La Fed bouleverse le marché obligataire

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Reuters
Édition du lundi 12 mai 2003

Mots clés : fed

New York -- Un simple paragraphe, laborieusement formulé, de la dernière déclaration de politique monétaire de la Réserve fédérale des États-Unis risque de provoquer un profond bouleversement sur les marchés obligataires américains en raison de ses implications sur les taux d'intérêt à long terme.

La banque centrale américaine a modifié le libellé traditionnellement plutôt ésotérique de la déclaration de politique monétaire qui accompagne sa décision sur les taux d'intérêt -- mardi ils sont restés inchangés -- pour faire passer le risque de baisse de l'inflation devant sa préoccupation habituelle d'endiguement de la hausse des prix. «L'éventualité d'une baisse marquée et non désirable de l'inflation, bien que faible, l'emporte sur celle d'une reprise de l'inflation [...]», indique la Fed dans son communiqué en laissant entendre que sa prochaine décision pourrait être une baisse des taux.

Selon la mesure des prix favorite de la Fed, l'inflation s'est élevée à 0,9 % en rythme annuel sur les trois premiers mois de l'année, en net ralentissement par rapport au rythme de 1,5 % enregistré au quatrième trimestre 2002. La hausse des prix n'avait pas été aussi faible depuis le troisième trimestre 2001, au moment où les attentats du 11 septembre avaient quasiment figé toute l'activité économique.

«L'annonce historique de la Fed met fin symboliquement à 40 années d'efforts pour parvenir à la stabilité des prix», estime James Glassman, chef économiste chez J.P. Morgan. «Nous entrons dans une nouvelle ère où le but à long terme de la banque centrale n'est plus de faire baisser l'inflation mais au contraire de la maintenir dans une fourchette de 1 % à 2 %», explique-t-il.

Cela est considéré comme positif pour l'économie puisque cela implique que la Fed est prête à garder des taux d'intérêt bas, même si la croissance économique s'accélère cette année, comme certains s'y attendent. La Fed veut ainsi garantir aux emprunteurs le coût du crédit le plus bas possible pendant suffisamment de temps pour permettre à l'économie américaine de redémarrer.

Rendement à la baisse

Le marché obligataire américain a réagi à cette nouvelle réalité en orientant les rendements à long terme à la baisse, notamment mercredi, en achetant du papier. De légères prises de bénéfices avaient lieu toutefois vendredi matin. Depuis l'annonce de la Fed mardi soir, le rendement de l'emprunt à dix ans a baissé de 20 points de base pour tourner autour de 3,7 %.

«Ce que dit la Fed, c'est que l'inflation est maintenant trop basse et non trop forte», commente Bill Dudley, chef économiste chez Goldman Sachs. «Le message implicite de la Fed est qu'elle ne commencera pas à s'interroger sur un relèvement des taux d'intérêt tant que l'économie ne croîtra pas à un rythme supérieur à sa tendance, c'est-à-dire à plus de 3,5 % à 4 % de façon soutenue», ajoute Glassman.

Ce qui laisse encore de la marge à un tour de vis sur le coût du crédit compte tenu de la croissance de 1,6 % affichée par l'économie américaine en rythme annuel au premier trimestre.

Une accélération de la croissance est nécessaire en raison des excédents de capacités qui se sont développés au cours des trois dernières années de mollesse économique. Plus d'un quart des capacités de production manufacturière est inemployé tandis que le taux de chômage atteint désormais 6 % de la population active.

Parvenir à une croissance économique supérieure à la tendance ne ferait qu'arrêter la croissance des capacités excédentaires. Pour les réduire, la croissance devra dépasser en vigueur les anticipations des plus optimistes, estiment les spécialistes. «Dans le cycle actuel [...] d'amélioration des perspectives de croissance, il y a peu de chance que les tendances de fond ou une politique monétaire accommodante ne déclenchent une hausse de l'inflation», estime Robert DiClemente, économiste chez Citigroup.

Les États-Unis ne sont pas pour autant dans la situation du Japon où les prix sont orientés à la baisse. C'est en tout cas ce qu'a déclaré vendredi le secrétaire d'État au Trésor, John Snow, en estimant que les comparaisons avec la situation qui prévaut dans l'Empire du Soleil levant venaient «mal à propos».


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