La ZLEA en péril

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Éric Desrosiers
Édition du mardi 06 mai 2003

Mots clés : zlea

Le secrétaire général de l'OEA est pessimiste

L'avenir s'assombrit pour l'éventuelle Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA). L'impasse dans laquelle se trouvent présentement les autres négociations à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), ainsi que la déception des Latino-Américains à l'égard des réformes politiques et économiques des dernières années, compromettent sérieusement les espoirs d'en arriver à une entente pour la date fatidique du 1er janvier 2005, a déclaré hier César Gaviria, secrétaire général de l'Organisation des États américains (OEA).

Les négociations concernant la ZLEA proprement dite continuent pourtant d'avancer à bon rythme, a-t-il constaté lors d'un discours présenté au premier jour de la 9e édition de la Conférence de Montréal qui se poursuivra jusqu'à jeudi dans un hôtel du centre-ville. Leurs conclusions restent toutefois intimement liées aux succès d'un autre processus, celui du cycle de Doha à l'OMC, qui, pour le moins, se déroule nettement moins bien.

«Jusqu'à présent, toutes les échéances ont été respectées, a rapporté César Gaviria à propos de la ZLEA. Nous avons déjà un projet d'entente sur le Web.

Certains pays n'ont toujours pas présenté leurs offres en matière de commerce, parce qu'ils attendent de voir comment les choses progresseront à l'OMC. [Mais voilà], il apparaît que les négociations à l'OMC ne vont nulle part et qu'elles accumulent chaque jour plus de retard.»

Le Programme de Doha pour le développement, lancé à l'OMC à l'automne 2001, devait faire la démonstration qu'il y avait une place pour les pays du Sud dans le nouvel ordre économique. Pour ce faire, on promettait notamment d'assurer un meilleur accès aux marchés du Nord à leurs produits agricoles, leurs textiles, leurs vêtements et leurs chaussures.

«Sans entente dans ces domaines, je vois mal comment il pourrait y en avoir une sur la ZLEA», a dit l'ancien président colombien qui a été reporté pour un second mandat à la tête de l'OEA en 1999.

D'autant plus que l'humeur de l'opinion publique latino-américaine à l'égard de ce genre de changements s'est considérablement dégradée depuis le lancement du projet, il y a une dizaine d'années.

C'était au lendemain de la chute de l'empire soviétique, à l'heure où l'Amérique latine, comme tant d'autres, tournait résolument le dos à l'autoritarisme et au protectionnisme. «Tout le monde croyait que les réformes économiques et démocratiques allaient permettre de s'attaquer à des problèmes comme celui de la pauvreté, a rappelé César Gaviria. Ce n'est malheureusement pas ce qui s'est passé. Avec l'effondrement de la croissance, au cours des trois dernières années en Amérique latine, les gens se sont mis à sérieusement remettre en question les politiques de libéralisation des échanges. On a assisté à une chute de confiance en la démocratie.»

L'Argentine et le Venezuela ne sont que les exemples les plus spectaculaires de l'instabilité sociopolitique qui peut découler d'une pareille crise de confiance. «La démocratie n'est pas qu'une affaire d'élections, d'équilibre des pouvoirs et de partis politiques, a-t-il poursuivi. Lorsque les gens voient que leur économie recule, que leurs institutions sont impuissantes et que l'on privatise les services publics, ils pensent que leur démocratie a échoué.»

«Nous devons pouvoir convaincre les gens que cette entente servira les intérêts de tout un chacun. Cela ne sera pas facile.»

Au-delà du commerce

Pour avoir des chances de réussir, les négociations de la ZLEA devront dépasser les seules considérations commerciales pour s'attaquer aux défis autrement plus importants de l'amélioration de l'éducation, de la santé, des conditions de travail et, plus généralement, du niveau de vie de l'ensemble des populations. «Il en va de la stabilité macroéconomique, estime-t-il [...] Vous avez besoin d'un bon système social pour pouvoir profiter de la mondialisation, sans cela, vous risquez bien plus de reculer que d'avancer.»

La question de la démocratisation de l'éducation lui apparaît centrale à cet égard, les réformes liées à la mondialisation, comme la libéralisation des échanges ou la privatisation, affectant au premier chef les personnes les moins éduquées en les disqualifiant rapidement du marché du travail.

La tâche peut apparaître ambitieuse, convient-il. Elle sera cependant plus que profitable pour tous si elle est menée à terme. Le Canada ne s'y est pas trompé, note-t-il, lui dont l'économie dépend tellement du commerce international et qui cherche par tous les moyens à trouver un compromis acceptable pour tous.

Quant aux États-Unis, César Gaviria se félicite de la présence à Washington d'une administration ouvertement libre-échangiste. Il s'inquiète néanmoins de ses difficultés, parfois, à convaincre le Congrès de le suivre sur ce chemin, ainsi que de ses sursauts de protectionnisme dans le domaine de l'acier, par exemple.

Il ne manque pas de constater, également, l'énergie que déploient les deux pays riches à négocier et ratifier des ententes commerciales bilatérales avec certains pays, ou groupes de pays d'Amérique latine. Il espère que cela n'est pas le signe que l'on a d'ores et déjà jeté l'éponge en ce qui concerne un accord plus global sur une éventuelle ZLEA.


Vos réactions


Aucun commentaire ... soyez le premier !

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com