Épandages aériens contre le virus du Nil occidental - Québec n'a pas réalisé l'étude d'impacts environnementaux exigée par la loi

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Louis-Gilles Francoeur
Édition du mardi 29 avril 2003

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L'entomologiste Paul Maloney a commencé hier l'application de larvicides dans les mares d'eau stagnantes et les puisards de rue.

Photo: Jacques Nadeau

La progression du virus du Nil occidental (VNO) en Amérique est fulgurante: en trois ans, on est passé d'un État, New York, à 44 contaminés, y compris au-delà des Rocheuses. Et c'est à sa deuxième année de présence dans un territoire que le virus frappe fort! Ce qui est le cas du Québec cette année... Mais, même si on le savait à Québec, c'est une autre affaire que d'être prêt tout en respectant les cadres légaux qui donnent au public le droit de débattre en audiences des questions qui touchent son milieu de vie.

Une des premières décisions que pourrait devoir prendre le nouveau Conseil des ministres pourrait bien être d'exempter par décret le programme d'épandages aériens contre le virus du Nil occidental des dispositions de la Loi québécoise de l'environnement (LQE), parce que, même si elles savaient devoir faire face à un plan d'intervention important dans le sud du Québec, les autorités de la santé de Québec n'ont pas réalisé l'étude d'impacts environnementaux exigée par la loi. Ce qui explique que leur nouveau mandataire plaide aujourd'hui l'urgence de la situation, ce que la loi permet pour des urgences réelles.

Pour l'instant, expliquait hier Robert Chénard, directeur des opérations de la Société de protection des forêts contre les insectes et les maladies (SOPFIM), les équipes des sociétés GDG et DESSOR ont commencé hier à épandre manuellement le Bacillus thuringiensis israelensis (BTI) dans les mares fermées, ce qui n'exige aucune autorisation particulière du ministère de l'Environnement. Mais l'importance des surfaces à couvrir, à terme, par épandages aériens sur l'île de Montréal et les deux rives nord et sud dépasse nettement la norme de 600 ha, ce qui implique que le promoteur doit obtenir préalablement un certificat d'autorisation et, auparavant réaliser une étude d'impacts environnementaux et se soumettre à une audience publique. Normalement, un promoteur ne peut invoquer sa propre turpitude, comme le veut le vieil adage du Code civil, pour plaider urgence à la dernière minute.

Or, hier, précisait M. Chénard, seul le programme d'arrosage de la rive sud a été jusqu'ici autorisé par le ministère de l'Environnement. Les demandes d'épandages aériens déposées par la SOPFIM pour l'île de Montréal, Laval et les Basses Laurentides n'ont pas encore été traitées.

M. Chénard a reconnu sans hésitation que ce programme dépassait nettement la norme.

«On en a avisé le ministère, dit-il. On leur a dit qu'on allait faire tout ce qu'on peut dans le cadre de la loi, c'est-à-dire traiter manuellement les petites mares pour lesquelles on n'a pas besoin de permis, et une surface globale qu'on va épandre par voie aérienne mais sans dépasser la norme de 600 hectares. Pour le reste, pas question de contrevenir à la Loi de l'environnement. On attend. Mais on demande au gouvernement de nous autoriser à procéder sous prétexte qu'il s'agit d'une urgence. Nous, la SOPFIM, on est au dossier depuis tout juste quelques semaines. On ne pouvait donc préparer une étude d'impacts en si peu de temps. On a tout juste eu le temps de recenser par voies terrestres et aériennes les surfaces qu'il faudra traiter. On n'en sait pas davantage et il faut procéder avant les éclosions.»

Mais le véritable promoteur, l'Institut national de santé publique du Québec (INSP) a participé à une rencontre au ministère de l'Environnement, il y a un an, où il a été clairement mis au fait des modalités de la LQE en rapport avec les programmes d'épandages aériens. Il y a quelques semaines, au lieu de lancer son appel d'offres auprès du secteur privé, l'INSP confiait plutôt la gestion de son programme d'épandages terrestres et aériens à la SOPFIM, une société paragouvernementale qui a géré jusqu'à présent uniquement des programmes d'épandages aériens pour protéger les arbres des forêts commerciales. Cette société n'a aucune expérience des projets d'épandages manuels. «Ils ont retenu nos services, parce qu'ils n'ont aucune expérience pour gérer des contrats avec des firmes de terrain, ce que nous avons», précisait hier M. Chénard. Et le nouveau promoteur se retrouve coincé dans un échéancier placé sous le signe de l'urgence...

Les épandages du larvicide BTI ont commencé hier à l'extrémité Ouest de l'île de Montréal et vont s'étendre à tous les quartiers de l'Ouest jusqu'aux portes du centre-ville, y compris NDG et Côte-des-Neiges, voire même le quartier Saint-Michel dans l'Est, où les maringouins porteurs du virus du Nil pourraient se reproduire.

Le BTI, dont les premières souches de la sous-espèce israelensis ont été identifiées en 1976, n'agit que sur les insectes piqueurs de la famille des diptères dont le niveau d'acidité dans l'estomac se situe entre pH 10,5 et 11,5. En somme, dans un estomac à peu près aussi alcalins que de la soude caustique! C'est ce qui permet la dissolution des toxines générées par le bacille et qui explique que les humains et les animaux, voire les oiseaux et les autres insectes ne réagissent pas à l'ingestion de cette toxine, qui se conserve bien à des niveaux de pH plus acide.

Le BTI est utilisé abondamment dans les pays chauds contre les insectes piqueurs qui transmettent des maladies comme la dengue, la malaria, la fièvre jaune, le virus du Nil occidental, etc. Au Québec, on pense que ce sont principalement des oiseaux comme les geais bleus et les corneilles qui transportent les larves au-delà des frontières. Les tiques et les maringouins -- on ne sait pas encore si la mouche noire peut transmettre le VNO -- qui absorbent le virus en piquant les oiseaux peuvent le transmettre aux humains en les piquant à leur tour, d'où la nécessité de se protéger contre les moustiques à l'avenir jusqu'au parc Lafontaine!

On utilise depuis plus de 15 ans une autre souche de BT, le BTK, avec un grand succès contre la tordeuse de bourgeons d'épinettes en lieu et place des insecticides chimiques, qui sont beaucoup moins spécifiques dans leurs impacts et contaminent davantage la chaîne alimentaire.


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Urgent santé! - par Sylvie Montembeault
Le mardi 29 avril 2003 09:00

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