Bilan de la campagne électorale - La culture reste confinée aux programmes

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Stéphane Baillargeon
Édition du lundi 07 avril 2003

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Le Devoir amorce aujourd'hui une série de bilans qui se succéderont cette semaine et qui aborderont les grands thèmes traités par nos politiciens au cours de la présente campagne électorale. Premier volet: la culture.

Encore une fois, la culture a été reléguée en queue de liste des sujets débattus à l'occasion d'une campagne électorale au Québec. Seulement, cette fois, la règle a été suivie à contrecoeur.

Au départ, tout semblait mûr pour enfin en arriver à un sérieux débat politique sur des enjeux culturels réels, qui ne manquent pas, du manque de protection du patrimoine au faible niveau de vie des artistes. Les associations professionnelles des milieux culturels, de mieux en mieux organisées, réclamaient des réponses à leur nombreuses demandes. Des partis politiques abordaient le sujet franchement et ouvertement.

Seulement, il y a eu et il y a toujours la guerre qui a relégué la campagne au second plan des intérêts comme des priorités. Seulement, d'autres sujets nationaux mobilisent encore plus l'attention, comme la santé, l'avenir de l'ADQ ou, pourquoi pas, la question nationale.

«On doit le déplorer: la culture a été absente de cette campagne», dit Pierre Curzi, président de l'union des artistes, le plus vieux et le plus imposant syndicat d'artistes au pays.

Pierre MacDuff, porte-parole délégué du Mouvement des arts et des lettres (MAL), un regroupement d'associations d'artistes professionnels de tous les grands secteurs d'activité, préfère d'entrée de jeu souligner la prise en compte des questions culturelles par les grands partis. «Notre premier constat, c'est que les revendications véhiculées par le MAL depuis sa fondation, il y a quatre ans, ont été entendues, dit M. MacDuff, qui est aussi président du Conseil québécois du Théâtre. Les trois grandes formations politiques déclarent vouloir améliorer les conditions de vie et de pratique des artistes. Cela peut sembler aller de soi, mais ce n'était pas le cas il n'y a pas si longtemps.»

La manière

Seulement, il y a la manière. Le programme culturel de l'ADQ tient en quelques lignes qui promettent notamment de soutenir davantage les créateurs. Le PLQ a développé une impressionnante plate-forme sectorielle touchant tous les grands dossiers, de Télé-Québec à la présence de la culture à l'école. Le PQ a fait moins de propositions étoffées, mais a marqué un grand coup il y a dix jours en promettant de hausser les budgets annuels du CALQ à 90 millions au cours d'un prochain mandat.

Cette promesse rejoint, sinon la raison d'être du MAL, à tout le moins sa première revendication. «Le seul qui ait chiffré son engagement, c'est le PQ, dit Pierre MacDuff. Le PLQ affirme bien qu'il faut soutenir la création, mais ne s'engage pas concrètement. Il y a déjà un écart et il faut bien le dire: le programme du PQ nous rassure par rapport aux questions budgétaires.»

Pierre Curzi se réjouit aussi de cette promesse, mais souligne qu'à son sens les milieux culturels ont besoin de plus, peut-être 100 ou 120 millions. «Mais on avance et c'est très bien, dit-il. Nos pressions ont porté leurs fruits.»

Il note aussi que le dernier budget péquiste a augmenté de cinq millions l'enveloppe annuelle du CALQ. Elle totalise maintenant 71,3 millions, par rapport à 43,4 millions en 2000-01, soit une augmentation de 64 % en trois ans. «Si le PLQ est porté au pouvoir, rien ne nous indique que cette promesse sera maintenue, enchaîne Pierre MacDuff. En plus, du côté libéral, on annonce un gel assez généralisé des dépenses qui pourrait bloquer toute hausse des budgets du CALQ. L'inquiétude demeure donc.»

Pierre Curzi rajoute que d'autres avantages sont déjà acquis par les milieux artistiques. Différentes institutions, dont l'Observatoire de la culture et des communications et les ministères de la Culture et du Revenu ont lancé des études pour étayer les demandes de l'UDA sur le plan de la santé et de la sécurité, de la formation continue et d'un ensemble de mesures qui équivaudrait à une sorte de revenu minimum garanti.

«Je suis ravi de retrouver des propositions élaborées sur différents aspects concernant le filet de sécurité sociale des artistes dans le programme du Parti libéral, dit le président de l'UDA. Ça se retrouve de manière moins claire et moins élaborée dans le programme du Parti québécois. Mais, dans les faits, ce parti a déjà commencé à agir à cet égard.»

Et alors? Ni le MAL ni l'UDA ne veulent finalement se prononcer ouvertement en faveur d'un parti ou d'un autre. «Ce n'est pas la tradition chez nous», conclut Pierre Curzi.


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