Téléchargement de chansons par Internet - L'industrie du disque envisage des mesures anti-piratage aux limites de la légalité
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Outre les programmes qui s'attaqueraient aux connexions Internet, d'autres sonderaient les ordinateurs personnels pour en effacer les fichiers de musique
Imaginez la scène: un internaute s'apprête à télécharger la dernière chanson à la mode quand sa connexion Internet flanche ou que son ordinateur «gèle» temporairement.Déboutée par une cour de Los Angeles qui a statué le 25 avril dernier que les sites de partage de musique n'enfreignaient pas la Loi sur les droits d'auteur, l'industrie américaine du disque s'engage dans une guerre cybernétique de tranchées. Le téléchargement de musique gratuitement sur Internet coûterait quelque 4,3 milliards (américains) par année.
Outre les programmes qui s'attaqueraient aux connexions Internet, d'autres redirigeraient les internautes qui fréquentent des sites comme Morpheus ou KaZaa vers des sites commerciaux. Un autre programme sonderait les ordinateurs personnels pour en effacer les fichiers de musique.
Ces avenues -- exploratoires pour le moment -- poussent un peu plus loin l'offensive des grandes compagnies, qui avaient récemment envoyé des millions de courriels pour inciter à «ne pas voler de musique». Certaines compagnies travaillent également sur des méthodes d'encodage des CD pour empêcher les copies, une mesure qui n'a pas réussi à arrêter les «hackers» jusqu'à maintenant.
De nouveaux modèles d'affaires
Cette nouvelle offensive n'impressionne pas le titulaire de la Chaire d'études RBC sur le commerce électronique, Jacques Nantel. «C'est ridicule!, s'exclame-t-il. Les seuls qui vont y gagner, ce sont les informaticiens. Les grandes compagnies présument, à tort, qu'il y a un point limite au développement de la technologie.»
Selon le professeur aux HEC, les voies technologique et juridique sont toutes deux vouées à l'échec. La solution serait plutôt économique. «De plus en plus de consommateurs sont prêts à payer un montant raisonnable pour télécharger des produits de qualité sur Internet, exempts de virus ou d'imperfections. Il existe certains sites du genre, mais l'industrie ne pousse pas fort pour développer ces nouveaux modèles d'affaires», juge le chercheur montréalais.
Taxer les connexions Internet
Sans être fermé à l'idée de sites de musique à la carte, le président de l'Association québécoise de l'industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ), Jacques Primeau, observe que de telles avenues n'ont pas encore donné de résultats significatifs. L'importance de la production indépendante québécoise -- 90 % -- complique également la tenue d'un catalogue complet sur Internet.
M. Primeau ne réprouve pas l'initiative des majors, qui accaparent 89 % de l'industrie du disque mondiale, dans les limites de la légalité. «Ce n'est pas nous qui allons inventer la solution technique qui va faire le tour de la planète. Mais s'il y en avait une qui existait, on s'en réjouirait.»
Le piratage inquiète grandement l'ADISQ, qui a récemment mis sur pied un comité de veille technologique. Au Canada, le nombre de vente de CD a diminué de 6 % entre 2001 et 2002. Un sondage paru en septembre dernier révélait qu'au Québec 17 % des adultes avaient écouté ou téléchargé de la musique au cours du mois, cette proportion grimpe jusqu'à 70 % chez les adolescents. «Le téléchargement musical, c'est la deuxième activité en importance des internautes canadiens», note M. Primeau, qui croit que l'industrie du cinéma risque aussi de s'en ressentir gravement sous peu.
Empruntant une avenue moins radicale que les barons du disque mondiaux, l'ADISQ cherche plutôt des façons de compenser les pertes subies. Il y a quelques semaines, elle proposait de percevoir 3 % des profits des fournisseurs d'accès Internet, ce qui représente 57 millions à l'échelle canadienne et entre 15 et 22 millions au Québec. Ces sommes seraient versées dans un Fonds de développement du talent musical et audiovisuel, inspiré du Fonds canadien de la télévision.
Stratégie de l'ADISQ
Les fournisseurs d'accès Internet ont fait leurs choux gras du piratage de musique, souligne le directeur des communications chez Audiogram, Richard Pelletier: «Ils ne se sont pas gênés pour faire de la publicité en affirmant que les connexions haute vitesse étaient plus efficaces pour télécharger de la musique.» Les profits de l'industrie canadienne des fournisseurs d'accès s'élevaient à 1,9 milliards en 2001, une augmentation de 400 % en quatre ans. L'ADISQ devrait déposer une proposition en ce sens cet automne devant le CRTC.
La Commission du droit d'auteur, qui relève du gouvernement fédéral, étudie également la possibilité d'imposer des redevances plus importantes sur la vente de CD vierges et de recueillir des sommes pour financer la production musicale à même les profits réalisés sur la vente de lecteurs MP3.
Les stratégies québécoises sont à des lieues de celles privilégiées par les majors. «Pour eux, demander des mesures compensatoires, ce serait accepter le phénomène. Ils adoptent une position très vindicative. Notre position est très différente. Parfois il faut appliquer la loi du moindre mal pour éviter la débandade», affirme Richard Pelletier, qui siège également au comité de veille technologique de l'ADISQ.
Ce dernier a le coeur lourd lorsqu'il est question du piratage: «Les chroniqueurs spécialisés donnent des trucs pour faciliter le piratage. Si on expliquait la même chose sur la façon d'aller voler des boîtes de thon au supermarché, ce serait inacceptable.»
M. Pelletier souligne que les artistes et les producteurs de disques sont faussement perçus comme étant «pleins aux as». «Il faut souligner qu'un disque coûte entre 120 000 et 175 000 $ à produire et presque autant à mettre en marché. L'artiste qui a mis un an et demi à l'écrire a aussi
le droit d'être rémunéré pour son oeuvre.»

