Santé: Une santé de guerre
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Tu sais, m'a dit mon amie journaliste à l'international, l'Irak est un pays où les gens allaient étudier. C'était un pays laïque, ils avaient des hôpitaux, la médecine y était comparable à celle des pays occidentaux. Maintenant, il y a des files interminables devant les dispensaires qui donnent des médicaments, les femmes sont là pendant des heures, leur enfant dans les bras. Et à sept heures le matin, il n'y a plus rien, et elles restent là, un peu hébétées, à ne pas savoir qui va soigner leur petit. Et ça, c'était avant la guerre, alors tu imagines? C'est terrible, tu sais.
Danielle Leblanc forme les équipes qui réagissent aux catastrophes. Elle en a vu, des crises: le Rwanda, le Zaïre, le Congo-Brazzaville... Vous savez, me dit-elle, l'image qu'on donne des victimes de guerre dans les médias, c'est que ce sont des gens passifs, les petits enfants avec les mouches qui leur tournent autour de la tête, ils n'ont pas l'air d'être capables de faire quoi que ce soit dans la vie. Quand on va sur le terrain, ce n'est pas ça: on voit des gens extrêmement démunis qui ont beaucoup de courage, et, après avoir perdu tout ce qu'ils avaient, ils se reprennent en main dans des situations d'enfer.
Pour ceux qui vont aider les Irakiens, l'eau est le grand enjeu de la survie. La différence entre le choléra, les diarrhées... et la santé. La Croix-Rouge est une grand spécialiste de l'eau: elle reconstruit les aqueducs bombardés, complète des pipelines, transporte l'eau par camions, la traite pour la rendre potable. À Bassorah, où il y a eu des combats, des pannes d'électricité ont coupé l'accès à l'eau potable, et la Croix-Rouge a temporairement réussi à rétablir, avec une génératrice, 40 % de la capacité de purification de l'eau. Mais avec un million et demi d'habitants, on parle aussi de catastrophe humanitaire potentielle si on ne répare pas la principale station d'épuration des eaux de Wafa al-Quid, à 20 kilomètres de la ville.
L'eau est le souci numéro un des secouristes. Dans ce pays désertique, quand on creuse, on trouve souvent de l'eau salée. C'est pourquoi réparer les aqueducs existants est primordial. Les 18 sites choisis pour les éventuels camps de réfugiés l'ont aussi été en fonction de l'eau disponible. L'eau et le traitement des eaux... Y compris celle des toilettes publiques. Quand on installe des camps, on creuse des latrines: ça fait ben du monde sur la pelle!, me dit Danielle Leblanc.
Mais en Irak, on n'en est pas encore aux camps. Au début d'une guerre, les gens se déplacent à l'intérieur du pays, ils vont dans les familles avec bagages et nourriture. Depuis quelques mois, le gouvernement irakien avait doublé la ration alimentaire, les gens ont pu stocker des vivres. Un peu. Mais si la guerre dure, on verra l'utilité de ces fameux camps. Les cliniques de guerre, les hôpitaux de campagne. La vaccination antirougeole, le savon pour se laver les mains... Les campagnes de promotion de la santé communautaire aussi: ne négligez pas les mesures d'hygiène. Avec les mesures sanitaires de base, on évitera la plupart des maladies. Pour la nourriture, il y a des standards internationaux qui existent pour dire tant de nourriture pour tant de kilos. Il y a des cliniques spéciales pour les femmes enceintes, les petits enfants, les vieilles personnes déracinées. Il faut penser aux problèmes de santé mentale -- on serait anxieux ou déprimé à moins, n'est-ce pas... Les gens ont besoin de parler, de raconter leurs terreurs, d'évacuer les chocs. À l'autre bout, ça prend des gens pour les écouter...
Comment vont-ils faire, les Irakiens? Les premières semaines de la guerre, ils recevront les rations déjà planifiées par la Croix-Rouge internationale, qui ne pourra pas tenir le coup si elle ne reçoit pas d'argent. Nous sommes préparés à cette guerre, m'explique encore Danielle Leblanc, mais c'est selon l'argent qui rentre qu'on va pouvoir dépêcher des équipes sur le terrain pour intervenir là où seront les besoins.
La médecine de guerre s'est mise en place, celle qui sait soigner les blessures des balles, des explosions. La Croix-Rouge se promène sous les bombes pour aller porter du matériel médical et de l'eau. Parmi ces gens aussi, il y aura des victimes.
Avant la guerre, la Croix-Rouge s'affairait à reconstruire les hôpitaux. Au moins 60 % des gens dépendaient de l'aide alimentaire de l'ONU, des gens de classe moyenne étaient devenus démunis, manquant de tout puisqu'on ne peut pas importer. Maintenant, la situation est particulièrement inquiétante pour les enfants, trop frêles pour supporter de nouvelles privations. C'est une population affaiblie, ça va en prendre très peu...
On tue aussi comme ça, voyez-vous.
Pour donner à la Croix-Rouge:
Croix-Rouge canadienne: Aide humanitaire Irak, 6, place du Commerce, Verdun, H3E 1P4. On peut faire un don en ligne: https://secure.csfm.com/croix-rouge/
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