Israéliens et Palestiniens ont tenu samedi une rencontre sécuritaire secrète de haut niveau.

M. Powell doit poursuivre sa tournée au Proche-Orient en se rendant aujourd'hui et demain en Égypte, en Jordanie et en Arabie saoudite.

Sur le terrain, un colon israélien a été tué par des tirs palestiniens en Cisjordanie, tandis que trois roquettes artisanales tirées à partir de la bande de Gaza se sont abattues sans faire de blessé sur la ville israélienne de Sdérot.

Trois membres de la branche militaire du Jihad islamique, dont l'un de ses chefs locaux, ont été arrêtés lors d'une incursion de l'armée israélienne à Jénine (nord de la Cisjordanie).


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