Terre-Neuve veut renégocier son adhésion au Canada
Mots clés : constitution
La fermeture par Ottawa de la pêche à la morue fait sortir la petite province de ses gonds
Ottawa - La fermeture quasi totale par Ottawa, il y a deux semaines, de la pêche à la morue a fait sortir de ses gonds le gouvernement de Terre-Neuve. La province ne veut rien de moins qu'une renégociation des termes de son adhésion à la Constitution afin d'obtenir un contrôle partiel des pêches le long de ses côtes. La fin de non-recevoir d'Ottawa a été immédiate.En vertu de la résolution, le gouvernement terre-neuvien devrait chercher à obtenir un amendement formel aux «Terms of Union» qui, en 1949, ont scellé l'entrée de Terre-Neuve dans la fédération. Il s'agirait d'obtenir la gestion partagée des pêches, actuellement une responsabilité fédérale, et l'enchâssement dans la Constitution d'un conseil conjoint de gestion des pêcheries.
Ottawa a rapidement dit non. «Aucun amendement constitutionnel ne ramènera le poisson et ça ne changera rien dans les communautés», a répondu le ministre des Affaires intergouvernementales, Stéphane Dion, aux Communes, déclenchant les rires de ses collègues libéraux et l'indignation de certains députés de l'opposition.
«Ce qui est important est de travailler en bons partenaires pour aider les communautés qui font face à cet événement difficile. De toute façon, un amendement constitutionnel au sujet des pêches ne peut pas être bilatéral. Il faudrait l'accord de sept provinces représentant 50 % de la population», a poursuivi M. Dion.
Selon lui, il n'est pas question de parler constitution car le problème est d'un autre ordre, à savoir une diminution de la ressource. «Ça n'a rien de constructif dans les circonstances», a-t-il ajouté à sa sortie des Communes. Le ministre des Pêches et des Océans, Robert Thibault, a pour sa part défendu l'actuel processus de consultations avec les provinces. «Dans le golfe Saint-Laurent, cinq provinces ont des intérêts à défendre en matière de pêche», a-t-il rappelé. Morceler la gestion de la ressource, croit-il, ne ferait que compliquer les choses.
La frustration à l'endroit d'Ottawa est à la hausse à Terre-Neuve au moment même où M. Grimes se prépare à déclencher des élections provinciales où son parti n'est pas assuré de la victoire. Il doit se présenter devant l'électorat avant la fin février 2004. La présentation de la résolution a donc été, dans ce contexte, qualifié de manoeuvre politique par certains, ce qu'a rejeté M. Grimes.
Même ses adversaires conservateurs ont refusé de s'aventurer sur cette voie, offrant plutôt leur appui à un geste fort populaire. Peu importe la réponse d'Ottawa, ce geste reflète en effet le ras-le-bol de la population, surtout après le choc du 24 avril.
Ce jour-là, le ministre Thibault a annoncé la fermeture, pour une durée indéterminée, de la presque totalité de la pêche à la morue de l'Atlantique. Un groupe consultatif fédéral avait suggéré de permettre des prises très limitées dans le golfe Saint-Laurent et à l'est de Terre-Neuve, mais cette recommandation a été rejetée, ce qui a encore plus choqué les Terre-Neuviens.
«Cette situation ne peut pas durer. Le temps commence à manquer pour sauver l'industrie de la pêche à Terre-Neuve», a dit M. Grimes à la législature.
Selon lui, il faut «reconnaître que les pêches étaient gérées de façon responsable par le Dominion de Terre-Neuve avant notre entrée dans la Confédération». Il a ensuite invité les libéraux fédéraux de la province à manifester leur solidarité en siégeant comme députés indépendants à Ottawa, ce qu'ils ont évidemment refusé.
Depuis le début des années 90, les moratoires sur certaines pêches se sont succédé, des villages ont fermé et la déroute de l'industrie des pêches a nourri la grogne face à la gestion assurée par Ottawa. L'annonce d'avril dernier a relancé les accusations de négligence contre le gouvernement fédéral.
Les relations entre les deux paliers de gouvernement n'étaient déjà pas très bonnes et l'insatisfaction de la population, déjà importante. Assez en tout cas pour inciter M. Grimes à mettre sur pied, l'an dernier, une commission «sur le renouvellement et le renforcement» de la place de Terre-Neuve au sein du Canada, surnommée «Blame Canada Commission». Cette dernière, qui a entendu des milliers de Terre-Neuviens, doit soumettre son rapport final le mois prochain.
En début de semaine, M. Grimes a aussi déclaré qu'il n'aiderait pas Ottawa à poursuivre en justice les pêcheurs qui défieraient le moratoire sur la pêche à la morue. Le premier ministre Jean Chrétien a répliqué le même jour qu'il jugeait la déclaration irresponsable.
Le premier ministre terre-neuvien a toutefois des alliés. Terre-Neuve a toujours souhaité obtenir un plus grand contrôle de ses ressources et le chef de l'Alliance canadienne, Stephen Harper, a dit appuyer cette revendication. Le chef conservateur, Joe Clark, a rappelé que son parti a toujours appuyé, lui aussi, une cogestion des pêches, surtout qu'Ottawa a démontré son incapacité à gérer la ressource de façon durable.
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