Santé: Le poids des idées
Mots clés : cardiologue, alimentation
Ainsi, Robert Atkins s'est tué en glissant sur le trottoir. Je ne sais pas si vous avez déjà fait un régime amaigrissant, mais il était un incontournable. Vous avez peut-être adhéré à ses préceptes sans le savoir tellement ses idées ont été pillées et répandues... Un certain Français qui a eu beaucoup de succès ici s'en est notamment inspiré. Atkins a vendu plus de 15 millions d'exemplaires de sa bible; la version améliorée, Dr. Atkins' New Diet Revolution, est dans le peloton de tête des ventes aux États-Unis depuis sa parution. Tout ça en faisant la grimace aux diktats des nutritionnistes qui menaient la guerre au gras, alors que sa guerre à lui, ce sont les hydrates de carbone. Je l'ai vu affirmer cet hiver à un Larry King ahuri que manger du bacon (sans nitrates) et des oeufs est mieux qu'une salade de fruits le matin! La farine blanche et le sucre raffiné étaient ses ennemis personnels. Ce sympathique bonhomme avait sa façon à lui de penser la santé, il parlait comme allant de soi d'approches naturelles pour les problèmes de thyroïde ou la ménopause, et, en l'écoutant, j'avais le sentiment qu'ici, la communauté médicale est si conservatrice, si muselée! À sa clinique de Manhattan, il avait intégré à l'approche médicale toutes les voies alternatives intéressantes qui la complètent et qui peuvent aider plus simplement ses clients. C'était un aventurier, fier, fanfaron et en même temps sérieux, sincère.
Atkins était un cardiologue. Aussi, à travers mon expérience journalistique, j'ai observé que, de tous les médecins, ce sont les cardiologues qui ont inclus l'alimentation dans leur approche de soins, d'abord pour le coeur et les artères de leurs patients. Puis, par simple bon sens, par jugement documenté, ils ont bien compris le rôle fondamental de l'alimentation dans la santé générale et dans le rétablissement d'un malade. Je me souviens qu'en 1995, alors que j'étais réalisatrice télé à Visa santé, nous étions allés filmer dans un sous-sol de l'Institut de cardiologie: il y avait là un médecin dévoué et une dizaine de patients qui apprenaient à cuisiner végétarien en s'inspirant du régime mis au point par un autre cardiologue américain, Dean Ornish. Aussi, pour montrer à quel point il n'y a pas plus d'affirmations contradictoires qu'en nutrition, ces deux cardiologues ont revendiqué des théories qui s'opposent. Leur clan proclame aujourd'hui leur vérité définitive avec autorité. Allez vous y retrouver. On a beau savoir que maigrir consiste à absorber moins de calories qu'on en dépense, avoir compris qu'il est nécessaire de brûler les calories qu'on consomme (bouger!), il y a la façon de faire, n'est-ce pas...
Les universitaires de Harvard ont qualifié Robert Atkins de mauvais garçon des régimes («the bad boy of diets»), m'apprend The New York Times, qui ajoute que 64 % des Américains nourrissent un marché de 35 milliards de dollars en produits minceur ou d'amaigrissement... Il me semble qu'apprendre à manger serait une meilleure idée. Pas que je veuille du mal aux gens d'affaires, mais franchement...
Quand vous avez 50 ou 100 livres à perdre, vous choisissez votre «entraîneur», vous y croyez bien fort et vous vous accrochez. Je suis sûre que ça marche: j'ai une copine qui a réussi à perdre 120 livres et elle ne les a jamais reprises. Pas toute seule: il faut un coach. Mais il faut savoir que les médecins n'ont de formation en nutrition que par leurs recherches personnelles, et cela vaut aussi pour Ornish et Atkins. Les diététistes ont bien une formation, mais quand je vois l'une de ces finissantes venir me dire benoîtement que manger du sucre est bien, voyons... Quand je pense à toutes ces femmes, surtout, déçues et attristées après avoir adopté un régime coercitif, exigeant, je suis révoltée et désolée.
Pour les autres qui sentent la pression du maillot de bain monter, le temps des régimes éclairs s'annonce. L'été nargue les petits pâtés de chair autour de votre taille, monsieur, ou les cuisses et les fesses de madame. La taille qui épaissit, c'est automatique avec l'âge, mais ce n'est pas obligatoire! Alors, Atkins? Ornish? Ou le Dr Cohen, qui vient de publier un énième livre affirmant qu'il se bat contre la standardisation des régimes (Au bonheur de maigrir, Flammarion) et parle de psychologie bien plus que de nutrition?
Je pense que chacun d'eux a quelque chose à nous apprendre. Notre rapport à la bouffe est sensuel, psychologique, instinctif, scientifique... On mange trop, c'est sûr et certain. Mange-t-on les bonnes choses? Je tiens la variété pour le deus ex machina de notre santé: je prends mes recettes dans Châtelaine aussi bien que dans un livre ou chez Mollé, à l'autre page de ce cahier! J'essaie de nouvelles façons de manger ce que j'aime. Je change d'idée avec les nouvelles études -- la nutrition est en mouvement --, je mange différemment l'été de l'hiver et je m'apprête à entrer dans ma phase salades: je perdrai les quelques kilos accumulés cet hiver (!). Si vous lisez régulièrement cette chronique, vous savez que j'essaie de manger bio, équitable et lalalère. Tiens, justement, le répertoire 2003 des lieux de vente de produits biologiques locaux, équitables et de services écologiques est sorti: ne vous privez pas! (www.equiterrre.qc.ca).
- Ce n'est pas pour vous mêler, mais si ça vous intéresse, allez consulter les sites des cardiologues dont il est question ci-dessus:
http://atkinscenter.com
http://www.ornish.com
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