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L'industrie de la musique est à la dérive
Pour ma part, j'ajouterai que les grandes maisons de disques doivent rétablir et maintenir le support qu'ils ont accordé dans le passé aux disquaires qui constituent encore le dernier chaînon entre l'artiste et le consommateur et un circuit privilégié de contact direct avec l'amateur de musique. La Coalition Canadienne pour la Valeur de la Musique entreprend une campagne de sensibilisation auprès de jeunes. Elle réclame pour cette campagne l'appui des disquaires en affirmant que "la voix des détaillants est essentielle au succès..." Je souhaite que cet appui soit mutuel et que l'industrie réalise que les efforts actuels de déploiement des plates-formes de distribution de musique numérique contournent les circuits traditionnels de vente au détail et menacent la survie des disquaires.
Les artistes et créateurs doivent aussi faire entendre leur point de vue. Cela exigera une dose de courage. Les plus riches d'entre eux vont sans doute maintenir leur mutisme, laissant croire à une approbation tacite; les plus pauvres (la majorité) ont peur de perdre leur image "cool". De grâce, chers artistes, ne laissez pas aux autres la tâche ingrate de rappeler à votre auditoire que la musique c'est votre gagne-pain. Les gens comme moi vont vite se lasser de prendre la défense d'une prétendue victime qui se confine dans un inexplicable silence.
Quant aux gouvernements, il faut féliciter les législateurs pour les efforts visant la modernisation des textes de loi relatifs au droit d'auteur et la propriété intellectuelle. Mais la partie n'est pas gagnée. Après avoir accusé un retard gênant, nos lois cheminent maintenant vers une harmonisation planétaire mais il faut désormais prendre les devants et s'assurer que la législation ne vise pas uniquement à corriger les lacunes du passé mais bien à devancer les événements et créer des lois qui précèdent l'émergence de nouvelles potentialités de violation des droits. Il serait également opportun de répondre aux besoins criants de l'industrie en offrant un support accru aux producteurs indépendants, non seulement pour assurer leur survie mais aussi pour offrir aux nouveaux talents une opportunité de pénétrer un marché qui s'avère actuellement plus hostile qu'accueillant.
Et je garde le dessert pour la fin: les amateurs de musique, les consommateurs, ceux-là même qui ont assuré jusqu'à présent le formidable développement de la musique. J'étais présent lors des 8e Rencontres de l'ADISQ tenues à Montréal en mars 2003. Les intervenants de l'industrie de la musique ont alors dû constater avec grand désarroi que les jeunes, qui sont pointés du doigt comme responsables du déclin de l'industrie de la musique, sont insensibles à tout discours moralisateur et imperméables aux plaidoiries braillardes des magnats de l'industrie. De toute évidence, une nouvelle approche, plus conciliante et moins accusatrice, doit être envisagée pour regagner la faveur des amateurs désabusés. Leur soutien est indispensable.
Pourtant, une clôture s'est élevée entre les membres de l'industrie et ceux qui les font vivre. Et la bonne volonté semble être absente dans les deux camps. D'un côté l'industrie joue à la police constatant que les internautes manifestent la ferme volonté de continuer à fréquenter, tant qu'ils existeront, les sites où se partagent illégalement des milliards de fichiers musicaux; de l'autre côté les consommateurs méprisent les compagnies qui assurent la production des oeuvres musicales et soutiennent que la musique devrait être gratuite. C'est ce que l'on appelle une impasse.
Je crois que l'argument des amateurs de musique ne doit pas être totalement et immédiatement rejeté. Je propose ici une solution qui devrait stimuler la réflexion: Oui! La musique devrait être gratuite! Mais il y a une condition essentielle et incontournable: l'artiste doit être d'accord! Si un créateur décide, pour des raisons qui lui sont propres, d'autoriser la diffusion gratuite de son oeuvre sur Internet, qu'il en soit ainsi. Mais si au contraire il choisit de gagner sa vie en composant de la musique, en écrivant ou en interprétant des chansons, acceptons de payer pour jouir du fruit de son travail, comme nous le faisons pour tous les autres biens de consommation. Respectons ce droit des créateurs de disposer de leurs oeuvres comme ils l'entendent.
