Les Bourses perdent des plumes - Les marchés encaissent les coups de butoir de la guerre

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AFP
Édition du mardi 01 avril 2003

Mots clés : bourse

Le Dow Jones, principal indicateur de Wall Street, a chuté de 153,64 points à 7992,13 points, clôturant sous le seuil symbolique des 8000 points pour la première fois depuis le 14 mars.

Photo: Agence Reuters

New York -- La bourse américaine a reculé hier, les investisseurs craignant que la guerre en Irak ne dure plus longtemps que prévu, Wall Street perdant 1,9 % et la bourse électronique Nasdaq 2,1 %, alors que de mauvaises nouvelles sur l'économie ont accentué la tendance négative.

Le Dow Jones, principal indicateur de Wall Street, a chuté de 153,64 points à 7992,13 points, clôturant sous le seuil symbolique des 8000 points pour la première fois depuis le 14 mars et finissant la séance en baisse pour la 4e séance consécutive. Vers la mi-séance, la baisse de plus de 170 points de cet indice a entraîné le déclenchement automatique des freins, un système destiné à limiter la volatilité des échanges.

L'indice composite du Nasdaq a abandonné 28,43 points à 1341,17 points et celui du Standard and Poor's 500, plus représentatif de la tendance générale, a cédé 15,32 points (-1,8 %) à 848,18 points.

À Toronto, l'indice composite S&P/TSX a laissé filer 0,6 %, ou 36,19 points, à 6343,29, touchant un creux de deux semaines. Les titres aurifères ont bondi de 2,2 %, la valeur refuge par excellence étant de plus en plus en demande dans le climat de nervosité des marchés.

Plus de temps

«Nous avons ouvert en baisse parce que la guerre prend plus de temps que certains ne l'avaient espéré. Nous avons eu une accélération de la baisse avec l'indice d'activité du secteur manufacturier médiocre», a indiqué David Briggs, courtier de la maison de courtage Federated Investors. Il souligne que les indices ont réduit leurs pertes dans l'après-midi sur des habillages de portefeuille de fin de trimestre, avant de s'enfoncer à nouveau dans le rouge.

Selon Larry Wachtel, principal stratège boursier de la maison de courtage Prudential Securities, la bourse a baissé sur une combinaison de facteurs: la guerre en Irak mais aussi l'épidémie de pneumonie atypique en Asie et de mauvaises nouvelles d'Altria (ex-Philip Morris). L'indice d'activité dans le secteur manufacturier de la région de Chicago, établi par le groupement des directeurs d'achats de la région, a reculé à 48,4 points en mars contre 54,9 points en février, alors que les analystes tablaient en moyenne sur un indice à 51 points en mars.

Le marché obligataire a largement bénéficié de la déprime boursière, le rendement de l'obligation du Trésor à 10 ans reculant fortement à 3,81 % contre 3,9 % vendredi soir et celui de l'obligation à 30 ans à 4,84 % contre 4,91 %.

Crise de confiance

Les marchés financiers mondiaux semblent partis pour une crise de confiance durable, alors que le risque de plus en plus réel d'un enlisement anglo-américain en Irak a fait chuté lourdement les places boursières lundi, accentué l'affaiblissement du dollar et provoqué une nouvelle flambée du brut. «Le marché prend désormais en compte la perspective d'une guerre plus longue, et ce que cela implique pour l'économie et la croissance mondiales», a résumé David Thwaites, analyste à BNP-Paribas à Londres.

Les grandes bourses européennes ont lourdement chuté: Londres a cédé 2,6 %, Paris 4,2 %, Madrid 2,7 %, Amsterdam 5,2 %, Milan 3 % et Francfort 3,9 %.

«Il n'y a vraiment pas de raison pour que le marché monte. Les nouvelles économiques et de sociétés sont passées au second plan derrière la guerre. Les acheteurs sont sur la touche», a déclaré Jay Susskind, directeur du courtage chez Ryan Beck. L'hypothèse d'une récession mondiale fait désormais partie des scénarios sérieusement envisagés par les économistes.

Le dollar décroche

Pour des raisons également liées aux difficultés de la coalition anglo-américaine en l'Irak, le dollar a décroché sur le marché des changes. «L'humeur du marché reste sombre. Les inquiétudes économiques restent un problème pour le dollar et les développements du week-end [au niveau de la guerre en Irak] sont troublants. Le marché s'inquiète que la guerre soit longue», a déclaré Lisa Finstrom, analyste de Salomon Smith Barney.

«L'évolution du dollar va dépendre des chiffres économiques qui seront publiés dans les prochains jours. Un retour au niveau de 1,10-1,11 dollar [pour un euro] est tout à fait possible», a estimé cette analyste. L'euro a ainsi franchi la barre de 1,09 dollar dans la journée, et il cotait 1,0924 dollar en fin de journée, contre 1,0783 $US vendredi soir à New York. Le dollar canadien a bénéficié de cette glissade pour s'échanger 68,13 cents américains hier, en hausse de 20 centièmes.

Dans un mouvement logique et coordonné avec les bourses et le dollar, et pour des causes quasiment identiques, les cours du pétrole ont encore nettement progressé. À Londres, le baril de Brent (qualité de référence de la mer du Nord) a progressé de 81 cents à 27,12 $US. En plus de l'Irak, le marché est préoccupé par les troubles au Nigeria, dans le delta du Niger, qui perturbent la production pétrolière de ce pays membre de l'OPEP.

À New York les cours du pétrole sont revenus au-dessus des 31 $US le baril. Le prix du brut de référence (light sweet crude) pour livraison rapprochée en mai, gagné 88 cents à 31,04 $US après avoir reculé de 21 cents à 30,16 dollars vendredi. «Le marché continue à monter en raison de la guerre. Le niveau d'inquiétude est assez élevé», a déclaré Bill O'Grady, responsable de la recherche de la maison de courtage AG Edwards. Mais celui-ci estime que les risques encourus par le marché en raison de la guerre en Irak sont limités, alors que les forces américano-britanniques ont pris le contrôle d'une grande partie des puits irakiens et qu'une agression irakienne contre un pays producteur voisin comme le Koweit paraît peu probable.

«On contrôle la plupart des champs pétroliers [irakiens], la production de pétrole à l'extérieur [de l'Irak] paraît en sécurité, et il n'y a pas eu d'attaque terroriste majeure. Tout cela me donne à penser que la production du Golfe est à l'abri [d'une perturbation] actuellement», a souligné M. O'Grady.


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