La guerre en Irak - Quand Bush et Hussein font appel à Dieu

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AFP
Édition du lundi 31 mars 2003

Mots clés : guerre

Le Caire --Appels à la prière et au jeûne côté américain, références au Coran côté irakien: George W. Bush et Saddam Hussein font abondamment appel à Dieu, portant l'affrontement sur le dangereux terrain du choc des religions et des cultures.

«Ô irakiens, combattez comme Dieu vous l'a ordonné», lançait dans son discours du 24 mars le président irakien, pourtant jadis un des hérauts du nationalisme arabe laïc.

«Ô Arabes, aux croyants de par le monde, ô ennemis du mal, Dieu a pris votre parti [...] les soldats du miséricordieux sur notre terre seront victorieux en s'appuyant sur Dieu», ajoutait-il.

Le dirigeant irakien avait ouvert son intervention sur un verset du Coran, comme il devait le faire le lendemain en exhortant les tribus d'Irak à prendre les armes, pour respecter l'ordre émanant «de la religion, de la nation, du Jihad» (la guerre sainte).

Protection divine

Comme en écho, à Washington, la majorité républicaine du président Bush adoptait jeudi au Congrès une résolution recommandant le «jeûne» et «la prière» aux Américains pour assurer une protection divine aux combattants et préserver le pays du terrorisme.

George W. Bush, qui affiche ses convictions religieuses comme ne l'avaient jamais fait ses prédécesseurs dans l'histoire moderne, avait confié début mars qu'il priait tous les jours pour la paix et qu'il prierait pour «la sécurité des troupes» américaines et les «vies irakiennes innocentes», en cas de guerre.

Certes l'expression de la foi et le recours au religieux n'est une nouveauté ni chez George W. Bush, ni chez Saddam Hussein.

Après les attentats du 11 septembre 2001, M. Bush a lancé «une croisade» contre le terrorisme, même si le terme de «crusade» en anglais n'a pas la même charge religieuse qu'en français.

L'an dernier, il dénonçait aussi «l'axe du mal» formé par l'Irak, l'Iran et la Corée du Nord.

Et l'analyste égyptien Diaa Rachwane rappelle que dès la Guerre du Golfe, en 1991, Saddam Hussein faisait mettre sur le drapeau national irakien la mention «Allah akbar» (Dieu est le plus grand).

Mais la guerre en Irak accélère une phénomène «extrêmement dangereux», selon l'écrivain d'origine juive Marek Halter.

«Jusqu'à présent, on avait un dictateur laïc, Saddam Hussein. Bush le pousse à appeler au Jihad, et on se retrouve dans une guerre de religion», a-t-il déclaré à l'AFP, interrogé par téléphone de Paris.

«Il n'y a rien de pire que cela, car les guerres de religion sont menées non pas au nom des hommes, mais au nom de Dieu», dit-il.

L'Irak respecte d'abord «les enseignements de l'islam», et ensuite la Convention de Genève, déclarait le 24 mars le ministre irakien des Affaires étrangères Naji Sabri, alors que Washington condamnait les images de la télévision irakienne montrant des soldats américains capturés, comme autant de violations des droits des prisonniers de guerre.

Pour la députée radicale italienne Emma Bonino, installée au Caire depuis plusieurs mois pour apprendre l'arabe et les Arabes, il est évident que les références religieuses de Saddam Hussein sont des «tactiques», et visent à attirer la sympathie de son peuple. «De même lorsqu'il évoque la Palestine», ajoute-t-elle à l'AFP.

Diaa Rachwane relève lui que le dirigeant irakien prend le chemin de l'Égyptien Gamal Abdel Nasser, «qui avait lié le nationalisme à la religion», pendant la crise de Suez en 1956, et après la défaite arabe contre Israël, en 1967.

«Il avait mis des islamistes en prison, mais en avait pris d'autres avec lui, et avait fait appel à l'aide d'Al Azhar», la grande institution de l'islam sunnite, au Caire, déclare-t-il à l'AFP.

«Et Bush a déclaré une guerre contre un ennemi non défini, pour des buts non définis, en Afghanistan, en Irak. Pour lui, on est dans une guerre religieuse. Dans ce contexte, Saddam Hussein se doit lui aussi d'utiliser des termes religieux», ajoute-t-il.


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