Assainissement et gestion des sites - Des choix éclairés pour des sols contaminés

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Alec Castonguay
Édition du samedi 12 et du dimanche 13 avril 2003

Mots clés : gestion, environnement

Polytechnique profite des appuis reçues de grandes entreprises tant américaines qu'européennes

Décontaminer des sols s'avère irrémédiablement un casse-tête. Qu'on parle de sites souillés de pétrole, d'acide ou de produits chimiques, remettre en forme Mère Nature demande une logistique, du temps et des coûts considérables. Une équipe de chercheurs de la Polytechnique élabore des outils qui simplifient la vie des entreprises et des gouvernements en mettant le développement durable en avant-plan.

«Un jour ou l'autre, il faudra bien régler le problème.» C'est ce que toutes les compagnies aux prises avec des terrains contaminés se disent. Même le gouvernement, lui aussi propriétaire de sols pollués, doit remettre Dame Nature dans son état d'origine. «Ces endroits sont inutilisables dans l'état actuel, explique Réjean Samson, l'un des deux chercheurs principaux de la Chaire industrielle CRSNG en assainissement et gestion des sites. Nous voulons fournir des outils pour que ces terrains puissent retrouver leur valeur.»

Une fois prise la décision de passer à l'action, il faut rassembler les morceaux du casse-tête. C'est sur ce point que travaille la chaire. Car décontaminer un site n'a rien de facile. Qu'on parle de pollution causée par du pétrole, des acides, des produits chimiques ou tout autre contaminant, l'entreprise ou le gouvernement doit tenir compte d'une multitude de facteurs: habitat, population, faune, flore, coûts, durée des travaux, élimination des résidus pollués, etc.

Pour élaborer les analyses nécessaires, la chaire, en action depuis 1994, oeuvre aujourd'hui sur deux axes. Le premier consiste à évaluer le danger réel de cette pollution pour la population. C'est le secteur dirigé par la chercheuse Louise Deschaînes. Cette dernière étudie l'évolution d'un contaminant, parce qu'il arrive qu'on identifie un polluant comme étant dangereux pour les citoyens «alors que ce n'est pas le cas du tout». C'est l'évaluation du site.

L'autre rayon d'action concerne la gestion et la prise de décision. «Les entreprises ou les gouvernements possèdent parfois des centaines ou des milliers de terrains contaminés, souligne Réjean Samson. Il faut alors compiler ce qui est possible d'être fait avec chacun d'eux dans leur contexte particulier. Ça peut être une tâche énorme».Pour faciliter la vie des compagnies, la chaire a mis au point sept logiciels nommés «SITE». Le dernier né propose des dizaines de paramètres pour calculer le plus précisément possible les coûts et la logistique de décontamination d'un terrain.

Mais n'y a-t-il pas déjà des firmes d'ingénieurs pour faire ce travail? «Oui, mais nous avons développé une technologie et des méthodes complémentaires à leur service, soutient Réjean Samson. Nos outils permettent aux entreprises de faire une série d'analyses sans aide extérieure. Une fois ces analyses faites, les entreprises sont mieux informées et préparées pour traiter avec les firmes de consultants et ne pas se faire passer n'importe quoi.»

Développement durable

De plus, la chaire s'oriente tranquillement vers un créneau où les firmes d'ingénieurs et de consultants n'ont aucune expertise, soit le développement durable. Réjean Samson et son équipe ne veulent plus qu'une décontamination cause davantage de pollution qu'elle n'en élimine. «Si un terrain est souillé d'hydrocarbures, la plupart des consultants vont recommander d'enlever plusieurs mètres de terre et de transporter ça ailleurs, parfois à une centaine de kilomètres ou plus de l'endroit, explique-t-il. Or, la pollution engendrée par l'utilisation des pelles mécaniques et des camions qui se déplacent sur une telle distance cause plus de pollution que si on n'avait rien fait avec le site!»

La chaire veut donc traiter la pollution de façon globale et fournir des outils aux entreprises pour calculer la décontamination dans la perspective du développement durable. «Ensuite on pourra trouver une combinaison de technologies pour être efficaces et, en bout de ligne, polluer moins, malgré les bonnes intentions de départ», souligne Réjean Samson.

Et il semble que l'expertise que développe la Chaire industrielle CRSNG en assainissement et gestion des sites ne passe pas inaperçue, puisque 12 partenaires d'envergure soutiennent les recherches. Des gros noms comme Alcan, Hydro-Québec, Pétro-Canada, chemins de fer Canadien Pacifique, Bell Canada et Cambior figurent parmi les appuis, sans compter l'aide institutionnelle que représentent la Ville de Montréal et le ministère de l'Environnement.

La compétence de la vingtaine de chercheurs, dont certains viennent d'Europe et des États-Unis, attire aussi l'attention outre-Atlantique. C'est ainsi que les multinationales françaises Total Fina Elf, Gaz de France et Électricité de France se sont jointes aux donateurs. Actuellement, des 800 000 $ par année que nécessite le roulement de la chaire, 80 % vient des compagnies et 20 % du réseau public, notamment du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada.

Avec la ratification récente du protocole de Kyoto par le Canada, les questions environnementales reprennent l'avant-plan de l'actualité. Les gens semblent n'avoir jamais été si conscients de l'importance écologique dans le développement économique. Une tendance qui ne peut que favoriser les chercheurs de la Chaire industrielle CRSNG en assainissement et gestion des sites, qui viennent d'ailleurs de se voir confirmer l'existence de la chaire jusqu'en 2007.


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