SRAS: dépister les voyageurs à risque

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Hélène Buzzetti
Édition du mardi 29 avril 2003

Mots clés : sras, pneumonie

Les aéroports de Toronto et de Vancouver pourraient être équipés de caméras infrarouges

Ottawa -- La ministre fédérale de la Santé, Anne McLellan, songe sérieusement à implanter un système de dépistage par infrarouge dans les aéroports de Toronto et de Vancouver afin d'éviter la propagation de la pneumonie atypique. Elle doute de l'efficacité réelle d'un tel dispositif, mais croit qu'il serait utile pour «rassurer les gens».

Cette réflexion survient alors que le Canada présentera aujourd'hui à Genève des nouvelles informations à l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) afin que Toronto soit retirée de la liste noire des villes à éviter. Le gouvernement fédéral n'aura pas de représentant à cette rencontre: il y aura plutôt des responsables de la santé publique ontarienne de même que le ministre de la Santé, Tony Clement.

Visiblement, l'OMS prend acte de l'amélioration de la situation à Toronto en ce qui a trait au syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS). «Au Canada, [...] nous pensons qu'ils ont arrêté la transmission», a déclaré hier David Heymann, le directeur de la section des maladies transmissibles de l'OMS.

Les autorités ontariennes feront valoir à l'organisation aujourd'hui que la situation est maîtrisée, puisqu'il n'y a pas eu de nouveaux cas de contamination depuis le 14 avril, ou même avant. De même, les cas peuvent tous être retracés jusqu'à leur origine: les contaminations ne surviennent pas dans la communauté de façon impromptue. Au total, il y a eu 344 cas probables ou suspects de personnes atteintes du SRAS, dont 21 en sont mortes. Il reste encore 69 personnes à l'hôpital, dont cinq dans un état critique.

«Nous nous attendons toujours à constater quelques morts supplémentaires malheureusement», a déploré Colin D'Cunha, commissaire à la santé publique de l'Ontario.

La situation est loin d'être aussi stable en Chine, à Taïwan et à Hong Kong où de nouveaux cas apparaissent encore (Chine: 161 nouveaux cas depuis dimanche pour un total de 2914 cas et 131 décès. Taïwan: 17 pour un total de 66 cas. Hong Kong: 30 pour un total de 1557 cas et 138 décès). Il y aurait eu jusqu'à présent 5050 cas de SRAS répertoriés par l'OMS, dont 321 mortels.

Par ailleurs, Mme McLellan a indiqué qu'elle avait obtenu l'assurance de la part de la directrice générale de l'OMS, Gro Harlem Brundtland, que le processus par lequel une ville est mise sur la liste noire serait revu. Les autorités de la ville en question seraient notamment averties à l'avance, ce qui n'a pas été fait dans le cas de Toronto.

Gare à la température

Le projet auquel songe la ministre McLellan consisterait à vérifier, grâce à des caméras infrarouges, si les voyageurs s'apprêtant à quitter le Canada ont de la fièvre. La fièvre est un des symptômes qu'une personne atteinte du SRAS peut présenter. Dans une telle éventualité, la personne serait interrogée par des responsables médicaux qui évalueraient si le voyageur peut poursuivre sa route ou non. Les appareils seraient installés aux aéroports de Vancouver et de Toronto. Singapour et Hong Kong utilisent déjà ces appareils, et on veut analyser leur expérience avant d'aller de l'avant.

«Il faut garder à l'esprit qu'il n'y a pas de solution miracle, a toutefois indiqué la ministre. Cet outil technologique ne va pas régler le problème, parce qu'il épinglera beaucoup de gens qui auront une température élevée sans avoir le SRAS. [...] Et il pourrait bien y avoir des gens qui sont atteints du SRAS, mais qui n'avaient pas de température lorsqu'ils sont passés à travers le système de dépistage. [...] Vraiment, tout cela a pour but de rassurer les gens.»

Jusqu'à présent, les contrôles du Canada se contentent de distribuer une fiche d'information rose aux passagers quittant Toronto leur demandant s'ils ont des symptômes reliés à la pneumonie atypique, s'ils ont été en contact avec une personne atteinte ou s'ils ont visité un des hôpitaux torontois où la maladie sévit. C'est au voyageur de tirer ensuite les conclusions qui s'imposent. Les compagnies aériennes ont accepté, a dit la ministre hier, de demander aux passagers s'ils avaient lu la fiche, mais il ne s'agit pas d'une déclaration obligatoire.

Les voyageurs arrivant de Singapour, Hong Kong ou Pékin reçoivent à bord de l'avion une fiche jaune sur laquelle ils doivent décliner l'adresse et le numéro de téléphone où on pourrait les joindre au cours des jours suivants, si une personne à bord de l'appareil se révélait contaminée. Il n'y a pas de dépistage automatique.

«Nos mesures sont adéquates aux aéroports», a insisté Mme McLellan hier. «L'OMS est tout à fait au courant des mesures que nous avons mises en place et [elles sont considérées comme] exemplaires.»

Aller trop loin

La ministre ne trouve pas que son gouvernement et celui de l'Ontario soient allés trop loin dans leur critique de la décision de l'OMS de placer Toronto sur la liste noire. «J'ai parlé avec Mme Brundtland jeudi pour lui exprimer mon désaccord, et en aucun cas n'a-t-elle semblé outrée», a indiqué la ministre.

Le chef du Parti progressiste-conservateur, Joe Clark, croyait lui aussi que la critique avait sa place. «Même les grands supporteurs des institutions multilatérales comme moi n'ont jamais prétendu qu'elles étaient parfaites. Des fois, elles font des erreurs. Ici, il y a eu une erreur. Et quand il y a eu une erreur de la part d'un journaliste, d'un politicien ou d'une organisation internationale, c'est important d'indiquer nos soupçons et de demander un changement.»

Avec la collaboration de Pauline Gravel, de l'Agence France Presse et de la Presse canadienne


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