Alerte au SRAS à Toronto - La prudence est aussi de mise en affaires
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Certaines sociétés, comme Alcan, ont mis la Ville reine sur leur liste noire

Photo: Agence Reuters
Alcan a notamment imposé une «quarantaine» d'une dizaine de jours à quelques visiteurs. Ces mesures exceptionnelles n'ont toutefois entraîné aucuns frais additionnels pour Alcan. Les employés concernés ont pu travailler avec leur ordinateur sans avoir se présenter aux bureaux de la société, a expliqué le porte-parole Joseph Singerman. Alcan a aussi ouvert un site Internet et une ligne téléphonique pour informer ses employés.
Hier, à l'occasion de l'assemblée annuelle des actionnaires, la direction d'Alcan a maintenu cette directive de prudence, demandant à tous ceux qui venaient à l'assemblée de passer devant une énorme affiche sur laquelle on pouvait lire que les visiteurs venant des pays concernés devaient se présenter au personnel médical sur place avant d'entrer dans la salle.
Chez Desjardins, avant de suspendre les déplacements vers Toronto à compter d'hier, on avait déjà adopté une politique de prudence en demandant aux employés de se servir davantage du téléphone, mais c'est de toute évidence le jugement porté par l'Organisation mondiale de la santé qui aura convaincu les dirigeants de Desjardins d'appliquer une mesure plus radicale.
En Ontario, plus particulièrement dans la région de Toronto, où la situation est forcément plus critique qu'à Montréal, la chambre de commerce de la province a fait part hier des résultats d'un sondage auquel 739 entreprises, grandes et petites, ont répondu. Or 32 % d'entre elles disent avoir senti un impact négatif depuis l'apparition du SRAS. Elles constatent une baisse des activités, l'annulation de certains événements et la perte de clients. 78 % ont avoué n'avoir aucun plan d'urgence pour faire face à cette crise; les PME qui comptent moins de 50 employés sont les plus démunies à cet égard.
Quels sont les secteurs les plus touchés? 20 % mentionnent le tourisme et l'hôtellerie, 18 % parlent des services en général, 10 % ciblent plutôt le commerce de détail et 6 % le secteur manufacturier. Que peut faire le gouvernement pour venir en aide au monde des affaires? 80 % se disent d'accord avec la quarantaine obligatoire et 65 % soutiennent qu'il faut de meilleures communications pour convaincre les gens que l'Ontario est un endroit sûr pour faire des affaires.
Sur le plan des prévisions économiques, les avis sont partagés dans l'évaluation des impacts qu'a ou pourrait avoir le SRAS. Gilles Soucy, directeur des services économiques au Mouvement Desjardins, a souligné qu'il y a peu de données solides permettant d'établir un diagnostic à l'heure actuelle. Il s'appuie donc sur deux expériences récentes, soit le verglas de 1998 et les actes terroristes du 11 septembre 2001. Dans les deux cas, on a constaté à court terme certains impacts négatifs, mais sans conséquences réelles sur la performance de l'économie.
Selon lui, ce sera probablement la même chose avec le SRAS. Il n'y aura pas d'impacts négatifs durables pour l'ensemble du Canada, même pas pour l'Ontario. Il pose évidemment l'hypothèse qu'on aura trouvé une solution à ce problème, notant que la grippe cause en somme plus de décès que le SRAS. En ce qui concerne la position de la Banque du Canada, M. Soucy fait valoir que la décision de retarder la hausse du taux directeur ne dépend pas du tout du SRAS à Toronto mais plutôt des incertitudes de l'économie américaine et des pertes d'emplois qui incitent les ménages à moins dépenser.
D'ailleurs, dans une étude publiée hier, l'OCDE donne raison à MM. Dodge et Soucy en prévoyant que la Banque du Canada devra augmenter ses taux d'intérêt cette année pour éviter une surchauffe de l'économie et une poussée de l'inflation. M. Soucy constate que le SRAS, du moins jusqu'à maintenant, n'a provoqué aucun ralentissement de la production industrielle, même pas dans la région métropolitaine de Toronto.
Évidemment, il y a des impacts sectoriels qui sont loin d'être négligeables. Le tourisme d'abord, l'aviation et la restauration ensuite. On n'a pas encore de statistiques à ce sujet, mais les dégâts sont visibles à l'oeil nu, pas seulement à Toronto mais un peu partout, y compris au Québec.
Pour ce qui est de l'aviation, une société comme Air Canada, qui avait déjà un lot énorme de difficultés, doit composer avec ce nouveau malheur. En mars dernier, Air Canada avait enregistré une baisse de 10,1 % de ses passagers-milles payants par rapport à mars 2002. Malgré une baisse de la capacité de
5,5 %, le transporteur a néanmoins affiché un coefficient d'occupation de 74,3 %, comparativement à
78,1 % un an plus tôt.
Le 9 avril, la société annonçait une réduction de sa capacité de 12 % en avril et de 16 % en mai afin de mieux adapter l'offre à la demande. Mais avec l'évolution de la situation causée par le SRAS, Air Canada devra refaire ses calculs et procéder à de nouveaux ajustements.
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